La fragile masculinité

Le collectif Les reines m’a invité à participer à une soirée artistique pour les aider à financer un de leur projet avec plein d’autres artistes de la région de Québec. La tribune était libre et j’ai créé un texte pour l’occasion, où j’ai essayé d’expliquer comment je me sens, comme gars, comme queer, entre les masculinilistes, les #NotAllMen, la culture du viol, le féminisme et les femmes. Sujet aux multiples facettes qui ne pouvait pas être un texte court ou bref.

Voici donc ce texte.

LA FRAGILE MASCULINITÉ (OU POURQUOI J’ENVIE LE FÉMINISME)

Les gars, je ne comprends pas.

Si j’en suis un par défaut, je ne me suis jamais vraiment senti dans la gang.

C’est bizarre en fait. D’un côté, je crois qu’il y a autant de masculinités qu’il y a d’hommes – comme il y autant de féminités qu’il y a de femmes. Mais malgré tout, même si je n’ai pas tant de problèmes avec l’étiquette cisgenre, l’hésitation est toujours là lorsqu’on veut m’associer aux gars.

Toujours envie de mettre un bras de distance avec eux.

Faut dire que les gars ne s’aident pas pour stimuler une fierté masculine.

Si par exemple, on m’offre d’aller dans une soirée de gars ou dans une soirée de filles, je vais être pas mal plus tenté par la soirée de filles.

En fait, nommer une chose comme étant une activité de gars risque de m’enlever le goût de la faire. Alors qu’au contraire, les soirées «safe spaces» pour femmes, ou queer, elles, j’ai envie d’y aller.

J’ai beau jongler avec l’étiquette queer qui me représente sûrement mieux, ce n’est pas normal, les gars, que j’aie honte de vous.

Mariana Mazza a tellement dit partout qu’elle avait plus de testostérones que la moyenne masculine que je suis sûr qu’elle en a plus que moi. Ma barbe, ma voix et mon pénis sont peut-être les rares trucs typiquement masculins que j’ai.

D’ailleurs, avant de porter la barbe, on me prenait souvent pour une fille. Ce n’est pas pour ça que je porte la barbe depuis 20 ans, mais reste que depuis, on me la pose pu.

Même si je pense que je serais peut-être plus crédible comme femme à barbe que comme que gars.

Si on ne me demande plus si je suis une femme, la question de ma possible homosexualité, elle, n’est jamais tombée. Le nombre de fois dans ma vie qu’on m’a demandé si j’étais gai, je ne peux même plus les compter.

Parfois on me le demande parce que je ne touche pas malgré une promiscuité. Non, ma chère, je ne suis pas homosexuel, je suis juste un hétéro qui étrangement respecte les principes du consentement. Oui, je demande la permission avant d’embrasser. Je casse l’ambiance de même.

À votre place, les gars, je m’inquiéterais. Dans la tête des filles, vous êtes tellement incapables de vous retenir qu’elles ne comprennent pas quand vous ne le faites pas. Les gars devraient avoir honte de créer collectivement une telle crainte. Il y a un foutu examen de conscience à faire. #NotAllMen ou non.

Ça en dit long sur l’image qu’on se fait des gars. Et ça en dit long sur l’image qu’on se fait des homosexuels.

La douceur et la sensibilité, sont encore associées à l’homosexualité. Un gai est toujours un être sensible. Dans l’imaginaire collectif, Rambo ne peut pas être gai.

Et quand on accepte l’idée qu’un gars peut être hétéro et sensible, on lui colle une allusion féminine, comme le rose, comme pour diminuer sa virilité, comme pour le distinguer des gars normaux.

Avez-vous remarqué quand on apprend qu’un trou du cul ou qu’un gars super viril est homosexuel, à quel point les gens ne comprennent pas?

Le monde n’en revenait pas qu’une des brutes de la cour d’école radiophonique de Québec, Éric Duhaime, soit gai. Pourtant, ce n’est pas parce que tu détestes tout le monde que tu ne peux pas être homosexuel.

Parce que l’orientation sexuelle n’a pas rapport avec la personnalité. Le genre non plus d’ailleurs!

Et je tiens à ajouter que jamais je n’ai été insulté par l’idée d’être homosexuel. Je n’ai jamais trouvé cette allusion ou cette question insultante. Pas obligé de vous excuser après avoir entendu ma réponse. Mon égo n’a pas bougé. Il ne s’est même pas senti visé en fait. Mon égo voit plus la question comme une fausse balle. Complètement inoffensive. C’est juste triste pour les préjugés.

Anyway.

Je diverge.

Bref, les gars, je ne comprends pas.

Les femmes, ou les féministes, expliquent très bien à quel point elles trouvent ça lourd, vos façons de faire. À quel point elles ont souvent peur.

Comme siffler dans la rue, comme envoyer des photos de votre pénis, comme les traiter de putes, comme les traiter comme des objets, comme faire des blagues sexuelles douteuses et malaisantes, comme ne pas se préoccuper de leur plaisir sexuel, comme les suivre dans la rue, comme… Merde, la liste est tellement longue, vous faites tellement de trucs lourds et douteux, les gars!

Depuis que j’ai 5 ans que j’entends les femmes s’en plaindre. Et j’ai été élevé par des femmes. Je me suis tenu presque seulement avec des femmes. J’ai participé à plusieurs soirées de filles. J’ai vu les masques tomber. Les vrais masques, pas ceux faits de crème ou de concombres – d’ailleurs, quel cliché surfait.

J’ai entendu les mêmes plaintes y compris chez ces filles qui jouent ce creepy jeu de la séduction où l’homme est un chasseur et la fille est la proie qui se fait désirer – ce qui est d’ailleurs étrange que ce soit la proie qui doit se faire désirer. Ce n’est pas parce que tu joues le jeu que tu ne trouves pas que les règlements sont de la marde.

Je n’ai jamais entendu une femme dire : «ah ouais, hier, un gars me fixait tout le temps les seins! Ça m’a tellement allumée!»

Non, jamais.

«Hier, je rentrais chez moi et un homme s’est mis à me suivre! Je l’ai invité chez moi et on a fourré!»

Non, ça non plus, jamais entendu. Les femmes ne vous trouvent pas mystérieux, et ne sentent pas désirées, elles ont peur! Ce genre d’histoire ne débouche jamais sur « et se marièrent et eurent plusieurs enfants », mais elle se termine parfois par « et il la viola et n’a jamais été puni ».

Je n’ai jamais entendu une fille trouver séduisant un homme qui lui demande son numéro pour la seizième fois. La quinzième, c’était lourd, mais la seizième, ouf! Comment résister?

Je n’ai jamais entendu une fille se sentir bénie, ou être l’élue parmi les élues, parce que tu « la laisserais bien te sucer la graine, la chanceuse ».

Tout le monde sait que tu laisses n’importe qui te la sucer. En fait, tu cherches désespérément quelqu’un pour la sucer.

Je ne crois pas, non plus, qu’une serveuse est déjà retournée dans la cuisine en s’exclamant : «ça y’est les filles! Un gars m’a enfin snappé les fesses! C’est qui la chanceuse?!?»

Nah. Les filles doivent plus se retenir pour ne pas cracher dans son plat. Ou pas. Elles le font peut-être aussi.

Jamais une fille ne m’a raconté avoir eu un coup de foudre parce qu’un gars prenait toute la place, en ayant les jambes bien écartées, dans l’autobus.

Tout ce qu’on voit dans les clips, dans les films, dans les chansons d’amour, en général, c’est une fiction imaginée par les gars pour les gars. Comme la majorité de la porno lesbienne d’ailleurs.

Quelques exemples de chansons de marde.

«Ne la laisse pas tomber 
Elle est si fragile 
Être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile »

Qu’est-ce que tu veux dire, Julien Clerc (ou Cookie Dingler)? La vie est plus facile pour une femme pas libre?! Et pourquoi une femme serait fragile?

Des générations de femmes sont restées fortes et résilientes tout en subissant des agressions, de la discrimination, des chasses aux sorcières, en étant considérées comme des mineures et j’en passe.

D’un autre côté, après une ou deux générations d’hommes, l’homme est perdu et se sent menacé parce que des femmes revendiquent leur place et le respect. Vite de même, les femmes me semblent assez fortes.

Ce cher Johnny Halliday qui nous parle du romantisme au masculin.

«Je l’aimais tant que pour la garder je l’ai tuée»

Entendez-vous le subtil mélange de possessivité et d’amour, de passion et de meurtre?

Johnny ajoute après, avec toute sa virilité, que « pour qu’un amour vive toujours », il faut qu’il meure d’amour. Pas lui. Juste la personne qu’il aime. Il l’aime tellement… qu’il ne veut pas vivre avec ou qu’elle vive. C’est crissement tordu.

C’est diablement tordu, mais crissement fréquent! Même les Beatles ont chanté un truc similaire : «Je préfèrerais te voir morte, petite fille, que de te voir avec un autre homme.»

Well, comme y disent.

Moi, si quelqu’un me chante, ça, le moindre charme que cette personne aurait pu avoir prend la fuite et s’enterre six pieds sous terre.

Le pire? C’est chanté sur un ton joyeux! Allez! Viens danser sur cette chanson qui parle de te tuer!

Guns’n Roses aussi ont vanté le meurtre alors que Axel Rose nous chante :

«Je l’aimais, mais j’ai dû la tuer, je l’ai mise six pieds sou terre et je l’entends encore chialer»

Parce que c’est bien connu, les femmes chialent tellement que même morte, ça chiale encore.

Petit cue comme ça aux hommes : si vous les agressiez moins, si vous les battiez moins, si vous les considériez plus, si vous les assassiniez moins, les femmes, peut-être, et c’est dit avec toute ma naïveté, mais peut-être qu’elles chialeraient moins?

Au moins Depeche Mode était plus honnête en chantant : « Nous sommes les gars les plus chauds avec les stratégies les plus à chier pour attirer les filles les plus faciles dans un coin sombre».

Moi je m’en vanterais pas, mais en même temps, je ne le fais pas non plus.

Là, vous vous dites peut-être que tout ça, ce sont de vieilles chansons.

Nah. Rappelez-vous Maroon 5 et Animals où la pièce parle de traquer une fille, d’impossibilité pour elle de se cacher, parce qu’en gros, le gars, y veut fourrer comme un animal fak, c’est sûr qu’il va la retrouver anyway.

Si la fille se cache, c’est parce qu’elle dit non. C’est pas un jeu érotique.

Ou pire, ce hit que je n’arrive pas à croire encore que ça été un si gros hit : Robin Thicke et Blurred Lines qui est une espèce de menace : arrête d’aguicher pis vient fourrer!

Ce n’est pas au mieux au cinéma. Combien de fois que c’est l’histoire d’un gars qui, pendant deux heures, ne fait qu’insister, de manière de plus en plus tordue et lourde, mais que finalement, la fille tombe en amour juste avant le générique. Le cinéma est rempli de syndrome de Stockholm.

En même temps, les rôles de Dwayne Johnson sont risibles, aussi. Gars hyper viril, mascotte de l’alpha. C’est pas un mâle alpha, c’est un gentleman alpha.

Derrière son côté super respectueux, voire chaste – pas de one night, ne flirte pas, ne cruise pas, ne profite pas des dames en détresse, se cache quand même une vision hyper genrée et très « mâle protecteur de la femme fragile », mais tout ça en soignant le plus possible sa sexytude.

L’image moderne du prince charmant.

Sauf qu’on sait toutes que l’image du prince charmant est vraiment un problème. Embrasser des filles endormies sans leur consentement. L’image de femmes qui ne peuvent être sauvées que par des beaux hommes. Faire croire que l’amour n’est pas une question de chimie et de hasards, mais d’une espèce de reconnaissance pour dragon tué.

Mais même comme gars, c’est un problème. Un gars vide, qui ne fait rien de ses journées, qui n’a aucune raison d’être, sauf être beau, d’embrasser des filles endormies, ou trouver à qui appartient le soulier perdu.

En fait, tout ça là, tout ce que je viens de raconter était un long sujet amené pour faire cette déclaration : j’envie les femmes. En fait, j’envie le féminisme.

Les féministes redéfinissent les rôles, les attentes, les possibilités, toute! Elles remettent le monde en question avec des enjeux fondamentaux.

Grâce au féminisme, les femmes se libèrent, les femmes s’affranchissent, les femmes deviennent ce qu’elles veulent devenir, ou sinon, essaie de faire tomber ce qui les empêcherait de le devenir.

Pas les gars. Le masculinisme ne sert pas à réfléchir à ce qu’est l’homme, mais à attaquer les personnes qui essaient de questionner et de redéfinir la société.

Les gars, on a aussi besoin de faire la même discussion, de redéfinir nos rôles, de décloisonner l’image de la masculinité, de la libérer.

Le poids social qui étouffe les femmes étouffe aussi les gars. Les gars créent leur propre cage dorée.

Pendant que le féminisme rend les femmes plus fortes, le masculinisme rend les hommes plus débiles. Ce ne sont pas les féministes qui étouffent les hommes, c’est le refus de remettre les choses en question qui les affaiblit.

Cette énergie à attaquer les femmes devrait plutôt servir à se questionner et à changer les choses.

Si les hommes deviennent anachroniques, ce n’est pas parce que les femmes les attaquent, c’est parce que les hommes refusent de faire les mises à jour et s’accrochent à des systèmes qui ne fonctionnent plus. C’est fini Windows98, il faut changer de système d’exploitation!

Les féministes sont nos alliées. On a besoin d’elles, les gars, parce qu’elles, elles remettent en question, parce qu’elles, elles sont en train de faire un travail que les gars ne font pas.

La masculinité est fragile, pas parce que les féministes l’attaquent, mais parce que les gars ne l’ont jamais vraiment bâtie.

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Jouir

Troisième de trois textes écrits pour la soirée Spoken Word Québec du dimanche 17 juin 2018 pendant le Simili festival, à la Korrigane. Merci aux musicien.ne.s pour l’accompagnement!

Premier texte: Plus fort que la nature
Deuxième texte: Seins à l’air

JOUIR

Je te ferais un cunnilingus
Sans rien attendre en retour
Juste pour le plaisir de t’en donner 

Juste pour entendre ta respiration changer
Juste pour te faire perdre le contrôle de tes cordes vocales
Juste pour que ton cerveau ne pense plus qu’au plaisir
Juste pour ressentir le moindre de tes frissons
Juste pour te donner l’impression de flotter pendant quelques minutes

Je te ferais un cunnilingus
Juste parce que j’aime ça te faire jouir

Seins à l’air

Deuxième de trois textes écrits pour la soirée Spoken Word Québec du dimanche 17 juin 2018 pendant le Simili festival, à la Korrigane. Merci aux musicien.ne.s pour l’accompagnement!

Premier texte: Plus fort que la nature
Troisième texte: Jouir

SEINS À L’AIR

Scandale dans le milieu scolaire
Des jeunes femmes disent non aux soutiens-gorges
Aux brassières
Aux caches sexe

Scandale, il ne faudrait pas voir la forme
Encore moins le mamelon du haut de sa forme

Le hic, c’est que ça pourrait exciter les gars
Les lesbiennes, on ne sait pas, on en parle pas

Pis encore
Sous prétexte de ne pas sexualiser
On résume le corps à un objet sexuel

L’art de rater son message

Peut-on en revenir des seins?
C’est magnifique des seins
Mais le sexe ne se limite pas aux seins

Moi je tripe sur les ventres
Rien de plus sensuel qu’un ventre

Ventre plat ou rond, moelleux ou plus ferme
Toutes les formes ont la capacité de m’émouvoir

Moi, je capote sur les lèvres
Difficile de faire plus enivrant que des lèvres qui t’embrassent

Lèvres rondes, minces, pulpeuses ou en forme de papillon
La capacité de tendresse et de douceurs des lèvres me fait fondre

Moi, je m’extasie devant les taches de rousseur
C’est comme une œuvre d’art sur la peau – qu’aucun tatou ne peut accoter

Des tâches rousses, brunes, foncées ou pâles, d’été ou permanentes, sous les yeux ou partout
Comme si une magie blanche me jetait un sort

Des personnes fantasment sur les fesses, d’autres les pieds
d’autres jouissent juste à écouter quelqu’un leur parler

La sensualité et le sexe dépassent les mamelons
Les seins sont plus grands que le sexe

Le linge n’a pas été inventé pour cacher nos corps
ni pour prévenir les agressions

Les Inuits ne s’habillent pas plus que nous autres parce qu’ils sont plus pudiques
C’est juste parce qu’il fait plus frette là-bas qu’icitte

Plus fort que la nature

Premier de trois textes écrits pour la soirée Spoken Word Québec du dimanche 17 juin 2018 pendant le Simili festival, à la Korrigane. Merci aux musicien.ne.s pour l’accompagnement!

Deuxième texte: Seins à l’air
Troisième texte: Jouir

PLUS FORT QUE LA NATURE

La publicité disait : une vraie force de la nature

Pas Capitaine America
Ou un ouragan
Ni François Legault
À propos d’un truck

Dire qu’un truc mécanique est une vraie force de la nature
Même le cuir sur les bancs n’est pas naturel

Être fort, c’est tellement important
Dominer, c’est tellement viril
Donc être viril est vraiment important

Menacer de mettre une balle entre les yeux des manifestants
C’est tellement viril

Rire du look de Safia Nolin ou de Hubert Lenoir
C’est tellement viril

Être président des États-Unis d’Amérique
C’est tellement viril

Proposer des prêts à 500% d’intérêt
C’est tellement viril

Violer du monde
C’est tellement viril

C’est comme si être viril était contre nature
Comme si on avait inventé la loi de la jungle pour excuser d’agir en salauds

Prétendre qu’un truck qui détruit la nature est une vraie force de la nature
C’est comme dire que le renouveau est dans la continuité
Est-ce qu’être con c’est aussi être viril?

Parler seul

Texte écrit pour la soirée du Collectif Ramen du 20 avril dernier, toujours à la Librairie St-Jean-Baptiste. Le thème était Bacchanales, j’ai plutôt opté pour un sujet qui me prend beaucoup la tête depuis plusieurs semaines, mes (in)aptitudes sociales.

PARLER SEUL

Pourquoi dis-tu que le ciel est bleu?
Parce que quand je le regarde, il est bleu.

Pourquoi est-il bleu?
Je ne sais pas pourquoi, mais je sais qu’il est bleu.

///

Elle m’a organisé un surprise pour ma fête. Rien de gros, juste quelques amies pour prendre une bière alors que je pensais qu’on serait juste trois. C’était super gentil.

Toutes ces personnes sont mes amies, mais c’est sa gang. Toutes ces personnes étaient ses amies à elle avant de devenir mes amies.

Elle aurait invité mes ami.e.s si j’en avais eu.e.s. Mais qui?

///

Adolescent, on me traitait de nerd ou de bolé. Que je connaissais déjà ce que le prof essayait de nous apprendre me donnait un air bizarre. Je me suis mis à retenir que je savais des choses.

À cette époque, je croyais que mon absence d’ami.e.s étaient parce que tout le monde était con.

///

En un an sur la Côte-Nord, elle a eu beaucoup de plus de visites que j’en ai eues en six ans. Pour être honnête, je suis même surpris d’en avoir eu quatre. J’aurais misé sur la moitié seulement.

///

Au début de ma vingtaine, on me traitait de vieux sage, de vieille âme. Je n’ai jamais trouvé que ça sonnait cool. Pas insultant non plus. J’ai fini par m’en amuser. C’était un des rares compliments qu’on me faisait dans la vie, aussi bien en faire mien.

Au fond de moi, quand même, je trouvais que ça me traçait une ligne un peu triste, un peu grise, comme Gandalf. J’avais donc l’impression que ça confirmait ma place sociale. Les vieux sages sont toujours des loups solitaires. Les vieux sages meurent seuls.

À cette époque, je croyais que mon absence d’ami.e.s étaient parce que je ne m’aimais pas.

///

Quatre jours à l’hôpital. Trois semaines en convalescence, confiné à un lit et à un divan. Elle a pris soin de moi. Sa famille a pris soin de moi. Aucune visite d’un ou d’une amie.

///

Mi-trentaine, je fais un emploi public, très public. Je rencontre beaucoup de gens, vraiment beaucoup de gens, dont plusieurs sont incroyablement inspirants et beaux. Je reçois beaucoup de compliments de gens que je ne connais pas.

Malgré tout, je peux passer deux semaines sans n’avoir de nouvelles de personnes, sauf si c’est professionnel. En fait, si j’enlevais mes activités professionnelles ou communautaires… je passerais plusieurs semaines sans voir personne. J’ai plus d’interactions avec des inconnu.e.s qu’avec des ami.e.s.

À cette époque, je croyais que j’étais trop occupé pour créer des amitiés.

///

J’ai compris en revenant de France que ça ne change absolument rien, dans ma vie intime et quotidienne, que je sois à Paris, à Fermont, à Montréal ou à Québec. La distance que j’ai avec les gens n’est pas physique, elle est fondamentalement psychologique, un handicap social.

Je ne m’ennuie pas des gens. Je ne prends de nouvelles des gens et je n’en donne pas.

À cette époque, je me dis que je suis, en fait, un ami de marde.

///

Toute ma vie on m’a traité de personne intelligente alors que moi je me trouve bête.

Je ne sais pas l’entregent. Je ne comprends pas les relations sociales. Je ne sais rien de l’amitié. Je ne sais pas comment créer une conversation. Je ne sais pas comment créer des liens avec les gens. Converser est peut-être l’activité qui me demande le plus de concentration et d’énergie dans la vie.

Tu vas me dire que ça ne paraît pas. Je te réponds que j’ai développé des trucs pour le cacher.

Ceci n’est pas une complainte. C’est une confession. Un coming out.

Elle m’a parlé de douance. Je ne sais toujours pas comment faire pour connecter avec les gens, mais je commence à comprendre pourquoi je trouve ça aussi dur.

Ce soir, je me dis que le ciel a peut-être un autre bleu.

Aventures françaises épisode dix – Drôles de chips!

Un moment donné, il faut savoir s’arrêter, prendre une pause.

En douze journées, je n’ai pris qu’une seule soirée à ne rien faire. Le reste du temps, ça été un mélange de congrès et de tourisme de 9h à 22h ou 23h, tous les jours. Et ça, à un moment, ça tire du jus.

Mon corps, à 16h, tantôt, m’a dit qu’il en avait assez. Ça suffit. Prends ça cool avant ton vol demain. Tu n’arrives plus vraiment à marcher. Fait quand même depuis le 17 mars que je marche tous les jours, dans des villes, dans des villages, dans des châteaux, dans des cathédrales, dans des musées. Je ne suis peut-être pas en forme, mais marcher huit, neuf ou dix heures de temps, tous les jours, six jours d’affilé, mon corps, en particulier mes cuisses et mes jambes, n’est pas habitué. C’est pas demain que je vais pouvoir faire Compostelle – ce que j’aimerais vraiment faire, un jour.

Mine de rien, quand même, j’ai visité Tours, la ville et la région. J’ai visité Bordeaux. J’ai visité le château de Chenonceau. J’ai visité Paris, plus particulièrement marché dans Montparnasse, Belleville, Le Marais, les 6e, 7e, 8e, 1er, 2e, 13e, 11e arrondissements (de ce que je me souviens), l’Île-de-la-Cité et sur le bord de la Seine. J’ai visité les musées des Beaux-arts de Bordeaux, des Beaux-arts de Paris, du Quai d’Orsay, du Quai Branly. J’ai assisté aux 11e Assises internationales du journalisme. Et j’en oublie sûrement.

J’ai essayé plein de tramways, plein de lignes de métro! J’a-do-re ça!

Il y a plein de lieux que j’aurais aimé avoir le temps de visiter, de voir. Il y a des lieux que j’ai vus plus souvent que je l’aurais voulu (certains trucs sont toujours sur le chemin…). Si j’avais eu plus de temps ou plus d’argent.

C’est toujours comme ça, quand on voyage. On vient une première fois dans une ville ou une région. On arrive avec ce qu’on connaît, mais surtout avec tout ce qu’on ne connaît pas. Il y a toujours une période pour comprendre le coin, sa dynamique, son urbanisme, sa personnalité. Habituellement, ça me prend une journée complète pour saisir la ville. Et c’est là que le vrai fun commence.

Ayant passé sept jours à Tours, j’ai fini par moi-même y prendre des débuts d’habitudes. Avec deux soirs et deux jours à Paris seulement, pas tous consécutifs, j’ai à peine eu le temps de prendre son beat.

Alors on commence à se faire une liste, à se préparer à un éventuel retour, sans savoir si ça va arriver ou non. J’en ai une pour Vancouver, New York, Bordeaux et une pour Paris.

J’ai connu quelques difficultés pendant mon voyage (Visa et Desjardins, je vous dis vraiment un gros fuck you), mais ça demeure un privilège quand même, d’avoir pu venir deux semaines en France, même si ça m’a ruiné, malgré la bourse de LOJIQ. Chaque fois que j’ai la chance de voyager, j’en sors grandi, avec une meilleure compréhension du monde, avec une plus grande vision des choses et avec de nouvelles idées.

Bref, là, à mon dernier soir, mon corps avait besoin de rester tranquille et ma tête de s’assurer que j’étais prêt pour le retour à Québec. J’ai donc été me prendre un fromage et une baguette que j’ai mangés dans ma chambre en écoutant un excellent documentaire sur Nina Simone et là, j’écris ce texte en grignotant des chips.

En France, ils n’ont pas les mêmes saveurs que nous. Bon, j’ai vu dans mes rares visites en épicerie qu’ils ont aussi BBQ, nature et parfois ketchup, mais ils ont aussi Poulet rôti et Sauce bolognaise. C’est ça que j’ai essayé, pour là, et ce n’est pas très bon. J’aurais pu prendre une valeur sûre, mais je me disais que je devais vivre l’expérience française en essayant une saveur française. Poulet rôti aurait sûrement été un meilleur choix.

chips

Merci d’avoir suivi mes aventures françaises. Les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué qu’il manque les épisodes 8 et 9, puisque sur Facebook, c’est passé de 7 à 10 d’un coup. L’absence de wifi à Paris explique ceci. Ces épisodes seront mis sur mon blogue personnel, comme les autres épisodes.

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Lire l’épisode un – Derrière le décor
Épisode deux – On se couche tôt à Tours!
Épisode trois – Les surprises de Tours!
Épisode quatre – Tours, la belle!
Épisode cinq – Un train peut en cacher un autre
Épisode six – Le calme dominical
Épisode sept – Un crochet par Bordeaux
Épisode huit – À la recherche du wifi
Épisode neuf – Le temps des musées
Épisode dix – Drôles de chips!

Aventures françaises épisode neuf – Le temps des musées

À Paris, j’ai joué les touristes, évidemment. Je me suis un peu perdu aussi, n’ayant pendant une journée aucune note ou référence sur comment me rendre à tel endroit.

A New York, c’est facile se déplacer quand même. Les rues sont en quadrilatères et, souvent, sont nommées avec un numéro. À Paris, des rues droites, c’est rare. En plus, en France, les rues changent régulièrement de noms. Pendant trois ou quatre coins de rues, c’est tel nom, puis tout d’un coup, ça change, et encore quatre coins de rues plus loin. C’est dur, dans ce temps-là, se faire des repères. Tu pensais recroiser telle rue, ce que tu fais, mais tu le sais pas, elle a changé de nom!

Je me suis promené dans plusieurs arrondissements de Paris, dont Belleville, où était mon hôtel (de marde). Un quartier très familial, plein d’enfants partout, c’était sympathique. Très multiethniques aussi. Plus pauvre, aussi. Un quartier fait sur une bute. Même la rue Plat n’est pas plate. Il y a un belvédère avec une belle vue sur Paris. J’ai vu plusieurs références aux Triplettes, mais aucune à la famille Malaussène – si ce n’est que j’ai vu Le Zèbre (est-ce le même) et que j’ai reconnu un peu cette ambiance décrite dans les romans.

Belleville
Belleville
Belvédère de Belleville

Lorsque je suis arrivé près de la cathédrale Notre-Dame, évidemment, la chanson de la comédie musicale est aussi arrivée dans ma tête, avec la maudite voix de Bruno Pelletier. J’ai rien contre lui, tant qu’il n’est pas dans ma tête. B

Ceci dit, je n’ai jamais vu la comédie musicale de Plamondon, ni aimé les chansons, je n’ai pas vu le film Le bossu de Notre-Dame de Disney, je n’ai jamais lu non plus Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo, mais je connais quand même l’histoire de Quasimodo, m’étant toujours vu dans ce personnage, fak, malgré tout, il y a quand même un symbole autour de Notre-Dame.

Notre-Dame-de-Paris

Mais le plaisir n’a pas duré longtemps, parce que ça regorge de touristes, et ça, ça gâche souvent le fun, aussi. Puis j’ai trouvé les autres cathédrales visitées avant plus belles.

La jeune fille sourit. Fort. Clic. Elle ne sourit plus. Elle regarde la photo, sa moue sous-entend un bof. Elle s’ajuste. Elle sourit. Elle sourit plus, ou mieux. Elle est devant Notre-Dame-de-Paris, elle doit être heureuse sur son selfie. Pour montrer à quel point elle vit pleinement son voyage. Ou pour ses petits-enfants. À quel point elle a vécu pleinement sa jeunesse et qu’on se dise qu’elle mordait dans la vie à pleines dents!

Le monsieur à côté, lui, garde son air bête pendant son selfie. Comme si c’était un devoir et non une envie.

La jeune fille se déplace. L’autre selfie ne devait pas être encore assez bon, pas le bon angle, pas assez heureuse. Là, elle sourit encore plus, pour montrer à quel point elle est heureuse. On lui souhaite bien des «j’aime», voire des «coeurs».

Je suis content d’avoir vu Paris, vraiment. Il y a des trucs magnifiques et ça regorge d’histoire. En même temps, c’est un peu comme le Vieux-Québec maintenant, c’est pas très populaire, je trouve – du moins, le centre-ville. C’est très touristique, très affaires, très «lieux de pouvoir», mais pas vraiment pour le peuple, le «monde ordinaire».

Il faut des sous pour l’apprécier et y chiller. Je doute que m’y tiendrais si j’étais Parisien, comme je ne me tiens pas dans le Vieux-Québec. Ça ne m’a pas donné envie de rester à Paris. Je ne m’y sentais pas à ma place. Ceci dit, faut lui donner que contrairement au Vieux-Québec, ce centre de Paris semble plus actif.

Paris au bord de la Seine

J’ai visité quelques musées à Paris. D’Orsay, Branly et des Beaux-arts. J’aurais aimé aussi visiter la crypte sous Notre-Dame, mais c’était fermé dû à une grève nationale.

Le Musée d’Orsay est magnifique. Cette vieille gare du début du 20e siècle a vraiment bien été rénovée, revalorisée. On y retrouve aussi de belles œuvres, peintures et sculptures.

Musée d’Orsay
Musée d’Orsay

Il y a quand même des trucs étranges. Par exemple, pendant un moment, c’était la mode de revisiter la mythologie gréco-romaine. Alors tu vois dans la même peinture des anges, venant clairement de la mythologie catholique, avec des référents de l’Antiquité. C’est beau, mais dans ma tête, une voix se dit aussi WTF, pourquoi des chérubins accueilleraient Vénus à sa naissance?

Vénus avec des chérubins

D’ailleurs, on voit beaucoup de femmes nues. Parfois des hommes, mais beaucoup de femmes. Je dis femmes, mais ce sont surtout de jeunes filles. Non seulement elles sont l’air jeune, mais ça manque de poil. Sauf pour L’Origine du monde de Courbet (qui a d’ailleurs fait rire un groupe de jeunes hommes lors de mon passage), je n’ai pas vu beaucoup de poils, que ce soit aux pubis, aux aisselles, sur les jambes…

Autres temps autres mœurs dira-t-on, mais à un moment donné, ça devient malaisant quand même de voir autant de nues de filles qui ne sont sûrement pas majeures. Pourquoi le féminisme? Voici une des raisons.

L’aspect très «Européens blancs» des Beaux-arts m’a donné envie de voir autre chose aussi, ce qui m’a amené à Branly, qui propose justement de plonger dans l’art du reste du monde, l’Océanie, l’Asie, l’Afrique et les Amériques.

Bon, parfois il y a un ton un peu colonisateur, mais ça demeure une belle incursion dans de magnifiques œuvres aussi intéressantes que les Beaux-arts, mais avec une touche de prétention de moins.

Oeuvres au Musée Branly

Il y avait aussi une exposition de la photographe Bettina Rheims, une exposition célébrant la diversité de la femme, «héroïnes qui ne cherchent pas à séduire, mais à s’affirmer pour celles qu’elles sont, chacune selon sa vie, son âge, son histoire. Ce sont des êtres de chairs et de sang, avec leurs regards et leurs signes distinctifs, et non des effigies ou égéries parfaites. » De belles photographies, mais un peu court. Je suis resté sur mon appétit.

Oeuvre de Bettany Rheims

Intéressant, aussi, de voir les types de visiteur.euse.s de musée. Il y a les groupes scolaires, évidemment. Des groupes assez internationaux, à Paris, disons-le. Il y a la personne qui prend tout en note et qui photographie toutes les œuvres. La personne qui semble collectionner les œuvres et qui vient en voir une ou deux en particulier. Il y a l’artiste qui vient chercher de l’inspiration ou qui vient dessiner. Il y a l’étudiant.e en art qui explique à son ami.e l’histoire derrière l’oeuvre. Et il y a le faux amateur comme moi, qui aime ça, mais qui ne connaît pas vraiment ça non plus.

À un des musiciens que j’ai vu venir jouer dans le métro directement, je me suis demandé si c’était sympathique ou dérangeant. Clairement, ça dérange ceux ou celles qui sont sur leur téléphone ou écoutent quelque chose. Aussi, le métro étant assez tassé, il entre clairement dans la bulle de ceux assis juste à côté des portes, où il s’installe. D’un autre côté, ça met de la vie pour ceux et celles qui ne sont pas sur leur téléphone. Lui, il peut faire un peu de sous (même si je n’ai vu personne donner quelque chose). En tout cas, il jouait vraiment bien du mélodica.

J’aime l’esthétique du métro de Paris, en général. Les stations sont presque toujours en briques blanches, avec les noms de stations écrits en blanc sur fonds bleus. Cette blancheur donne beaucoup de lumière. C’est sobre et classique. Super efficace. Même les publicités très nombreuses s’intègrent bien. Parfois, le réseau essaie de donner une personnalité différente, ce qui ne marche pas toujours, comme à la station de l’Assemblée-nationale ou de Franklin Roosevelt. Je comprends qu’on essaie de faire quelques stations différentes du traditionnel tout blanc, mais c’est pas toujours réussi.

Métro de Paris

On dit souvent que les Parisien.ne.s sont chiant.e.s. Je ne les ai pas trouvé.e.s bêtes à ce point, mais je comprends quand même. Je dirais plus qu’il y a une absence de courtoisie. Je peux imaginer pourquoi. Il y a tellement de gens dans cette ville, mêlés à tellement de touristes en même temps. À un moment, à force de croiser des inconnu.e.s, tu t’en fous. Tu fais tes affaires pis tu t’en crisses des autres.

En terminant, je pense qu’au Québec on devrait s’inspirer des toilettes françaises. En général, les cabines sont plus intimes. Ce ne sont pas juste des petits panneaux cheaps, avec des immenses fentes. Ce sont souvent des cabines fermées complètement, plus confortables, plus intimes. Faire caca est plus agréable dans ces cabines que dans les nôtres.

Sauf dans la toilette de mon hôtel de Paris que j’ai évitée. Une toilette avec un couvercle qui ne tient qu’à une vis, si bien que tu ne dois pas toucher au banc. Une toilette si petite que chacune de mes épaules touchait les murs. Nos toilettes chimiques sont plus spacieuses, c’est dire. Ça, ça ne doit plus exister.

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Lire l’épisode un – Derrière le décor
Épisode deux – On se couche tôt à Tours!
Épisode trois – Les surprises de Tours!
Épisode quatre – Tours, la belle!
Épisode cinq – Un train peut en cacher un autre
Épisode six – Le calme dominical
Épisode sept – Un crochet par Bordeaux
Épisode huit – À la recherche du wifi
Épisode neuf – Le temps des musées
Épisode dix – Drôles de chips!