Aventures françaises épisode cinq – Un train peut en cacher un autre

Depuis mon arrivée en France, il y a comme une double sensation. Premièrement, celle de la nouveauté et de la découverte d’une culture qui n’est pas la mienne, mais aussi celle de me rencontrer une culture qui m’est familière.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours des bandes dessinées. Les Boule & Bill quand j’étais vraiment jeune, puis Astérix, Spirou, Tintin, Gaston Lagaffe, Natacha, Titeuf, Jérôme K. Bloche, Yoko Tsuno,, l’ensemble de l’oeuvre de Gotlibt, les Fluides glacials, Le combat ordinaire et tellement d’autres BD dont les histoires se passent en France ou en Belgique.

Je suis donc en relation avec la culture franco-belge depuis ma jeunesse, donc ces codes culturels, ces expressions, cet urbanisme, cette histoire. Tout ça m’est familier… mais aussi très loin, parce si c’est familier, ce n’est en même temps qu’une toute petite pointe de tarte de ce qu’est réellement la culture française (que j’ai aussi connue via le cinéma, les romans, les ami.e.s français.e.s, etc).

Tout ça fait que je ne sens pas vraiment chez moi et je sens une distance culturelle, tout en étant dans un milieu familier et sans être surpris, non plus. Comme si j’apprenais à mieux connaître une connaissance.

Attention! Un train peut en cacher un autre!

Je fais des rêves étranges, depuis que je suis à Tours. Hier, j’ai par exemple rêvé que je n’étais pas dans un congrès sur le journalisme, mais dans un congrès d’art engagé. Et j’imagine même, dans ce rêve, ce que des artistes pourraient y présenter.

Dans une salle, le plancher est formé de dalles molles et dures pour imager les inégalités et l’absence de parité dans certains milieux. Ainsi, la personne qui marche dans la salle s’enfonce ou non selon la parité du milieu que représente la dalle. Au final, la plupart s’enfoncent et rendent la marche difficile. Une autre artiste présente un film où aucun des personnages masculins ne passerait le fameux test de Bechdel.

On y trouve aussi un roman LGBTQ+ où les actions s’inspirent de propos homophobes trouvés dans les vox pop ou commentaires web, ou de citations homophobes célèbres. Dans une autre salle, deux humoristes, un noir et un musulman, présentent des blagues racistes, mais en changeant les références – toutes les références ethniques (noires, juives, musulmanes, autochtones, autres) sont remplacées par « blanc ». On propose aussi marathon des films de Jane Bond 007, des copies des James Bond, mais où les personnages masculins sont joués par des femmes et les rôles féminins par des hommes, sans en changer aucun mot, aucune virgule. Le soir, la sélection musicale du party n’a aucun artiste ayant eu des allégations d’agressions sexuelles, de harcèlements psychologiques, de propos racistes ou homophobes ou autres. Bref… Je devrais clairement être commissaire quelque part.

En marchant sur la rue Heurteloup (avouez, le nom, quand même – mon dada envers la toponymie est comblé depuis que je suis en France) j’ai vu une affiche qui m’a fait relever mon sourcil gauche. C’est une grosse publicité avec Johnny Depp, pour du parfum. On voit sa face en gros, ayant l’air de rien faire, juste regarder dans le vide comme le ferait un âne du Château de Chenonceau. Sauf que le nom du parfum est « Sauvage ». Avec les allégations de violences autour de lui (envers son ex-femme), je trouve ça particulièrement mal choisi comme association.

Johnny Depp est sauvage…

Parlant de Chenonceau, je n’évoquerai pas la beauté du château de, sauf peut-être pour mentionner que mon coeur de Nord-Côtier a été ben excité de voir que l’un des derniers propriétaires était Henri Menier (sa famille le possède encore si j’ai bien compris), le même qui a fondé Port-Menier et qui a fait en sorte que l’Île d’Anticosti est maintenant débordante de chevreuils, lorsque cette grosse île du St-Laurent lui appartenait.

Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au Château de Chenonceau
Au château de Chenonceau

Toutefois, entre la visite du dit magnifique château et le train du retour vers Tours, nous nous sommes promenés dans le très petit et vieux village (il y a une église du XIIe siècle, entre autres) et avons mangé dans un restaurant rempli de motards souhaitant le bon appétit à tout le monde. Ce n’est pas la première fois que je vis ça, mais ça me laisse toujours perplexe : on a chargé le couvert, cinq euros, à notre amie qui ne mangeait pas. On était trois sur quatre à manger, elle a quand même pris une coupe de vin, et on lui a quand même facturé le fait qu’elle ne mangeait pas. Des frais de « couvert supplémentaire » que c’est écrit sur la facture. Je ne dirai juste cette expression pas francophone : come on!

Église de Chenonceau (XIIe siècle)

J’ai fait mes premières visites de vignobles de ma vie, ou plutôt de caves à vins, aujourd’hui. Disons que la qualité de l’accueil varie grandement. Mais l’un de ses endroits m’a fait aimer du vin blanc. C’est fou comment j’avance dans le monde du vin depuis quelques mois! (je n’en buvais pas pantoute il n’y a même pas un an)

Ah! Oui! J’ai l’épaule complètement barrée. J’arrive à peine à lever le bras gauche plus haut que les hanches. C’est musculaire et ça ne fait qu’empirer depuis mon arrivée en France (ça a commencé dans l’avion, je devais être mal assis, plus le poids de mon sac que j’ai trainé longtemps). Sinon, c’est l’humidité de la France!

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Lire l’épisode un – Derrière le décor
Épisode deux – On se couche tôt à Tours!
Épisode trois – Les surprises de Tours!
Épisode quatre – Tours, la belle!
Épisode cinq – Un train peut en cacher un autre
Épisode six – Le calme dominical
Épisode sept – Un crochet par Bordeaux
Épisode huit – À la recherche du wifi
Épisode neuf – Le temps des musées
Épisode dix – Drôles de chips!

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Aventures françaises épisode quatre – Tours, la belle!

Il y a de magnifiques arbres sur la rue où j’attends l’autobus à Tours. De gros arbres blancs et gris. Je me demande à quoi ils peuvent ressembler avec des feuilles, mais je ne sais pas s’ils seraient plus beaux, parce que là, comme ça, le tronc est déjà charmant.

Des arbres à Tours
Des arbres à Tours

D’ailleurs, la ville de Tours est belle. Je ne vous ai pas encore vraiment montré la ville, parce que je passe plus mes journées dans des conférences et des ateliers que je joue au touriste pour le moment, mais bientôt je vais tomber en mode vacances, puisque le congrès pour lequel je suis à Tours se termine le 17 mars.

Cathédrale St-Gatien de Tours
Cathédrale St-Gatien de Tours
Cathédrale St-Gatien de Tours
Cathédrale St-Gatien de Tours
Cathédrale St-Gatien de Tours

Je viens de vous partager une réflexion que j’ai eue ce matin en attendant l’autobus, je vous en partage une autre faite pendant le trajet dans l’autobus – mon cerveau n’arrête jamais, c’est lourd parfois. En fait, ce n’est pas la première fois que j’ai cette réflexion, donc je la partage.

La première fois, c’était à Vancouver, en 2007. Je voyais pour la première fois le principe de la confiance, dans le paiement du transport en commun. C’est-à-dire qu’il y a bel et bien un système de billets, de laissez-passer, de paiements, avec des bornes automatiques surtout, mais que personne ne vérifie si tu as vraiment payé ton passage. Il y a des inspecteurs ou inspectrices qui parfois font des vérifications, mais c’est aléatoire.

Je m’étais demandé si le Québec était prêt à avoir ce genre de système. J’imaginais déjà les réactions de certains partis politiques ou de certains animateurs radio qui auraient peur que les gens en profitent et ne paient pas leur passage.

Les années ont passé et j’ai toujours continué à trouver ça chouette comme principe. Depuis, j’ai vu la même chose à Toronto. Le chauffeur ne regarde pas, dans le tramway, si tu paies ou non, il y a une machine pour valider ton billet, que tu le fasses ou non, le chauffeur s’en fiche. On mise sur la confiance.

Et là, même chose à Paris, du moins pour les autobus en ville, et même chose aussi à Tours, dans les autobus. J’essaie d’imaginer le même principe, à Québec, et j’ai l’impression, encore, comme en 2007 à Vancouver, que plein de gens auraient peur des crosseurs.

Pourtant, personne ici à Tours, ou à Toronto ou à Vancouver ne semble avoir peur de voir des gens en profiter. J’en vois parfois des gens en profiter et le monde en fait peu de cas, car ils sont marginaux.

Je ne peux faire autrement que nous trouver niaiseux. J’utilise un nous inclusif pour ne pas commencer à dire qui seraient sûrement les plus niaiseux dans ce genre de dossiers, mais je suis sûr qu’ils seraient nombreux. Juste à voir comment ça réagit sur le principe d’investir dans le transport en commun, imaginez si, en plus, on ne vérifiait pas si les gens paient pour l’utiliser. #Chaos
 
Surtout, je me demande ce que ça dit sur nous, d’avoir aussi peur de se faire crosser, surtout sur les petites crosses. Un legs de notre passé de français exploité par une bourgeoisie anglaise? Ou parce que nous, si on pouvait, le ferait tous, en profiter, donc on se dit que les autres aussi le feraient? Ou c’est moi qui imagine des réactions qui ne seraient peut-être pas si fortes…

Sinon, j’ai remarqué que les jeunes filles de Tours, donc les jeunes Tourangelles, aiment beaucoup les coats de cuir. Plus particulièrement le style «perfecto». Clairement un accessoire mode incontournable pour être cool à Tours.

Pendant une des tables rondes auxquelles j’ai assisté aujourd’hui aux Assises internationales de journalisme de Tours, j’ai vu un truc que je trouvais particulier. C’était une table ronde sur la place, ou l’absence de places, pour des journalistes vivant avec un handicap. Entre deux journalistes présentes pour parler de leur expérience, une responsable d’une université était là aussi pour parler de comment son école aide à soutenir les personnes vivant avec un handicap à travailler dans le milieu médiatique. Cette personne m’a semblé particulièrement à l’aise.

La voisine de cette personne était en fauteuil roulant. Un fauteuil qui a des accoudoirs. Un de ces accoudoirs était complètement utilisé par le bras de la représentante de l’université. J’attendais le moment où la journaliste allait lui dire de se tasser de sa bulle, mais non, jamais. Peut-être n’osait-elle pas vu le contexte, mais moi, je pense que j’aurais trouvé ça invasif.

Je termine avec une grande première gastronomique. J’ai manqué une quiche que j’ai aimée. Ce n’était jamais arrivé. J’ai toujours été déçu par les quiches au point que j’avais abandonné l’idée d’en essayer encore et de juste pu en manger. Le hasard m’a amené dans un resto ne faisant que ça. Pis elle était bonne, avec son bœuf et son cheddar. Un bon dosage des saveurs et de cuisson. Est-ce que je vais devenir plus ouvert aux quiches? Je ne pense pas. J’étais vraiment dans un resto spécialisé, mais je salue ce non-événement quand même!

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Épisode huit – À la recherche du wifi
Épisode neuf – Le temps des musées
Épisode dix – Drôles de chips!

Aventures françaises épisode trois – Les surprises de Tours!

Ce matin, ma journée a commencé avec une chauffeuse d’autobus vraiment sympathique. Trente secondes après être embarqué, elle a tourné sur une rue, faisant réagir une passagère : «Dites? C’est pas le 15 ce parcours?! » «Oh! Merde! Oui! Bordel! » s’exclame alors la chauffeuse, elle-même surprise de son erreur.

Le truc, c’est que les rues sont étroites dans Tours, comme dans le Vieux-Québec. Elle ne pouvait pas faire demi-tour avant un demi-kilomètre peut-être. Et jusqu’au moment de revenir sur le bon parcours, elle n’arrêtait pas de lancer des « Oh! Non mais la conne! », avec un ton semi-amusé, semi-irrité.

Une rue à Tours

Ensuite prise dans un trafic inhabituel, elle en rajoute : « Mais c’est quoi ce bizz ce matin?! Elles sortent d’où ces voitures?! » Non seulement des policiers se préparaient à barrer la rue pour une manifestation, mais en plus, des employés de la ville de Tours ont trouvé que faire de l’émondage, bloquant une voie ou deux, selon si une branche tombait ou pas, sur l’heure de pointe, sur une rue principale, était une bonne idée. Un spectacle magnifique!

D’ailleurs, j’ai presque vu une manifestation française! Le premier ministre, Emmanuel Macron, était de passage à Tours et des gens lui ont organisé une manifestation pour l’accueillir. J’étais vraiment content d’assister à ce cliché français… Mais finalement non, je devais retourner au congrès avant que ça ait réellement commencé. J’ai quand même vu les gens se rassembler, assez nombreux, en face de l’Hôtel de Ville, et les policiers barrer les rues avec des clôtures et des blocs de béton.

Bière sur une terrasse près de la place Jean-Jaurès à Tours

J’en parlais avec un Français, d’ailleurs, sur la terrasse d’où j’observais la scène. Quand je lui ai demandé « Est-ce qu’il y a toujours des manifestations où Macron passe?! », et ce, après déjà plusieurs minutes de discussion, il a simplement répondu en disant : « Ah! Vous êtes du Canada, vous! » Je ne suis pas sûr si c’était un oui ou un non, mais clairement, ça montrait que je n’étais décidément pas au courant d’une telle évidence.

Ce même monsieur, lorsqu’il a appris que j’étais journaliste et que j’étais là pour les Assises du journalisme de Tours, s’est mis à me demander si je connaissais tel journaliste de Tours, tel journaliste de Paris, etc. Mais non, aucun. Je pense qu’il croit qu’on se connaît tous, les journalistes.

Il m’a aussi dit qu’il aimait bien Justin Trudeau. Ah! Le charme international de Justin!

Des petites choses me surprennent, à Tours, et en France en général. Par exemple, chaque fois que j’ai voulu recycler quelque chose, un déchet qui se recycle, je n’ai jamais pu. Je n’ai pas vu encore un seul endroit avec une option recyclage, juste des poubelles, dans les lieux publics, dans les restos, au Centre des congrès, les hôtels… et ça me fait mal, à chaque fois, de jeter la matière recyclable dans la poubelle.

Il y a aussi cette absence de feuilles dans les arbres (sauf les lilas), mais le gazon et l’herbe très verte quand même. Chez nous, habituellement, quand les feuilles tombent, l’herbe perd un peu de couleur, mais ici, on dirait pas.

Dans la gare de Tours, les toilettes publiques sont payantes. Pas chères, 70 centimes, mais quand même payantes. J’ai trouvé ça franchement insultant et j’ai refusé de payer et je me suis retenu. Franchement, faire payer des toilettes dans une place publique. Le wifi est gratuit, mais pas les toilettes!

Sinon, je n’arrive pas encore à m’habituer au fait qu’en France, il n’y a pas vraiment de dépanneurs. Pas de la même manière et vraiment moins souvent. Ou sinon c’est que je n’ai juste pas encore développé l’oeil pour les repérer!

En terminant, une photo prise dans une exposition du congrès où je suis, comme un souvenir de cette époque où les journaux appartenaient ou étaient dirigés par des politiciens et des députés! Comme Le Devoir avec Henri Bourrassa ou George Brown et le Toronto Globe (aujourd’hui Globe and Mail). Notez qu’ici c’est pas « notre » La Presse, mais un titre français.

La Presse, neutre?

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Épisode neuf – Le temps des musées
Épisode dix – Drôles de chips!

Aventures françaises épisode deux – On se couche tôt à Tours!

Les journées peuvent parfois être contrastantes. Comme deux serveuses d’un même resto, l’une super joviale, enjouée, qui lâche des «hop» tous gais et une autre plus lasse, plus soupirante.

Ma journée a été à la fois été vraiment chouette et chiante en même temps. Se battre avec des sommes gelées dans son compte Desjardins à partir de la France, alors que l’aide en ligne est pour les vols d’identité et pertes de cartes, avec le décalage… J’ai perdu beaucoup de temps et d’énergie là-dessus. Tout ça avec un wifi qui était intermittent dans la gare…

D’ailleurs, j’aimerais qu’on passe le mémo d’arrêter de demander des connexions via un portail web pour du wifi gratuit. Il est gratuit, anyway, pourquoi devez-vous nous gosser en nous faisant ouvrir un portail web pour qu’on puisse de connecter? Le hic avec ça, c’est que l’adresse IP se perd facilement, mais notre téléphone ou notre ordinateur se pense connecté, mais en fait, pentoute, et là, c’est lourd, parce que j’imagine que les cookies n’aident pas, parce qu’il faut faire comprendre qu’on doit se reconnecter alors que tout le monde pense qu’on l’est encore.

C’est juste lourd pour rien. Assumez-le donc que vous l’offrez gratuitement, votre wifi.

Ces mésaventures ont fait aussi que je m’étais mal préparé pour me rendre à mon hôtel à Tours. Normalement, je prends en note les indications, je me note des repères. Là, je m’étais juste indiqué la ligne d’autobus, l’endroit où descendre et l’adresse. Ça manquait de précisions et j’ai littéralement tourné en rond une trentaine de minutes avant de trouver la rue.

Mais ce n’est pas tout, j’étais là à me promener sur la rue (quand j’ai fini par la trouver), à chercher le 49 bis, voyant le 50, le 49 ter, le 48 ter, 48 bis, 47 ter, 47 bis, 47, 45, etc. Le 49 bis n’existait pas et je ne comprenais pas et toute ma patience venait de passer avec Desjardins et le wifi. Pis un moment, une toute petite affiche, collée en retrait, mentionnant que le 49 bis est caché derrière les immeubles. T’es un hôtel, affiche-toi donc un petit peu plus.

Toutefois, la chambre se rattrape avec une cuisinette (incluant micro-ondes, frigo, évier, ronds de poêle) et une grande salle de bain. Propre. Immense garde-robe avec cintres et tablettes (au point que c’est la première fois en voyage que je défais ma valise). Tout ça pour 60$ la nuit. Je n’ai jamais trouvé de quoi de similaire en Amérique du Nord.

Par chance, il y a des amies qui nous aident et de la bonne compagnie qui nous font oublier tout ça. J’y pensais pu pentoute en me promenant dans le Vieux-Tours et en soupant au Cappucino mon escalope de veau. Merci collègues présents et présentes à Tours avec moi (et un plus particulier à Marie-Ève)!

Avec tout ça, je n’ai pas pris beaucoup de notes aujourd’hui. Néanmoins, voici quand même quelques observations de voyage.

Le transport en commun de Paris utilise entre autres un turquoise très pâle qui me rappelle le vert pâle laid qu’on a dans certains hôpitaux au Québec.

J’apprécie quand même beaucoup ce transport en commun, surtout qu’en regardant ces croisements de rues, ces intersections aux formes multiples, je suis vraiment content de ne pas conduire dans le centre-ville de Paris. Et clairement, si je vivais là, j’aurais moi aussi une moto avant d’avoir une voiture!

Dans le train entre Paris et Tours, mon amie Marie-Ève m’a fait remarqué qu’il y avait, à un quai, une machine distributrice de baguettes de pain. Selon le visuel, ces baguettes sont toujours fraîches.

Toujours dans ce train Paris-Tours, une annonce qui revenait à chaque arrêt sur l’importance d’attendre le quai et l’immobilisation du train pour débarquer. Si c’est mentionné aussi souvent, ça veut dire que des gens l’on fait assez souvent. Et je m’imagine juste des gens se péter la gueule chaque fois. Et me demander si ça valait la peine.

Près de la Gare de Tours

À Tours, on se couche tôt. Sauf les bars et restos, les commerces ferment tôt. Aussi, l’autobus que je prends pour me rentre du centre-ville à ma chambre passe aux 10 minutes le jour, pour être aux 30-40 minutes en soirée et aux heures après 21h30 pour arrêter avant minuit. C’est ce que j’ai appris une fois à l’arrêt passé 22h. À Québec, je dis qu’on devrait avoir des Métrobus toute la nuit, quitte à diminuer les fréquences, du quart d’heure à la demi-heure, voire aux heures. Je suis quand même assez surpris par ce changement de rythme pour le même parcours. C’est clairement un signe qu’à Tours, on se couche tôt!

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Aventures françaises épisode un – Derrière le décor

Voyager est vraiment un truc de privilégiés. Surtout en avion. C’est d’ailleurs mon premier vol outre-mer.

C’était pas un manque de volonté, au contraire. J’ai souvent annulé des plans de voyages parce que le plan ne comportait aucune marge de manœuvre financière, et ce plan reposait que sur des conditions favorables sur tous les aspects, si bien que chaque fois, ça marchait pas, malgré la bonne volonté. Un peu comme les ententes internationales sur le climat (quoique moi je n’ai jamais été de mauvaise foi).

Là je peux le faire grâce à une bourse (merci LOJIQ) et quelqu’un m’a généreusement avancé les sous de certains frais à payer. Et merci à mes collègues qui en font plus pour me permettre de les abandonner deux semaines et aux deux personnes qui me remplacent en ondes.

Je ne dis évidemment pas que tous les voyageurs sont des riches, mais le pourcentage de gens sous la classe moyenne est bas. On ne croise pas beaucoup de pauvreté. Et si elle est là, elle est cachée, camouflée dans le lieu en lui-même et par la nature même de l’activité aussi.

Quand tu te promènes dans un aéroport, tu as plus l’impression d’être à L’Ancienne-Lorette qu’à Vanier. Ou à Westmount que dans NDG. Ou à Place Ste-Foy plutôt que Place Fleur-de-Lys.

Ironiquement, jamais je n’ai pas payé aussi cher pour de l’absence de confort. C’est cher payé pour être tassé comme des sardines. Je suis conscient des coûts, mais une partie de moi se dit que chaque pouce de confort qu’on nous enlève sert à élever d’un dollar la rente des actionnaires. Ou nous pousser à nous payer de meilleurs sièges.

J’ai visité tout le Québec et tout le Canada dans ma jeunesse, je faisais ce que je pouvais avec mes moyens (et Vancouver était un fantasme de jeunesse), mais ça ne fait que deux ans que je voyage régulièrement. Et chaque fois, même si je le fais avec des plans serrés et en me privant ailleurs, je réalise que c’est un privilège de pouvoir le faire. Lorsque j’étais sur le BS, ou même à l’époque que je gagnais 15 000$ ou 20 000$ par année, c’était impensable d’aller à Boston ou New York et là, Paris.

Et des fois, j’entends des gens parler de leurs voyages comme si c’était normal de partir chaque année dans une partie du monde. Chaque fois je pense à ceux et celles qui voudraient, mais qui ne peuvent pas – même en se privant, ça serait impossible, parce que la privation fait déjà partie de leur quotidien pour arriver à manger et payer leur loyer.

Je ne veux pas culpabiliser de voyager, loin de là, mais juste prendre conscience de votre chance de pouvoir le faire, même si vous le faites en sacrifiant d’autres choses. Savourez-le et pensez-y quand vous vivez des « pépins » de voyage.

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Des notes en rafales sur Paris – du moins pour les quelques heures passées aujourd’hui à Paris. Je ne faisais que passer pour le moment – j’y reviendrai quelques jours après une semaine à Tours.

Au Québec – et en Amérique du Nord, nos policiers ont en général d’énormes voitures, comme s’ils allaient à guerre. À Paris, ils conduisent de toutes petites Golf. Toutefois, quand les policiers sortent de leur petite voiture, ils ont une mitraillette autour de la poitrine, pas « juste » un pistolet comme nous. Je me suis demandé pendant un moment ce qui était le plus « viril » ou qui frappait le plus l’imaginaire. La mitraillette ou le gros char musclé?

Voiture de police à Paris

J’ai vu où s’est fait le clip Le nouveau western de Mc Solaar. Ce clip et cette chanson ont marqué mon adolescence. Ça m’a fait sourire.

Le métro de Paris est un comme mélange de celui de New York et de Montréal. Il a le frame de New York, mais à l’intérieur c’est un peu plus comme à Montréal. Ceci dit, les gens se comportent plus comme nous, à se précipiter dans les métros, se mettre en tapon, stresser les autres. Les New-Yorkais.e.s sont plus chills dans leur utilisation du métro.

Pendant que je trouvais ça beau, ces immeubles qui se ressemblent dans le centre-ville, j’ai eu une pensée pour ces condos pareils que je trouve affreux, comme dans Lebourgneuf/Neufchâtel. Mais en y regardant de plus près, ces immeubles ne sont pas identiques, ils se ressemblent, mais ils ne sont pas pareils. Les galeries, les fenêtres, les finitions, les toitures, les lucarnes, il y a des différences. Contrairement à ceux des nouveaux développements à Québec. Un peu comme dans Limoilou, les triplex se ressemblent, mais ils ont tous leurs particularités. Pis bon, soyons honnêtes, ils sont rarement beaux, en plus, ces condos tous pareils.

Des immeubles pareils pas pareils de Paris

J’ai aussi vu de petits immeubles touts étroits au milieu de nulle part. J’ai trouvé ça mignon.

Quelque part dans Montparnasse
Quelque part dans Montparnasse

Un jour, j’ai vu passer une série de photos de type « behind the scene » de lieux célèbres. Comme la Tour de Pise (qui est entourée d’immeubles), les Pyramides (collées sur la métropole), etc. J’ai vécu un peu ça avec la Tour Eiffel aujourd’hui. Tout ce qu’il y a autour est en travaux. Pas de Champs-de-mars, pas de parc, juste des clôtures, des rues barrées, des hommes au travail (je n’ai pas vu de femmes…). Tout le contraire des cartes postales ou de ce qu’on voit dans les films.

Tour Eiffel a des noms sur elle, vous saviez?
Il y a des travaux partout autour de la Tour Eiffel…

J’ai remarqué à quel point je suis habitué d’entendre toujours tout, ou presque, dans les deux langues. Tu vas dans une gare au Québec, ça va être en anglais et en français. Tu vas dans une place publique, c’est presque toujours dans les deux langues. Je me suis surpris à ne pas entendre la version anglaise dans les annonces à Paris. Je ne veux pas relancer un débat linguistique, mais c’est fou à quel point on a assimilé que c’est normal de toujours tout mettre bilingue, nous, au Québec (et au Nouveau-Brunswick).

Bon, par contre, il y a beaucoup de publicités seulement en anglais, ou du moins, qu’avec des expressions anglaises, mais c’est pas tout à fait le même truc, même si c’est connexe.

Parlant de pub, j’ai été surpris de voir qu’il y a encore des gens qui engagent Franck Dubosc pour faire des films.

Finalement, j’ai l’habitude de me louer des trous comme chambres, mais là, cette auberge près de la Gare Montparnasse est très cute. Elle a même plusieurs éléments très catchys qui plairaient à ben du monde. C’est full pinterest.

Chambre dans Montparnasse

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Épisode huit – À la recherche du wifi
Épisode neuf – Le temps des musées
Épisode dix – Drôles de chips!

What is love? Baby don’t hurt me

Même si la sagesse aurait voulu que j’aille dormir plutôt que d’assister à la soirée du Collectif RAMEN de février, j’y suis allé, parce que je savais que j’y entendrais des petits bijoux de textes. Et même si je manquais de temps, j’ai écrit un petit quelque chose pour le micro ouvert. Le thème était Déclaration d’amour à la Librairie St-Jean-Baptiste, lieu hôte des soirées. Comme j’ai déjà déclaré mon amour pour ce lieu, j’y suis allé plus général.

Le titre est plus pour la joke.

WHAT IS LOVE? BABY DON’T HURT ME

J’ai ouvert mon pad
pour écrire quelque chose pour le micro ouvert
Sans savoir où j’irais

Cette vieille note datée du 3 juillet 2014
qui dormait dans mes archives
Et que j’avais oubliée

«Se rappeler qu’on est hotttts
Bonne fête mon amour!!»

Des larmes aux yeux
parce que quelqu’un m’a déjà dit ça

Avant quand je voyais ça dans les films
Je m’amusais à dire que c’était de la belle science-fiction
Que ceci avait autant de chances de m’arriver que me téléporter avec Spock

Maintenant, je me souviens comment c’est doux
À quel point ça a été doux

///

Elle m’a demandé en ondes c’était quoi l’amour pour moi
L’amour c’est être surpris
c’est être bien
c’est être inspiré

Ce n’est pas forcé
ni possessif
Surtout pas possessif

Au contraire, l’amour doit se vivre dans la liberté
C’est être ému par la manière dont une personne vit sa liberté

Posséder c’est tellement ennuyeux

L’amour ne rentre pas dans des cases
l’amour ne répond pas à des attentes
l’amour c’est comme le jazz et ce contre temps qu’on n’attendait pas
comme un préjugé qui se fait abattre
ou comme la poésie

L’amour nous sort de notre zone de confort
pour mieux nous réconforter
pour sortir le meilleur de nous et de l’autre
L’amour est l’opposé d’un projet de loi

L’amour c’est rare
L’amour c’est incompréhensible
L’amour est anarchie

///

Je connais si bien cette douleur
le trouble et le déchirement
de la non-réciprocité

Ces 30 années où personne ne disait m’aimer
Je me réconfortais qu’au moins je ne blessais personne
comme moi je l’étais

Je disais à la blague
que j’étais tellement un bon gars
que je ne brisais même pas de cœur

Je suis
tellement
désolé
J’aimerais tellement m’excuser

En même temps
même dans la douleur
je n’ai jamais arrêté
de trouver ça beau
l’amour

Triste comme une princesse

J’avais deux raisons d’écrire un texte pour la Soirée de poésie royale du Collectif Ramen pendant le Festival féministe de la Revengeance. Déjà, j’ai l’habitude d’écrire des textes pour les micros ouverts du Collectif, mais en plus, en tant que Duchesse barbue de Limoilou 2017, je pouvais m’y faire une vraie place, puisque les duchesses du passé comme du présent étaient invitées à venir lire des textes de leur cru.

J’ai repensé à ces films de princesse de Disney que je n’ai jamais aimés. Pas parce que j’étais un petit gars, mais parce que je les ai toujours trouvées tristes, ces princesses. J’ai toujours trouvé les personnages inintéressants. En vieillissant, j’ai trouvé ça triste comme modèles pour les jeunes filles. Soit belle, soit maudite et fais toi sauver par un homme. C’est un peu ça, souvent, les histoires. Fak j’ai creusé ça pour la soirée de poésie royale du Collectif Ramen avec la Revengeance des duchesses.

TRISTE COMME UN PRINCESSE

Quand une gamine, ou une femme
me dit qu’elle rêve d’être une princesse
Je me dis que cette personne
n’a absolument rien compris des films de Disney

La vraie morale des Blanche-Neige,
Raiponce, Ariel et autres belles dormantes
C’est que les princesses
ont une vie de marde

Ennuyantes aussi
Ne nous demandons pas pourquoi
la plupart se jettent dans les bras du premier venu
ou qu’elles fuguent
leur vie est royalement plate

Mais en plus
Leur vie est merdique

Je vous entends déjà me dire
que les pauvres ont une vie de marde aussi
C’est vrai que c’est difficile
Survivre plutôt que vivre

Sauf que les femmes
des basses classes sociales
personne ne les envie
personne ne leur jette des sorts!

La Belle aux bois dormants
Elle se fait maudire à son baptême!
Bel avenir ça!

Checkons l’autre dormeuse, Blanche-Neige
La pauvre, écrasée par la jalousie de sa belle-mère
Pognée pour se méfier de tout ce qu’elle mange
Doit vivre cachée dans une forêt à en devenir schizophrène
Certaine qu’elle parle aux animaux…

Raiponce, maintenant
Déjà, son nom, en français, est questionnable
Coincée dans une tour
Sans télé, sans Netflix et sans Facebook
Utilisée comme une fontaine de jouvence

Ariel, princesse et déesse
Son histoire a des airs de crise d’adolescence
Mais quand tes seuls amis sont un poisson pis un homard
Tu pèterais une coche toi aussi
Mais en plus, elle aussi subit la colère d’une sorcière
Évidemment!

C’est ça la grande morale des histoires de princesses
Tu te fais maudire par des sorcières jalouses
Et la seule façon de t’en sauver est d’attendre un homme
Quel beau message d’autonomie!

En plus, une princesse de Disney
C’est grosso modo naïve et ravissante
Bref, ça n’a pas de personnalité

Ceci dit
Les hommes n’en ont pas plus
Ils sont beaux et courageux

Mais encore?
Sont-ils plus Narcos ou BoJack Horseman?
Aiment-ils faire des balades en foret et boire du vin?
Ont-ils des tatous?
Aiment-ils faire des voyages?
Parti québécois ou Québec Solidaire?
Connaissent-ils la notion de la charge mentale?

Qu’on se demande pas
pourquoi l’homme se cherche autant
Il n’a aucun modèle
Que des coquilles vides
Des hommes objets
Ne servant qu’à sauver les belles princesses
toujours en détresse

Voilà!

Des princesses
toujours
en détresse

Tout le temps

L’anonymat qui vient avec le monde ordinaire
Est quand même une belle richesse
Surtout que les sorcières sont connes
Elles veulent être belles au lieu d’être libres

Ce que je retiens des histoires de princesses
C’est qu’elles ne peuvent faire confiance à personne
Elles sont dépendantes des hommes
Elles n’ont pas d’amis – sauf des animaux
Leurs parents sont des incompétents

Si on ne montre jamais leur vie après leur jeunesse
Ce n’est pas parce qu’elles deviennent mères
C’est parce qu’elles sont sur les antidépresseurs
ou alcooliques

Mesdames et messieurs
Oubliez la vie de princesse
Vous ne voulez pas vraiment ça

Fuck les princesses
Fuck les royautés
Vive la Revengeance!