Bof

On poursuit la tradition avec la publication du texte écrit pour le micro ouvert de la dernière soirée du Collectif RAMEN, le 18 mai, à la Librairie St-Jean-Baptiste dont le thème était «Mois de meh».

Qu’est-ce qui me fait dire «meeehh» ou «bof»? Voici ce que j’ai pu sortir en trente minutes. La liste aurait pu être plus longue si j’avais eu plus de temps, ce qui me fait dire que cette contrainte était une bonne chose.

BOF
(ou la liste des choses qui me font dire bof)

Les allergies qui commencent avec les bourgeons et qui se terminent avec le froid
Internet qui plante
Facebook qui ne loade pas
Quand Nomade n’est pas vraiment synchro avec les autobus
Manquer l’autobus
Être fatigué
La charte des valeurs du PQ
Le test des valeurs de la CAQ
Faire croire qu’on a une crise avec les accommodements raisonnables
Utiliser l’expression « immigration illégale »
Le détournement du mot progressiste
Les stations-services qui font maintenant payer pour gonfler nos pneus
Une toilette bouchée
Les personnes scandalisées par Hubert Lenoir
Être coincé avec plein de vieilles batteries parce qu’il ne faut pas les jeter mais que je vais jamais dans un écocentre
Me faire des lunchs
Des poutines avec pas assez de fromage
Le goût de la Pabst
Les automobilistes qui accélèrent dangereusement après avoir été ralentis par un piéton
L’absence de piste cyclable est-ouest autour de la rue St-Joseph
La plus récente une du magazine Urbania avec Richard Martineau
Le sourire d’Andrew Sheer
Le mariage de chose pis du petit fils d’Élisabeth deuxième du nom
MétéoMédia
Les bulletins de circulation
Faire ses rapports d’impôts
Pauline Marois qui pense que la parité politique va se faire tout seul
Les événements avec un nom anglophone
Les centres d’achats
Les galas en général
La compétition en général
Ceux et celles qui se pensent mieux que les autres
Me coucher quand il fait encore soleil
Mes collègues journalistes qui ne comprennent toujours pas le black bloc même si ça fait 20 ans que ça existe
Plusieurs caricatures de Ygreck
Ce que pense Kanye West
L’humour de Guy Nantel
La nouvelle chanson des Backstreet Boys
Toutes les saisons de La Voix
Pis District 31
Les réunions en appel conférence ou sur Skype
Parler sur Skype en général
La cruise – pourquoi on dit pas juste : tu me plais, veux-tu apprendre à me connaître?
Être incapable de te dire que tu me plais
Ne pas savoir comment terminer une liste de choses qui me font dire bof

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Mon dernier beau souvenir de Noël

Comme d’habitude, j’ai participé au micro ouvert du Collectif RAMEN le 21 décembre dernier. Comme d’habitude, je me suis inspiré du thème de la soirée, c’est-à-dire, pour cette soirée du solstice d’hiver, «Black christmas – Noël noèrre».

Je pense que pour bien comprendre ma position face à Noël, il faudrait lire le texte qui suit et écouter mon éditorial sur les Fêtes à Québec, réveille!. Si ici j’aborde plus un aspect personnel, en ondes j’abordais une vision plus sociale. Les deux résument bien pourquoi je n’ai pas envie de fêter Noël depuis le milieu de mon adolescence.

Petite note avant la lecture, quand même. Pour ceux et celles avec qui j’ai passé du temps à Noël après mon primaire, ça ne veut pas dire que c’était désagréable. Je fais référence ici à ce qui me semble mon dernier souvenir où je croyais encore à Noël, avec la magie, l’innocence et l’enthousiasme.

MON DERNIER BEAU SOUVENIR DE NOËL

C’était avant mon secondaire
Une époque où je vivais sur la rue des Ballades
Une rue où jamais personne ne marche
Parce que c’est en banlieue et que ça n’a rien de bucolique

J’avais reçu pour Noël un VHS de Popeye
J’étais vraiment content
À un point que je ne comprends pas tant aujourd’hui
Mais à un point que le lendemain, j’étais parti avec la cassette chez un ami

Beaucoup trop tôt.
Avant que mon ami et sa famille n’aient déjeuné.
Son père m’a renvoyé chez moi poliment, mais fermement
Sur le chemin du retour, j’ai échappé le VHS dans la neige
Je n’ai jamais pu réécouter ce film de Popeye

J’étais vraiment déprimé
Le père de mon ami était fâché après moi
J’avais pété mon nouveau film de Popeye
J’ai sûrement pleuré
Persuadé que j’avais tout gâché

C’est, je crois, mon dernier beau souvenir de Noël
Malgré les pleurs dans la neige

Après ça, je me suis mis à comprendre des choses
Et à trouver que Noël c’était de la grosse bullshit

Je ne comprenais pas pourquoi, tout d’un coup, mes parents faisaient semblant de s’aimer
Pourquoi quelques jours avant et quelques jours après ils se chicanaient
mais, que là, tout d’un coup, tout allait bien

Je me suis mis à voir les faux sourires de ma mère
à comprendre ses malaises
Je me suis mis à voir les efforts de mon père pour alimenter
un bonheur qui n’existait pas vraiment

Je me suis mis à trouver étrange que cette personne qui ne m’offrait jamais rien dans l’année
même de la considération,
me faisait tout d’un coup un cadeau.
J’ai commencé à creuser le concept de l’hypocrisie.

Je me suis mis à me demander pourquoi tout le monde acceptait de faire des choses
juste parce que tout le monde le fait.
Si c’est deux mois avant ou un mois après que j’ai envie de faire un cadeau, c’est mal?
Je dois absolument attendre la même date que tout le monde?
Pourquoi?

Je me suis à trouver ça malaisant d’entendre des ami.e.s se plaindre de leur de cadeaux
Hashtag ingratitude
Hashtag gros bébé gâté
Hashtag il y en a qui n’ont rien

Je me suis mis à trouver ça troublant les listes de cadeaux de Noël
Ce sont des demandes spéciales ou des surprises?
Me semble que ça enlève tout le romantisme qu’on n’arrête pas de nous vendre!

Au début du secondaire, j’ai découvert des nouveaux mots
Capitalisme, marxisme, communisme, punk
Des mots qui ont achevé ma magie de Noël

J’ai remarqué, aussi, à quel point tout le monde semble se faire chier
à vouloir faire plaisir
À quel point c’était lourd
les magasins pendant les Fêtes.
C’est toujours lourd, mais c’est pire pendant les Fêtes

Me semble que donner des cadeaux… ça devrait toujours faire plaisir et ne pas être stressant.
Je suis le seul à trouver que quelque chose cloche?

Ça fait maintenant 20 ans, si c’est pas plus, que je veux rien savoir de Noël
Je ne sais toujours pas si ma famille comprend pourquoi

Chaque année, on m’invite encore aux soupers, aux soirées, aux réveillons
Des fois on essaie de me faire croire qu’on ne parlera pas de Noël
Ou que Noël est juste une excuse pour se voir
Même si c’est marqué Noël partout
qu’on dit joyeux Noël
qu’il y a un gros sapin avec des gros cadeaux.
Suis-je si naïf?

Sauf que ça ne marche pas.
Je ne sais plus comment expliquer mon profond malaise pendant les cadeaux
Je ne sais plus comment expliquer que je n’en veux pas
Je ne sais plus comment expliquer que je n’arrive pas à faire semblant de ne pas trouver ça kétaine
Je ne sais plus comment expliquer que ce n’est pas contre eux, mais que le contexte m’irrite et je n’y crois pas

Je ne suis pas anti Noël
Je sais bien qu’il y a des gens sincères dans toute cette mascarade
Ils sont moins nombreux qu’ils le pensent
Mais je suis content pour ceux et celles pour qui c’est vrai
Sauf que je m’en câlisse pareil

En fait, j’aimerais ça juste pouvoir m’en câlisser
comme je me contrefiche de la St-Valentin, de la fête des Mères, de la fête des Pères, de Pâques, de la fête du Canada pis de la fête de la Reine.
Mais Noël est partout.

Fak je fantasme, chaque année
Disparaître du 20 décembre au 6 janvier
Me tenir loin tout ce cirque
Ne pas subir ce bonheur Walt Disneyien

Je ne suis pas Grinch
Je ne veux pas vous empêcher de triper
Ou de croire que vous êtes heureux dans tout ce stress inutile
Je veux juste ne pas être obligé de faire comme tout le monde

Et si vous tenez à me voir et à me faire plaisir
pas de panique
parce que j’ai le très grand bonheur
de vous annoncer
en grande primeur
qu’il y a 50 autres semaines dans l’année
où il y aura plus de franchise dans mon sourire

Pire que Gangnam Style

«Quoi tu fais ce soir?»

Rien.

«Rien?»

Rien.

Ne me faites pas de gros yeux. Ne soyez pas gêné.

Je m’en fiche du Nouvel An. C’est une soirée comme une autre, si ce n’est qu’on aura un bon Infoman.

Oh! Tu me dis que c’est une bonne raison pour faire la fête? Tant mieux. De mon côté, ça fait quelques années que faire le party n’est plus un leitmotiv. Je te souhaite une pas trop grosse gueule de bois.

Pour toi, c’est le moment de voir ta famille que tu ne vois pas souvent. Je suis vraiment content pour toi. Probablement que si j’avais une famille plus unie, que si un esprit de famille y avait déjà existé, j’aurais la même joie.

Changer d’année ne signifie pas grand-chose pour moi. C’est un chiffre, sans plus. Ça m’excite autant que de faire un changement d’huile.

Je ne fête pas plus Noël, cela dit. Depuis une quinzaine d’années, déjà. Je ne suis pas contre, même si plusieurs comportements provoquent des malaises chez moi (tu as vraiment besoin d’étaler tes cadeaux sur Facebook?). Mais je m’en fiche, ça me fait bâiller pis je me tiens loin. Je vous le laisse.

La plupart des trucs populaires qui me gossent, je peux m’en tenir loin assez facilement. Parce que même si c’est populaire, ça englobe rarement la majorité.

Mais la période des Fêtes, ce n’est même plus une avalanche, c’est pire que Gangnam Style. Tout le monde est là-dedans, même les plus anticonformistes s’y frottent.

C’est un mouvement plus fort que soi. On est pris dedans quand même. Comme un crayon tombé dans le bol de toilette. Il n’a pas à faire là, mais si on flushe, il va se faire prendre par le jet d’eau pareil.

Vouloir éviter ce mouvement demande un effort exagéré. Il faudrait que je puisse éviter l’épicerie durant deux semaines. Les magasins durant un mois. Que je ne travaille pas durant un mois – parce que je dois faire jouer de la musique de Noël, faire des trucs de Noël pour les auditeurs, etc. Il faudrait que je ne parle à personne durant des semaines!

C’est impensable. C’est partout.

Cela dit, c’est quand même amusant de constater que ça énerve plus certaines personnes qui fêtent ça que moi. Ça ne m’affecte plus moi, ça gosse, mais ça coule sur moi comme l’eau sur le dos d’un canard. J’ai développé un imperméable exprès pour ça.

C’est comme un saumon qui tente de remonter la rivière avec un barrage. C’est infranchissable.

Aucune ombre sous les lumières de Noël.

Je ne me plains pas. Pas du tout.

C’est juste… frappant.