Comme une bière flatte

Je comprends que tu n’aies pas envie de moi.

Moi, je peux fantasmer sur tes seins, sur ton ventre, sur tes cuisses, sur tes fesses, sur ta bouche, sur ton cou. Et je pourrais continuer sur le charme de tes yeux, de tes mains, ton odeur, tes cheveux, la douceur de ta peau, et plus encore.

Toi, comment pourrais-tu fantasmer sur mon ventre, sur mes cuisses, sur mes fesses? Mon corps n’est pas seulement laid parce que je suis obèse morbide, il est laid, simplement.

Je trouve qu’il y a plusieurs personnes avec un surplus de poids qui sont magnifiques. Leur poids n’a pas déformé leur ventre, il est juste rond et ça le rend mignon. Les fesses ont encore l’air d’être des fesses. Les cuisses sont généreuses, mais pas difformes.

Mon corps n’est pas juste gros, il est en piteux état. On ne peut pas fantasmer sur mon corps.

J’imagine que mon regard peut être attendrissant. J’imagine que mes mains peuvent être chaleureuses et enveloppantes. J’imagine que je peux être confortable. Mais qui fantasme sur ça?

C’est normal que tu ne te lances pas dans mes bras.. C’est normal que tu hésites et que tu te questionnes. Que puis-je offrir à part du réconfort? Peut-on vraiment se contenter de réconfort?

Mon corps repousse plutôt que créer le désir. Mon corps interrompt tout élan que pourrait susciter ma personnalité. Il donne des envies de détours. Il est la trappe de sable dans lequel l’amour atterrit après être parti du tee. Il est le coup de vent qui scrape ton imperméable. Il est les nids poule qui te font oublier le paysage. Il est l’absence de bulles dans ta bière.

Mon corps me rend fade.

Et même si tu essayais, probablement que comme les autres tu te lasserais. Ton désir finirait par baisser les bras, épuisé de s’accrocher à si peu. Comme un mirage dans un désert, le fantasme n’a jamais existé.

Il y a bien des limites à la grandeur d’âme. L’amour ne rend pas si aveugle. L’extérieur compte quand même, même si tu pensais sincèrement le contraire.

Je te comprends de ne pas fantasmer sur moi. Et moi, je ne suis pas magicien. Je ne peux pas le camoufler. Je n’ai pas envie de le cacher. Je suis pris avec.

Pendant que je rêve à toi, tu rêves sans aucun doute à quelqu’un d’autre.

Je te comprends.

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Le poids de l’habitude

Des fois, il y a des phrases qui semblent anodines qui vont pourtant s’incruster dans notre tête. Cette phrase va passer son temps à nous dire «coucou», dans tous les recoins.

– Une amie m’a demandé si on était ensemble!

Phrase anodine, anecdotique, un questionnement fréquent dans les amitiés entre sexes opposés.

Étrangement, ce genre de questions me blessent. Elle me remet dans la face une souffrance latente, une réalité qui, lorsque je décide de la regarder en face, me fait mal.

Ce genre de questions m’apparait complètement absurde. La réponse est, selon moi, évidente. Non.

Depuis mon adolescence, le monde ne fait que me dire que c’est normal que je sois seul. On me renvoie l’image que je n’ai rien pour être en couple. Pas assez ça, trop ceci.

Plusieurs célibataires se plaignent souvent de se faire demander régulièrement pourquoi ils ou elles ne sont pas en couple. Moi, on me le demande jamais. Comme si la réponse sautait aux yeux.

On ne m’a jamais dit « Weyon, comment ça un gars comme toi est célibataire?! ». Ça n’étonne jamais personne.

Alors quand une personne me lance ça, mon réflexe est de me dire que la personne est polie ou me niaise ouvertement. Quand 100 personnes te disent que ton célibat est normal, tu te méfies de la 101e qui dit le contraire.

Visiblement, j’ai malheureusement fini par accepter cette image qu’on me renvoie. Après tout, ma tête a beau se dire que je peux avoir de la valeur, que je pourrais être un amoureux valable, la réalité écrase cette possibilité.

Je crois pourtant avoir beaucoup à donner à la femme que j’aime. Je suis souvent à l’opposé de ces histoires d’horreurs qu’on me raconte sur d’anciens amants ou d’anciens amoureux.

Je demeure malgré tout sans intérêt. J’ai beau être un bon gars, ça cloche quand même. Mon corps? Ma timidité? Ma solitude?

Tout le monde a des problèmes à régler avec soi-même, j’ai de la misère à me dire que ce ne sont donc que mes bibittes intérieures, que mes blessures pas tout à fait cicatrisées encore. Alors quoi?

Mon corps et ma personnalité, je crois, ne dégagent rien de sexuel ou de sensuel. C’est peut-être aussi bête que ça. Comme un trésor caché qui ne donne toutefois pas envie de le découvrir.

Je suis un amoureux plutôt qu’un amant. J’ai davantage la posture du mari, même si je ne crois pas au mariage, que celle du copain. J’aime entièrement. Les flirts ne m’intéressent pas.

Je ne fantasme pas sur le sexe, je fantasme sur l’amour. À mes yeux, l’amour mène au sexe et non le contraire. Il devient difficile dans ce cas de devenir un être sexuel aux yeux des autres.

Cet amour peut faire peur, intimider. D’autant plus que j’ai tendance à aimer des femmes qui ont, comme moi, des blessures émotionnelles, dont l’amour propre titube, ou demeure fragile.

Toutes les filles que j’ai aimées ou les rares qui ont semblé être attirées par moi ont fini par se sauver. Comme si je décevais ou que je faisais finalement peur.

J’aurais pu – et j’aurais aimé -, écrire cette chanson de Stéphane Robitaille. «Vas-tu toujours te coller contre moi / Si mon corps se fait envahir par le froid / Et si je tremble de peur ou de rien / Vas-tu me tenir la main»

Je pense être une personne aimable, mais la société et les autres me renvoient constamment l’image inverse. Ce que j’entends dans les propos des autres, ce que je vois dans le regard des autres, est que mon célibat est normal, s’explique de lui-même.

Je me fends la tête à tenter de comprendre pourquoi. Qu’est-ce qui cloche avec moi?

En même temps, si l’on veut avoir le Grand Schtoumph, Socrate ou Yoda comme père ou comme grand frère, peu de filles vont fantasmer sur eux. Mes modèles sont des célibataires endurcis. À quoi je peux bien m’attendre?

Pourquoi certains trous du cul enchainent les conquêtes et les histoires d’amour alors que moi je poirote sur le trottoir? Il n’y a pas de réponses précises, pas d’explications claires. La réponse ne peut que ressembler à une phrase vide de Justin Trudeau. Ça a l’air d’avoir du contenu, du sens, c’est rempli de bonnes volontés, mais il ne faut pas trop creuser. Une réponse éthérée.

Je dois affronter tous les jours les regards des autres. Les propos désobligeants sur les gens comme moi, même si on ne parle pas de moi.

Je me tiens du mieux que je peux debout devant ce vent fort, mais on finit par s’épuiser, par tomber. Se relever prend de plus en plus d’énergie. Ma carapace est à la fois une construction de moi-même, mais aussi une réaction et une protection à ce qu’on me lance. Le tricot est solide. Cette carapace me nuit autant qu’elle m’aide, me protège.

Il y a des jours où elle est juste lourde.

L’amour en silo

J’étais à un spectacle d’un de mes auteurs-compositeurs-interprètes préférés, l’un de ceux dont les paroles me ressemblent, me touchent, et que la musique me fait planer, me pogne dans les tripes.

À une de ses chansons d’amour, j’ai craqué, j’ai pleuré. Un ressac de ma peine d’amour d’il y a un an. Je quitte les lieux, pour reprendre mes émotions. Pendant que j’absorbe mes émotions, mon impression d’être seul, de refouler mon manque d’amour, une demoiselle qui passait dans le coin s’arrête et me salue.

«Tu ne me connais pas, mais moi je te connais. J’aime beaucoup ce que tu écris. Ta dernière chronique dans le Voir était vraiment bonne. Merci!»

Je manque toujours de mots devant les compliments, mais là, j’étais particulièrement bouche bée.

Cette scène représente bien la dichotomie de ma vie affective.

D’un côté, une seule personne en 34 ans m’a dit m’aimer. Aimer amoureusement. Trente et un ans de vide total.

Ma vie amoureuse est un désastre, un canyon érodé par la solitude et une rivière sans courant, une rivière presque morte.

De l’autre côté, je reçois beaucoup d’amour du public. Pas au point de Gino Chouinard, mais quand même. C’est un truc étrange, être aimé par des inconnus. Mais c’est d’autant plus gratifiant que j’ai tendance à préférer travailler pour des médias indépendants et nichés. Je ne fais pas du grand public. Je me considère chanceux là-dessus. Privilégié, même. Que ce soit pour mes textes ou la radio, mes autres projets, je reçois habituellement des félicitations, des bravos. Il y a même des gens qui m’ont déjà dit que je les avais influencés ou inspirés. C’est dur avoir plus beau compliment que ça.

Cette dichotomie, cet amour binaire, me casse le cerveau. Ce n’est pas cohérent. Je ne suis visiblement pas un connard, sinon je ne recevrais pas autant d’amour professionnel. Vous me direz que certaines idoles étaient finalement des trous du cul. Peut-être que ça ne vaut rien.

En même temps, je ne suis pas une vedette. On me juge sur ma façon de voir les choses, sur la manière dont je présente les choses. Et non sur ma coupe de cheveux. L’appréciation ne se fait pas sur du vide. Mais bon, ça vaut ce que ça vaut. Pas tant.

Je passe mes journées à passer d’un désert aride à une belle forêt tranquille. Aussi verdoyante puisse être la forêt, elle ne nourrit pas le désert.

Je n’ai jamais fait ce métier pour avoir l’amour du public. Je ne veux pas être une vedette. Et tous ceux qui font une carrière publique pour avoir de l’amour finissent par se rendre compte que ça ne peut pas remplacer l’Amour.

La confiance du public est un baume, mais elle ne viendra jamais remplir le vide qu’elle couve.

Parfois, je me demande si je n’agis pas en gros ingrat. Je connais des gens qui n’ont même pas les quelques amis, ou une sorte d’amour provenant du public. Je croise plusieurs personnes qui semblent être vraiment seules. Plus que je le suis. Je comprends leur souffrance, mais de quoi je me plains?

Sauf que je ne me plains pas, je tente de ne pas virer dingue, simplement.
Je cherche ma place. Peut-être qu’une partie de moi a peur que ma place ne soit que professionnelle. Si tu m’offres le choix entre la carrière et la personne que j’aime, je choisis sans hésiter l’amour. Ce chemin, la carrière, ne m’intéresse pas, même si j’adore mon métier et que je suis privilégié de le faire.

Je me noie dans le trou noir de Cupidon.

J’essaie de comprendre la vie. Vive ma sensibilité! Vive mon authenticité! Vive mes idéaux! Mais de loin seulement?

Les compliments sur mes textes ou mes entrevues ne me prennent jamais dans mes bras. Ne me caressent jamais la barbe. Ne me sourient jamais. Et ne me regardent encore moins les yeux chargés d’amour.

À force de ne pas recevoir d’amour, je suis devenu très solitaire, ou plutôt autonome. Je n’attends plus l’amour. Peut-être suis-je devenu trop sauvage (ou autonome). Peut-être suis-je aussi simplement trop laid.

Accepter le vide, c’est difficile. Certains vont foncer sur n’importe qui pour en échapper. Moi, comme une tortue, je me replie sur moi-même… Je ne pense pas que les deux réflexes soient sains.

Sauf que c’est dur de ne pas paniquer dans le trou noir de Cupidon.

Pourquoi dire fuck?

Au moment d’écrire ma plus récente chronique dans le VOIR, je me demandais pourquoi cette question sur la mortalité de Fuck toute me revenait toujours en tête. Au point d’en parler ouvertement.

J’ai compris aujourd’hui, plus de trois semaines après l’avoir écrite. Mon opinion sur ma propre mort est revenue au même point qu’avant. Du moins, j’ai un pied dedans. C’est ça, la danse que je fais depuis des mois. Un rythme lent, subtil, comme les marées.

Au virage de mes 30 ans, dans une crise existentielle, j’ai compris que pour la première fois de ma vie, j’avais peur de mourir. Ou plutôt, j’avais peur de moi. C’est une chose de ne pas avoir peur de la mort, mais ça ne veut pas dire de marcher vers elle. Aussi lentement et insouciant soit-il.

Avec la trentaine, et après une crise existentielle importante, j’ai goûté pour la première fois à la douceur. Un contexte professionnel et amoureux ont donné une nouvelle couleur à ma vie. Je n’avais plus à ma battre, je n’étais plus en mode «survivre». Je me sentais aimé, vraiment, pour la première fois de ma vie.

Je n’ai jamais trouvé ma vie particulièrement dure, malgré tous ses défis. J’ai toujours accepté ses combats. Mais ma vie prenait racine pour la première fois. Je n’avais jamais eu ce sentiment.

Puis en un an, toutes ces racines ont été arrachées. Compressions d’un bord, rupture de l’autre. Depuis, je n’arrive pas à en replanter.

Ce n’est pas que je trouve ma vie merdique. Ce n’est pas que je suis malheureux. Ce n’est pas parce que je me déteste, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas que je n’aime pas mon emploi, au contraire. J’y réalise même une forme de fantasme médiatique à Québec (#RésistanceRadiophonique).

Ce n’est pas parce que je suis amer de ma situation. Triste, peut-être, parfois, mais aucune amertume.

Sans racines, la Faucheuse ne me stresse pas.

Je me sens chevaleresque et missionnaire. Mettre toute son énergie dans ses vertus et amen!

J’admire cette image du moine qui se coupe de toutes les futilités de la vie pour se concentrer sur l’essentiel, qui ne fait que semer du bon, qui ne fait que rendre service. J’admire l’abnégation.

Dans les tests, on demande souvent de choisir une vertu. Si l’abnégation était dans les choix, ce qui n’arrive jamais, je la choisirais, avant la justice, avant la franchise. À mes yeux, l’abnégation tend à l’honnêteté, tend à l’humilité, à la bonté.

N’ayant plus de racines me gardant au sol, je décroche et je m’accroche à l’impalpable.

Servir les autres sans s’oublier, sans se nuire, sans se perdre, c’est funambulesque.

Et je danse. La marée impose son rythme.

Magasiner l’amour

Il y a quelques jours, une amie tentait de me convaincre que je devrais essayer les sites de rencontre. C’était la deuxième à me dire ça cet hiver.

Pourtant, je ne me plains pas d’être célibataire. Je trouve régulièrement la solitude lourde, mais je n’ai jamais voulu être en couple juste pour être en couple. Je ne suis pas en mode «recherche», même si ça fait quelques mois que je suis redevenu célibataire. Bref, la suggestion sortait de nulle part.

Dans ma tête, ça fait un gros «boaf».

Je n’ai rien contre les sites de rencontre en soi. Je connais plusieurs personnes qui ont rencontré leur copain ou copine là. Des histoires sérieuses. Mariage, même, dans un cas. En fait, pour moi, rencontrer une personne via un site de rencontre n’est pas plus normal ou anormal que de rencontrer dans un bar. Ou à l’école. Ou sur un forum internet. Ou au travail. C’est un lieu comme un autre où le hasard peut bien faire les choses.

Sauf que je ne suis pas à l’aise avec la forme des sites de rencontre. Il manque de quoi.

Une photo, ça dit tout et ça ne dit rien. Bien que je considère que toutes les filles que j’ai aimées étaient très belles, je me demande: auraient-elles eu mon clic sur leur photo sur un site de rencontre?

Il y en a une que c’est sa moue de fille gênée qui m’a fait craquer. L’autre, c’était son regard. Une autre, sa façon de bouger. Une autre, sa manière de plisser les yeux en réfléchissant. Bref, des trucs qui ressortent difficilement sur une photo.

Combien de filles charmantes dont les fiches seront ignorées, alors que ça pourrait cliquer, juste parce que la photo ne se démarquait pas ou ne leur rendait pas justice?

Admettons que l’on passe les photos et qu’on lit les fiches qui n’en ont pas. Les textes peuvent être tout aussi trompeurs. Aimer les randonnées en forêt, le bon vin et voir des shows, c’est assez banal. La vérité est qu’on ne sait rien et qu’on y va sur du vent.

Dans la vie aussi, les gens ne s’essaient pas sur beaucoup plus au départ. J’en conviens. Peut-être que c’est mon problème. J’ai besoin de déjà ressentir une attirance avant de tenter quelque chose.

L’impression de regarder un catalogue me «turn off». Je suis un romantique qui a de la misère avec l’idée de «essayer» sans avoir aucun sentiment.

Je n’arrive pas à m’imaginer discuter avec des dizaines de filles dans le seul but de peut-être finir par être attiré par l’une d’elles. Et ce n’est pas que je n’aime pas discuter, j’aime en connaitre plus sur les gens – je ne serais pas journaliste amant de longues entrevues sinon -, mais la prémisse me dérange.

Ce n’est pas discuter pour discuter, c’est uniquement pour tomber en amour. Les «a/s/v» me répugnaient déjà à l’époque de mIRC. Nous sommes plus qu’un âge et un sexe, nous sommes plus que des goûts. J’ai l’impression que c’est une forme de «test de marchandise» et que l’on retourne le tout si ça ne fait pas. Ça me donne des frissons.

C’est comme lorsqu’une personne se fait des critères bien précis. Une personne sérieuse, de telle grandeur, tel âge, telle profession et qui doit aimer cela et ceci. Il me semble que c’est très utilitariste.

Refaites le tour des personnes que vous avez aimées. S’ils répondent tous aux mêmes critères du genre, je dis danger! Il y a peut-être un indice sur ton célibat ici. Les personnalités, c’est des énormes tricots serrés qui ne peuvent se résumer qu’à deux ou trois fils.

Ce qui plait chez l’une va déplaire chez l’autre. Parce qu’on ne peut pas isoler des morceaux comme si c’était des boulons d’un moteur. Une personnalité n’est pas juste un agencement de couleurs, c’est aussi la manière dont ces couleurs interagissent entre elles.

L’amour, ça frappe là où on ne l’attend pas. Je crois que je suis toujours tombé en amour en même temps que je perdais l’équilibre. Comme une surprise. Cette fille ne va pas où l’on s’attend. Être frappé par sa face cachée.

Comment puis-je avoir cette  surprise sur un site de rencontre?

Nous ne sommes pas des marchandises, nous ne sommes pas des numéros. On ne fitte pas dans des fichiers excel. L’amour ne peut se cacher dans un algorithme.

Mais je vis peut-être dans de grandes illusions. Peut-être que je sacralise trop l’amour et l’affection.

PS: imaginez à quel point je trouve Tinder pire!

Le poids du fardeau

Pendant que les survivants de l’attaque des «Sauvages» s’obstinaient sur le sort du pauvre Glass qui venait de se faire massacrer par un ours (ce n’était pas une bonne semaine), je me suis mis à la place du personnage de Leonardo DiCaprio dans Le revenant. Bordel! C’est lourd.

Tu es entre la vie et la mort, incapable de marcher, ça te prend tout ton énergie pour respirer et tu as la moitié des gars autour de toi qui veulent t’abandonner là, parce que le chemin n’est pas praticable avec une civière en bois, et l’autre moitié qui serait prête à faire un détour ou à attendre que tu guérisses pour continuer.

Son personnage est tellement scrap qu’il ne peut même pas placer un mot dans la conversation. Le personnage de Leo, Glass, ne fait qu’assister, impuissant, à une chicane qui le concerne. S’ils restent là, ils peuvent subir une autre attaque, ou mourir de froid ou de faim, s’ils font un détour, même danger, s’ils le trainent avec lui, même problème. La probabilité de mourir de tous ces hommes grimpe parce que lui est en train d’agoniser. C’est un fichu dilemme.

Dans le cas du film Le revenant, le cas est très terre à terre, palpable. C’est du concret et de l’absolu. Risquer une ou des vies pour une autre vie qui risque de mourir, qu’importent les efforts mis pour tenter de le sauver. Un dilemme classique en psychologie ou en philosophie.

Pourtant, je me suis reconnu dans ce personnage en train de saigner partout sur une montagne enneigée entouré d’hommes vêtus de grosses fourrures. Et ce n’est pas dû à sa magnifique barbe. On n’a pas toujours besoin de flirter avec la mort dans une zone de guerre pour avoir ce dilemme-là, pour se sentir comme un fardeau pour les autres.

Il y a quelques années, j’aurais été du genre à m’obstiner avec n’importe qui voulant m’aider. J’aurais été du genre à crier «Sauvez-vous, bande de fous! Je vais m’en sortir tout seul! Ne vous mettez pas en danger pour moi, je ne le mérite pas! Ma vie ne mérite pas votre vie!» et plein d’autres balivernes comme ça.

Je n’ai jamais été à l’article de la mort. Du moins, le plus près j’ai été, c’est pendant d’énormes crises d’asthme, le genre qu’on envoie directement à l’urgence et qu’on passe immédiatement. Et je me souviens très bien que les deux fois que c’est arrivé, je me sentais mal de déranger les autres autour de moi. Si seulement j’avais pu être seul pendant ces crises-là, je n’aurais dérangé personne. Comment me serais-je rendu à l’hôpital? En rushant comme un dingue, peut-être jamais, mais dans ma tête, je maudissais mon état non pas tant parce que je ne savais pas si mon inspiration était la dernière, mais parce que j’activais beaucoup trop de stress dans le corps des autres.

Sans aller jusque là. Ces périodes où le moral ne va pas, ces moments où c’est mon cerveau qui fait une crise d’asthme et non mes poumons, ces instants de panique psychologique, j’ai longtemps eu la même réaction. Cette peur d’être un fardeau pour les autres. Cette peur de nuire aux autres.

Ironiquement, ou évidemment, je suis le genre de personne qui est incapable d’abandonner l’autre. Tant que l’autre aura un pouls, je vais l’aider. J’ai l’âme missionnaire. Je me sacrifie pour les autres, c’est un réflexe aussi soudain et naturel que la jambe qui se redresse quand on donne un coup sur le genou.

Un jour, je me suis buté à une personne comme moi. Aider une personne qui fait tout pour que tu ne l’aides pas, ça remet en question ton propre refus de te faire aider.

Je me suis dit que je ne pouvais empêcher les autres de m’offrir ce que moi j’offre aux autres. Ça n’a juste aucun sens. C’est ça qui me motive à faire des efforts, à accepter les mains tendues.

Le pire là-dedans, c’est qu’importe la nature du fardeau, que ce soit survivre à l’attaque d’un grizzly, une déprime ou la difficulté de s’aimer et d’être aimé, on déforme toujours le poids de ce fardeau. Plus encore, malgré tous les pronostics, malgré toute notre analyse (toujours foutrement biaisée) et malgré tous les avis, c’est poche, mais on ne sait jamais tant qu’on ne va pas jusqu’au bout. Nos spéculations sont aussi malsaines et nocives que celles que s’amuse à faire le marché boursier.

Peut-être que le personnage de Léo va mourir, mais le déclarer mort avant qu’il ne le soit, c’est une erreur. Refuser de l’aide parce qu’on se croit irrécupérable ou perdu d’avance, c’est dire avec conviction à un médecin «je suis déjà mort» malgré son air perplexe.

Je sais que j’ai encore du chemin à faire. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’aujourd’hui je réussis à appeler à l’aide avec le sourire lorsque mon cerveau se transforme en mois de novembre, mais je fais l’effort de ne plus refuser l’aide. Le plus possible, du moins. J’ai réussi à accepter de l’aide, j’ai été en chercher, j’ai tendu la main.

Je n’aime toujours pas partager mes problèmes, je n’en voudrais pas à des amis de sauver leur vie en m’abandonnant sur un col de montagne enneigée alors que je pisse le sang, même que je les comprendrais, mais, aujourd’hui, ça me ferait mal.

Triste cicatrice

Je pense que le sommeil a peur de toi. Chaque fois que je pense à toi, il n’ose pas cogner à la porte. Je le vois bien rôder autour, mais il reste dehors.

Il serait pourtant plus que le bienvenu. Il te chasserait pendant un moment et ça me ferait du bien.

Il faut se le dire, ça tourne en rond tout ça. Comme tu n’es pas là pour vrai, mon monologue est lassant. Ce n’est pas comme si cette histoire, que je me raconte chaque soir, était pleine de belles promesses. C’est gris comme un mois de novembre.

Je pourrai probablement retomber en amour. Je ne sais pas si quelqu’un retombera en amour avec moi, mais je n’ai pas de doute que je puisse rencontrer une demoiselle pleine de charme. Ce n’est pas ça qui me fait peur.

J’ai cette impression que je vais passer à côté de quelque chose, même si je suis heureux avec cette personne. Des âmes sœurs, c’est rare. De manière général, rencontrer des gens avec qui ça clique, que des sentiments se créent, ce n’est pas tant ça le défi. Combien de fois tombe-t-on en amour dans une vie? Sauf qu’il y a amour et Amour.

Je sais que ça me ferait du bien, même, rencontrer quelqu’un. Ça fait toujours du bien se sentir aimé quand on se fait rejeter, quand on est en peine, quand on se sent faible, quand on vacille. C’est un baume, une béquille, de la chaleur, des sourires, de la bonté, de l’affection. Tout ça fait terriblement de bien. Et je ne cracherais pas là-dessus.

Sauf que. Cette impression. Cette peur, même. Ce lourd regret de toujours me dire que la fin était inutile et que nos maladresses et nos peurs ont mené à un gâchis. Pas que j’y penserai continuellement. Comme en ce moment. Mais parfois, cette idée reviendrait me narguer. Elle me dirait que malgré mon bonheur actuel, ça reste un putain de gâchis.

Même si avec le temps certaines cicatrices n’handicapent plus, elles demeurent sensibles. Ce n’est pas le genre de blessures qui rend plus fort. Elle déclenche juste un regard triste.