Aventures new yorkaises

J’ai visité cette semaine, en solo, New York. Comme j’aime observer le monde et que je me prends beaucoup de notes dans ma petite tête, j’ai décidé de les partager.

Voici donc les quatre textes écrits à partir de ma visite de la Grosse pomme, tels que publié sur Facebook.

1 – BREF, JE SUIS À NEW YORK

La Ligne M en panne, mais sur un autre ligne.

Être accueilli dans le métro à la fois par un chanteur et une foule en liesse autour de lui… Un classique du métro new-yorkais. Et une panne.

La journée allait être longue et parfois serrée. Parti à 6h30 de Québec pour attraper le train de 10h20 à Montréal, il ne fallait pas que la route bloque ou que la ligne orange tombe en panne.

Mais tout va bien, jusqu’à ce que je me rende compte que je suis arrivé relativement juste, juste assez pour être dans les 5 derniers à embarquer dans le train vers New York et me retrouver dans les rares sièges sans fenêtre. Après St-Lambert, je me dis que ça se peut pas que je vais faire 11h de train en voyant qu’un mur gris et un tapis bleu. Nenni!

Je remarque alors que ma voisine est séparée de ses enfants et que sa fille, elle, peut voir, même si elle n’est pas sur le bord d’une fenêtre. « Parlez-vous français? Speak english? Ok. Voulez-vous être avec votre fille? Oui oui je peux échanger ma place, ça va être mieux pour elle et je vais préférer aussi? Oui oui. Super! »

Plan réussi! Mais je me rends compte que je suis encore plus gagnant en prenant place dans la cafétéria, collé sur une fenêtre. J’y passerai la très grande partie de la journée, jusqu’à 21h, arrivée à Penn Station, New York.

Sur le chemin, je trippe, on ne cesse de voir plein d’immeubles abandonnés ou maganés et j’aime vraiment ça, les vieilles bâtisses toutes ridées, je trouve que ça déborde de poésie, de vécu, de beauté.

Sinon, de beaux paysages avec le lac Champlain et le fleuve Hudson. Le monde est gentil.

Pis le train, vraiment, quelle belle façon de voyager. On sent le terrain, le paysage, on voit des trucs que les autoroutes nous cachent, et même les petites routes. C’est doux.

Sauf la bouffe du train. Dégueulasse. Genre burger, panini ou hot dogs précuits et réchauffés dans un micro-ondes. J’ai boudé le souper.

Arrive dans Penn Station à 21h10, affamé, ça me prend un 10 minutes savoir où aller. Marche sur la 34e rue, ça flashe partout, prends le bon métro vers Brooklyn… Puis le train tombe en panne juste à 2 stations de mon arrêt… Et nous dépose sur une autre ligne. C’est ce que j’appelle un bon baptême au métro new-yorkais. Le parcours de 30 minutes a pris 1h15!

Arrive finalement dans mon auberge, 23h15, affamé et fatigué. Je savais que ça allait être minimaliste, alors je ne dirai rien sur les lieux sans plafonds. Mais le wifi est merdique et le métro est pas juste proche, je pourrais sauter de ma fenêtre pour le prendre. Va-t-il me réveiller sans cesse? Suspense!

Bref, je suis à New York pour la première fois.

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2 – LE RÊVE AMÉRICAIN

Jersey City, New York et Brooklyn vus du traversier de Staten Island

Même si je suis rendu molo sur la bière, je considère incomplet, voire un vide, ne pas essayer au moins un pub local, de quartier, quand je voyage. C’est en savourant avec plaisir une stout dont j’ai oublié le nom au West Brooklyn… dans Brooklyn que je vous écrit mes pensées de la journée.

Ben oui, je voyage seul et je me note plein de trucs. Tout ce travail intellectuel ne peut rester dans ma tête!

J’ai marché, surtout, ce qui laisse encore plus le temps penser. Mais j’ai aussi pris le bateau, le Staten Island Ferry. Un traversier gratuit (on aime ça, pis j’aime vraiment ça les traversiers, j’en prends pas mal toujours un quand il y en a un du genre).

Bref, la vue du ferry sur la ville est belle, splendide. Du même coup d’oeil, on voit le New Jersey, Manhattan, Brooklyn… Ça fait une méchante zone urbaine. Tout la population du Québec à même place. Voire plus même?

Sur le traversier, j’ai vu du monde utiliser de vieilles cartes. Amour envers eux. Ça me rappelle mes premiers roadtrips. Il y a quelque chose de beau dans les cartes. Comme les livres, les journaux ou les albums photos.

Tuons un mythe svp. Tout n’est pas mieux entretenu ou plus beau aux États-Unis d’Amérique. Suffit! Non les routes sont pas plus belles. Ni les édifices. Ni les infrastructures. J’en vois à la tonne chaque fois que j’y vais, des trous ou bris. En particulier dans le métro.

Vous qui ne voyez que du beau et parfait, sortez vous des attrapes-touristes coudonc?

Moi j’aime me mêler au monde, comprendre leur vie. Fak je vois le pas beau.

Parlant d’attrapes-touristes, je suis passé par Times Square. Je n’allais pas faire un détour pour Times Square mais je marchais pas loin… Aussi bien aller voir.

Mais on est censé faire quoi là? À part s’offrir à des publicistes? Ça émeut le monde voir plein de promos partout? Moi je me demande: combien ça te coûte Jay Z pour afficher sur un immeuble complet? Tu pouvais pas mieux l’investir? C’est fou comment c’est vide. Fasciné par votre plaisir, mesdames et messieurs.

D’ailleurs, les gens qui se mettent en troupeau ou font la file pour se prendre en photo avec le taureau ou le cube rouge… C’est vraiment si important de le dire au monde : « I was there… Like everyone!!! »

Suis-je le seul? Pendant que je marchais dans le quartier financier, pis Soho, pis la High line et autres, j’arrêtais pas de me demander: « Et ici, est-ce que Spiderman pourrait s’y rendre? Où pourrait il lancer une toile? » Il y a une partie de moi qui continue à se dire que sa méthode de déplacement ne peut être aussi fluide, facile et avoir si peu de contraintes.

J’ai essayé une classique pointe de pizza new yorkaise. Tabouret. 3 places. Le gars d’en face tombe sur une connaissance ou amie, Michelle de son nom (il l’a dit fort et enthousiaste), mais clairement, il aimerait faire de quoi avec, il la reluque, essaie vraiment d’être intéressant, mais ne parle que de sa job et elle, est polie… Mais voudrait bien commander sa pointe à la place. Oups! Elle a un téléphone! Oh zut. « Nice to see you! » dit-il. « Yeah. Later! » répond-elle. « Call me anytime eh! » ajoute-t-il, plein d’espoir. « Yeah yeah » répond-elle évasive.

Je croise un homme avec un chandail: « the future is female ». J’aime ça, c’est un beau finger, même si je ne suis pas d’accord. T’sais. L’avenir est féminin, masculin, queer, fluide, toute. Pas juste féminin.

J’ai fait aussi beaucoup de métro. Tellement rendu assimilé qu’on me demande des conseils et je peux aider. Tout ça en 24h.

Le couple qui ne dit rien dans le métro bondé mais dont le gars alterne entre le regard fâché et plein de regrets et le visage de la fille qui demeure frustré. Le corps fermé. Elle finit par dire « I can’t wait to say something about this conversation. I can’t wait ». J’ai cessé d’écouter, je suis pas voyeur. Mais le gars n’a rien répondu. Même tension retenue. Elle, son regard semble dire: « Sérieux?! »

Il y a plein d’affiches du Museum of sex dans le métro. C’est vraiment intrigant.

Des fois le bruit des freins du métro, ou le frottement des rails, ressemblent à des cris d’outre tombe, cauchemardesque, cadavériques. Ou sont justes vraiment agressants. Bravo au métro de Montréal pour les trains sur pneus.

« Leave me alone! » crie la petite fille à son frère… Dans le métro bondé où son frère ne peut pas bouger. Elle réplique en chantant des « na na neuh na neuh » alors que sa mère lui demande de se calmer. Cette scène familiale m’a touché.

J’ai marché sur la magnifique High line en fin de journée. Le coucher de soleil n’aidant pas Jersey, puisque la ville tombe dans l’ombre alors que New York s’illumine encore, mais voilà, l’autre bord du Hudson semble terne. Plate pour le New Jersey déjà snobé en général.

Je termine avec une pensée sur le rêve américain. Il y a des trucs qui m’ont rappelé ma conférence sur l’égalité de vendredi passé.

Comme voir une personne fouiller dans les poubelles pendant que d’autres sortent des grandes tours, sortent des grosses boutiques. Voir des gens faire la file d’un refuge ou n’ayant vraiment rien alors d’autres cherchent du wifi ou que d’autres attendent leur patron dans leur Cadillac tout brillante. L’extrême pauvreté qui croise l’extrême richesse… Qui rêve le plus dans tout ça? Probablement le gars de la pizza qui rêve à l’amour de Michelle.

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3 – LE BONHEUR DU LARGE

Coney Island et Brighton Beach

Quelqu’un me trouvait bien familier en tutoyant une série l’autre jour. Ben, le métro est rendu mon ami. Quand il arrive, je lui dit: « Hey! B! What’s up dude? ». Je suis de même, familier. (Mais je dis pas réellement « dude » – sauf là, je me parlais en anglais dans ma tête)

Un homme dans un train: « Hi everybody! Ladies ans gentlemen thank you to listening… » Le gars raconte que ça fait trois mois qu’il erre, « homeless ». Imaginez-vous où sa souffrance ou son « pu rien à perdre » est rendue pour hurler ça au monde? Alors qu’on a de la misère à avouer qu’on a raté une tâche au bureau ou on call malade au lieu de dire « j’ai trop bu hier », où on se met à son meilleur, même pour un niaiseux selfie qui sera oublié en 2h. Lui, il le sait que chaque fois qu’il fait son discours, des gens vont le trouver comme un raté, merdique, etc. Je pense pas que moi j’aurais ce guts. Respect, dude. … Et bonne chance…

Questionnement. Avec les métros qui surplombent les toits, pourquoi si peu de gens transforment leur toit en terrasse? J’ai pourtant vu un toit-stationnement.

Un homme se met à chanter dans le wagon. Il annonce qu’il sera le prochain American next talent ou un truc du genre. Il fait ça pour se faire connaitre, avoir des sous, pas trop compris. Mais il ressent un besoin de devenir quelqu’un, « réussir », t’sais. Ça m’a rappelé un épisode de Black Mirror où le monde ne travaille que pour pouvoir passer dans une télé-réalité et devenir une star. Ceci dit, du monde embarque, quand même cool. Il a fait pleurer une fille avec sa chanson. Moi elle me disait rien, mais elle, elle la connaisait par coeur.

Mes 4 années de plage de Sept-Iles me manquent depuis 3 ans… Depuis mon retour à Québec. Quel plaisir de m’effoirer sur celle de Brighton, la petite russie de Brooklyn. Il y a du russe partout. Même un vieux monsieur lisait un journal russe sur un banc.

Cette plage est accessible en métro. Elle fait partie de la ville. Pourquoi n’est-elle pas plus dans les films, romans, séries et autres qui se passent à New York? C’est comme si j’apprenais son existence!

Quoique c’est vrai que ça serait moins spectaculaire, Spiderman devrait y aller à pied… Pas de hauteur pour tisser une toile. Un superhéros, qui marche, sans courir, sans utiliser un gadget, sans sauver une vie, sans voler, ça fait juste un weird déguisé qui marche.

L’air salin (oh oui!), le vent du large (que je t’aime), la douceur du sable (tu es bon), le bruit des vagues (tu me berces). Bref, le bonheur.

Si j’avais un vent de même et ce grand air tous les soirs, je ferais clairement moins d’insomnie. Ce qui fait que je finis toujours par devenir un peu vedge à force d’apprécier tout ça. Et ce dilemme: j’aime ça, je veux pas partir, mais si je reste trop, je vais devenir un zombie. Argh.

J’ai pensé à Stéphane Robitaille et sa magnifique chanson « Vas-tu m’aimer » en voyant un couple âgé, l’un tenant par le bras sa mie qui avance péniblement avec une canne, et ce pour qu’elle puisse se tremper les pieds au moins un peu. Il était super patient et attentionné. C’est beau l’amour, hein?

À force de marcher sur cette plage, tu tombes sur Coney Island. Moi, chaque fois que je vois ce mot ou ce site, je pense à un épisode des Simpsons (évidemment). Celui où la famille tente de refaire vivre un parc d’attraction autrefois glorieux et maintenant délaissé, sur le bord de l’océan. C’est aussi une des rares fois où Lisa devient « cool » (c’est-à-dire pas rejet, parce qu’elle est cool en fait).

Sur le quai, le Pat Auletta Steeplechase Pier, des gens se font un mini Cuba, drapeau, musique, danse. J’aime ce côté: « je prends ce bout de trottoir, de parc ou de quai pis j’en fais mien, m’en fou, j’en fais mien, avec ma culture. » Fait quelques fois que je vois ça, dans le Bronx entre autres. C’est beau.

Histoire de pêche au bout du quai. Un des pêcheurs raconte à des touristes avoir déjà pêché un poisson de 7 livres. Le temps que j’ai été là, deux poissons très raisonnables et deux trop petits, retour à l’eau. Ils ont quand même impressionné une famille française qui n’avait jamais vu quelqu’un pêcher ou un poisson sortir de l’eau live devant eux.

En tout cas, les pêcheurs se plaisent clairement à être une sorte d’attraction touristique. Il y a une sorte de fierté et plaisir dans leur sourire qui le sous-entend.

Il y a un truc zen-charmant dans tout ça.

J’ai toujours dit que le jour que les médias ne voudraient pu de moi, je deviendrais chauffeur, parce que j’aime faire de la route. Je devrais peut-être corriger pour devenir marin. Un truc sur un brise-glace qui va dans le grand nord. L’air du large, ça m’appelle profondément. Toujours une envie de rejoindre les bateaux qui partent, même le cargo pas beau qui était au large. « Attends moi!!! »

Je suis quelqu’un de plate. Pas inintéressant ou désagréable, mais plate. J’ai plus envie de chiller sur la plage que faire le Thunderbolt. Une montagne russe aux sensations fortes. Et aux odeurs fortes aussi – le rail frôle deux gros conteneurs à vidanges.

Bref, je suis plate, mais je compense en étant doux et sensible, j’imagine, et en aimant essayer des affaires. J’aime partir à l’aventure. Mais il y a plusieurs manières de se lancer dans le vide. Comme partir quelques jours seuls dans une mégapole qu’on ne connait pas. Juste pour le fun, se dépayser un brin.

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4- DONC, REVENIR, DONC

Stillwell avenue

En revenant hier, dans la nuit, dans mon Limoilou, je l’ai trouvée bien tranquille. Mais belle, mais bien tranquille à côté du Brooklyn où j’avais passé la semaine. Puis c’est correct comme ça. Je l’ai dit, je suis plate et j’aime bien la tranquillité, même si j’ai bien aimé aussi New York et son mouvement perpétuel. Je comprends pourquoi tant de gens aiment la Grosse Pomme.

Il me restait quelques notes, dans ma tête et dans mon cell, surtout en photo. Suite et fin de mon périple newyorkais.

L’art de rue, ou le street art, il en manque à Québec. Il y en a à quelques endroits, pis on sent une volonté ou un réveil à ça, mais vivement plus d’arts dans nos rues, sur nos immeubles. Je me souviens m’être fait la réflexion à Boston et là, encore, à New York. Les passages insolites, a Québec, sont un bon exemple. Plus de sculptures. Plus de graffitis. Plus!

Je suis toujours fasciné par les immeubles des coins de rues en «V». Je comprends l’idée de maximiser l’espace, mais vraiment, quel genre de pièce peut-on faire dans un coin exigu comme ça? Parce que certains le sont vraiment, exigus. Assez large pour mettre une porte, mais pas une porte assez large pour ne pas faire sacrer lors d’un déménagement. Pas surprenant que certains semblent à l’abandon.

Je regardais le trafic de New York à partir de Broadway dans Brooklyn et je me suis demandé: pourquoi ils n’ajoutent pas une autre voie ou un autre lien, ça serait plus fluide, non?

En sortant de Coney Island, je suis tombé sur ce nom de rue qui m’a sûrement plus amusé qu’il en faut: Stillwell. Still well. C’est comme insister sur un truc qui n’a pas tant besoin d’appui. « Tout est encore vraiment okay » « Donc, vraiment donc » ou « Bien bien bien, et encore bien ». Si vous saviez comment je me fais du fun avec la toponymie.

J’a un peu parlé de la High Line il y a quelques jours. Je me souviens quand j’ai entendu parlé de ce projet de revitalisation, c’était justement pour remettre un peu de valeur à ce bout là. Ça a tellement marché que là, la gentrification et la spéculation s’invitent. À côté d’immeubles, disons, plus âgés et modestes, se construisent des grandes tours avec cette promesse d’être collée à a High Line. Ce projet est devenu un argument de vente. Still well, j’imagine.

J’ai été me promener autour du Yankee Stadium. J’aurais même aimé voir un match, mais les horaires fitaient pas. J’en ai pas l’air aujourd’hui, parce que je ne pourrais pas nommer un seul joueur de la MLB, mais gamin, j’aimais beaucoup le baseball. J’ai joué et j’ai arbitré. Pis comme j’étais un enfant dodu qui cognait des coups de circuit, on me comparait à Babe Ruth. Alors aussi con que c’est, surtout que c’est pu le même stade, j’avais une envie de voir ce lieu mythique de ma jeunesse. Il y a de l’histoire populaire dans ce coin-là.

Zaro’s, j’ai trouvé ton croissant saucisse-oeuf-fromage cher à 6,52$ (américain en plus!!!). Et ton goût est royal à côté des timatins déprimants de l’autre. Mais tu restes cher. Vraiment. J’aurais vigoureusement refusé si je n’avais pas été à la course pour attraper le train, mais ça, tu le sais et tu en profites, hein?.

Le fleuve Hudson est vraiment magnifique. Il a cette tranquillité des fleuves intérieurs, sans marée. Les Appalaches en fond. Bon, on devine des usines cachées derrières les rives et ces collines et là, la vue serait moins buccolique (la fumée de leurs cheminées les trahissent parfois), mais on a cette fameuse beauté du paysage nord-américain.

J’ai vu le visage d’un homme assis dans un siège sans fenêtre, à mi-chemin, donc après 5 heures environ. Son visage était cerné, vide, épuisé de subir un supplice ou de n’avoir aucun sens à sa vie. Je me suis demandé quelques fois: je lui dis-tu qu’il peut aller s’asseoir dans la cafétéria et profiter de la vue, retrouver un sens à sa vie? Je l’ai pas fait.

Il y a deux types de passagers dans un train. Ceux et celles qui ont du réseau, qui pitonnent et surfent, et ceux et celles qui utilisent le wifi du train, qui patientent. Ces catégories ont tendance à s’inverser en traversant la frontière.

Avant de partir, j’avais demandé au gars de la compagnie de chemin de fer comment ça fonctionnait, les douanes. En gros, c’était simple, m’avait-il dit, on remplissait un formulaire et hop, on passait tous et toutes la frontière. C’est vrai que c’est simple, mais c’est long. Ça, il ne me l’avait pas dit. Les douaniers interrogent tout le monde. Et fouillent ta bouffe. Ça prend une heure, quand tout va bien. Heureusement, j’avais des mots croisés à faire.

Se retenir pour ne pas rire trop fort lorsque le mode aléatoire de iTunes te sort du Pérusse. Se rendre compte que j’avais peu écouter l’album 9. J’ai même écouté l’album au complet. Mais je ne me suis pas toujours retenu et j’ai rit. Ça m’a rappelé que rire me fait toujours mal aux côtes. Encore, après 10 jours de l’accident de vélo. Ça, c’est pas still well.

Pendant le trajet en train, à un moment, pendant que j’écoutais un album, je me suis dit: je voudrais que ma vie soit comme une chanson de Avec pas d’casque. Belle, douce, réconfortante, sensible, mélodique, simple, intelligente, lumineuse, sans flafla, vraie.

Faire 11 heures de train, ça nous fait penser à des affaires de même.

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Pourquoi Mario Tessier? (ou pourquoi l’été n’est pas la plus belle saison)

Texte écrit pour et lu pendant la soirée du Collectif RAMEN du 19 mai dernier, pendant le micro ouvert.

Ça y est.
On a sorti les camisoles, les bermudas et les sandales.
Avec ou sans bas.
Je m’en fiche, je ne rirai pas de toi. Fais-le comme tu le sens.

L’été, je trouve ça à la fois beau et lourd.
C’est une saison de liberté et d’oppression
Une saison qui réveille mon passif-agressif

C’est la saison des gros hits radio
Ou des hits youtube maintenant
Qu’importe, je les connais jamais

Entre des reportages sur l’importance de s’hydrater
Pis des vedettes qui en ont pu d’anecdotes à raconter à Patrice L’Écuyer
Pour vrai, je suis sérieux.
L’autre jour, le squelette de la vedette, c’était que son camion rentrait pas dans son garage.
Calvasse.

Bref, entre tout ça, on rappelle à quel point c’est important d’être fou pis de fêter l’été
On fête la St-Jean-Baptiste, on fête le Festival d’Été, on fête le cochon de St-Chose, on fête le Canada
Bon, là j’exagère, mais chaque année, Radio-Canada essaie de nous le faire croire

L’été, c’est la saison où le monde est heureux pour rien
Il fait soleil! Party!

Moi, c’est la saison où je deviens sauvage
Parce que j’ai trop chaud
Ramenez-moi sur la Côte-Nord où il fait 22 degrés

C’est la période où je prendrais 3 douches par jour
Des douches froides

Je voudrais qu’il vente tout le temps
Sinon j’étouffe

Fak on se dénude
Il faut
sinon on a chaud comme le criss
Sauf que je l’aime pas mon corps
Pis le manteau d’hiver donne l’impression de le camoufler
C’est con de même

D’ailleurs, petit message aux hommes
Si les filles se dénudent un peu l’été
C’est pas pour ta testostérone
Ni pour se faire siffler
C’est parce qu’il fait chaud

Images estivales d’horreur :
Un autobus plein
Un passager qui ferme une fenêtre
Toucher la sueur d’un autre passager

Les terrasses, c’est le fun
J’avoue
Mais sont toujours pleines
Pis L’AgitéE est fermée

J’éternue tout le temps
J’ai les yeux qui me démangent
Gracieuseté des allergies
Faut souffrir pour que la nature soit belle, comme on dit

Les feux dehors, c’est le fun
Mais je connais jamais les astis de chansons de camp d’été
Je suis jamais allé dans un camp d’été
On peut-tu ne pas toujours chanter les mêmes chansons?
J’exige un moratoire sur Francis Cabrel, Joe Dassin et Beau Dommage

L’été, cette saison où il faut tout faire dehors
Jouer dehors
Manger dehors
Lire dehors
Travailler dehors
Faire la vaisselle dehors

Il y a aussi « rien faire » dehors
Certaines personnes appellent ça « bronzer »
Quelle étrange idée de se brûler la peau volontairement
En tout cas, moi je trouve ça ben beau des cannes blanches
Pis je préfère être à l’ombre

Là je me trouve un peu trop négatif
Je vais parler de la corde à linge
Ça c’est un des trucs que j’aime l’été
Ça sèche mieux, ça sent plus bon pis c’est écologique

Le barbecue aussi
Tout est tellement meilleur sur le barbecue
Pis en plus c’est tellement mâle, hein Ricardo?

Le vélo devient plus trippant
Pas juste utilitaire
Mais c’est plus le fun quand les pistes cyclables sont vides
Tassez-vous de d’là, comment disait le gars de Normandin
Je préfère pédaler la nuit

Parce que y’a ça aussi l’été
Du monde partout
J’aime le monde,
mais pas les foules
Je préfère ma plage déserte

Je chiale que les médias deviennent léger l’été
Pourtant, qu’est-ce que je fais, là, si c’est pas du léger?
J’ai mis de côté un texte sur un traumatisme de mon enfance pour un texte pseudo drôle

Parce que la chaleur était lourde
Parce que les ciels gris ont ben plus apporté à la dramaturgie que les ciels bleus
C’est plate, mais c’est ça

Je chiale sur l’été
Sur la chaleur
Sur l’heureux d’être content
Mais je déteste pas l’été
C’est juste que tout n’est pas soudainement merveilleux
Juste parce qu’il faut chaud
La pauvreté continue
La culture du viol s’excite même encore plus

Si le monde profitait du beau temps pour faire la révolution
Mais non
On va au beach club
Pis faut s’hydrater tout en surveillant son tan

Malgré tout, même si j’ai l’air grognon
tu peux m’inviter sur ton émission, Patrice L’Écuyer
Je suis peut-être pas une vedette, mais je suis pas mal plus intéressant que Mario Tessier

Le sens de la fête

Texte écrit pour la soirée La fête (party hard) du Collectif RAMEN à la Librairie St-Jean-Baptiste le 28 avril dernier. En vérité, le texte a un peu été modifié après sa lecture.

LE SENS DE LA FÊTE

Connaissez-vous David Hener?
Moi je ne le connaissais pas
Sur Snapchat, c’est une vedette
C’est ce qu’on a dit dans le journal

Parce que lui, il sait faire la fête
Hashtag party hard

Une sorte de guerrier des partys
Un Achille version 2.0
Avec lui, boire devient épique

Si Sparte se battait aujourd’hui
C’est probablement dans un party
Que ses 300 voudraient mourir
Pas dans un champs de bataille

Le Viking moderne
Il ne meurt pas de coups d’épée
Mais plutôt à coups de shooters
Un Valhalla de cirrhoses du foie

Qu’il soit de cuisine ou sur la beach
Le party fascine
Comme si c’était là que résidait les derniers bouts de liberté

La légende se forge au nombre de pintes bues
de drogues essayées
de conquêtes consommées
et de nuits devenues blanches

Les héros modernes n’ont conquis aucun territoire
Ils sont mort à 27 ans
Dans leur bain et ben buzzé

Je viens d’une famille où l’alcool et la drogue étaient très présents
Être saoul mort, c’est pas nécessairement cool
J’ai vite compris que c’était pas comme dans Lendemain de veille

Avez-vous déjà parlé avec une personne saoule
alors que vous, vous êtes à jeun?
Avez-vous déjà dû renvoyer un collègue à la maison
parce qu’il était trop chaud?
Avez-vous déjà vu une personne
faire un overdose?
Ça peut être traumatisant.

La fête est un art que la majorité ne maîtrise pas.

Je me suis demandé, un jour, jusqu’à quel âge moi-même je ferais la fête.

Être tout le temps sur le party à 20 ans, c’est drôle
Être tout le temps sur le party à 40 ans, c’est triste

Foncer sur un champs de bataille
Fermer des bars soir après soir
Avoir une vie tellement intense
Ou fuir son existence?

J’ai peur de mourir, moi, maintenant
J’ai peur de mourir, seul, dans mon lit
Sans ses bras, sans son regard, sans son amour.

Parce que comme l’a chanté un groupe populaire
All you need is love
Love is all you need

Mais la fête n’est pas toujours dans le party

Sortir de sa zone de confort est une fête
Des enfants jouant et riant dans un parc est une fête
L’art est une fête

Embrasser la fille qu’on aime est une fête
Faire jouir la fille qu’on aime est une fête
Se faire chuchotter à l’oreille « je t’aime » est une fête.

Participer à un micro ouvert du Collectif RAMEN, aussi, est une fête.

Bonne fête Collectif RAMEN
Avec toi,
la poésie devient épique.
Avec ou sans Snapchat

Les fuites

Texte écrit et lu pendant le micro ouvert du Collectif RAMEN du 17 mars 2017, dont le thème était Migrations.

LES FUITES

La vérité
c’est que ça m’fait mal.

Tu voudrais que je puisse compter sur toi
Tu voudrais que je t’invite, que je t’accompagne
Tu voudrais que je te fasse des visites surprises
Tu voudrais faire partie de ma vie

Mais j’ai peur.
Peur de te voir encore en lendemain de brosse
De te voir l’échapper
encore

Peur de sentir ton haleine imbibée d’alcool

Cette odeur
avec le temps
m’est devenue insupportable
Elle m’écoeure
elle m’irrite,
elle hérisse mon poil et me lève le cœur

Inconsciemment, je surveille toujours le verre de trop
Peur de me dire « bon, ça y’est, elle est partie »,
l’agréable cesse et je soupire silencieusement

Puis
ce regard perdu
Cette rare chose
qui voile ton habituelle vivacité d’esprit
Pis la totale
imprécision de tes gestes
Cette rare chose qui écorche ta si grande beauté naturelle

Et je redoute
Vas-tu tomber?
Vas-tu être malade?
Vas-tu t’uriner dessus sans t’en rendre compte?

Je pourrais laisser tomber, te laisser aller
Pis refuser de soigner tes excès,
de te ramasser par terre,
de t’aider à survivre le lendemain
Mais non

La seule manière pour ne pas intervenir
C’est de me tenir loin de tous ces moments
Ne plus en être complice
Ne plus en être spectateur
Ne plus être dans ton quotidien
Même si ça crée un vide

Quand ça fait trop mal,
j’abandonne
Je fuis la douleur de mon impuissance
comme toi
tu fuis
dans l’alcool

Je parle de ma douleur de te voir te noyer dans l’alcool
mais je pourrais aussi parler de lui

Parce que j’ai longtemps cru que sa préférence pour les partys
était une absence d’affection envers nous
mais j’ai compris que lui aussi
fuyait
ses déceptions et ses désillusions

Je pourrais aussi parler d’elle qui se cache dans son abnégation
De lui qui se complait dans les aventures sexuelles vide de sens
D’elle qui est tellement overbooké que même ses menstruations
prennent rendez-vous dans son Google Agenda

La vérité
c’est que je ne suis pas mieux
pis que ça m’fait mal
aussi

Moi aussi je me suis fait croire que me saouler aussi souvent était pour le plaisir
et non pour fuir

Moi aussi je me suis gelé la face pendant des années
Parce que j’avais l’impression de chasser les nuages

J’ai même essayé de fuir dans l’Ouest Canadien
J’avais vendu tous mes meubles
Sac à dos
pis go vers les arbres géants de l’île de Vancouver

Après, ça été le Nord
Au milieu de la taïga
Terre des machines géantes
Et des minuscules épinettes noires
Des épinettes frêles comme mon âme
une fragilité qui se pensait forte
parce qu’elle se tenait debout face aux vents polaires

J’ai tellement fuit moi aussi
Dans le travail, dans la malbouffe, dans l’isolement, dans le carpe diem
J’ai fui jusqu’à ce que ça devienne un mode de vie

Avec pas d’casque nous chante que l’important c’est de fuir dans le bon sens
Mais même dans le bon sens
c’est rare que la fuite ne finit pas
par nous épuiser
par nous consumer
par nous déraciner

Encore maintenant je fuis

Je le sais pis ça me fait mal
Je m’accroche à cette idée qu’au moins, là, j’en suis conscient
Pis que j’ai déjà réussi à m’arrêter
pis d’y faire face

Je m’accroche à cette poignée de porte
Trouvant toujours une raison pour ne pas l’ouvrir

Je lâche cette stupide phrase
T’sais, celle qui relance la conversion épuisée depuis déjà longtemps

La vérité
C’est que ça m’a fait mal

Ça m’fait mal de me voir
retomber dans les mêmes pièges qu’avant

Ça m’fait mal de me voir
me nouer le cœur avec les mêmes faiblesses qu’avant

Ça m’fait mal de croire
que mes fuites
peuvent aussi te faire peur

Les feux de forêt aussi font peur
Mais ça permet souvent à la forêt de se régénérer

La vérité
C’est que j’ai un peu peur de te le demander

As-tu du feu?

De la méchanceté gratuite

Texte écrit pour Une soirée pour dire, au Tam Tam Café, lundi 20 février 2017. « Paroles pour dénoncer la haine et le venin, paroles de paix, paroles pour expliquer, instruire et réunir.»

unesoireepourdire

Parfois, on parle de méchanceté gratuite.

Cette insulte était gratuite.
Ce coup de poing était gratuit.
Ta façon de ramasser cette personne était vraiment gratuite.
Ton commentaire sur Facebook est de la méchanceté gratuite.

J’ai toujours un malaise devant cette expression.
Elle suppose deux choses que je n’accepte pas.
Ça sous-entend qu’il y a une méchanceté justifiable
et que la méchanceté peut ne pas avoir de coût émotif, social ou physique.

De la violence gratuite.

Si on veut simplement dire que cette violence est inutile et injustifiée,
alors toute forme de violences est gratuite
et si elle est toujours gratuite, c’est donc un euphémisme.

Je ne suis pas irrité contre les euphémismes en général,
je n’ai pas le français élitiste
ça ne me dérange pas que tu descendes en bas,
mais ça porte pas à confusion
et ça ne sous-entend rien d’autre, non plus,
descendre en bas.

De la haine gratuite.

J’essaie vraiment de trouver ce qui pourrait justifier de la violence.
Surtout celle qui est réfléchie et dirigée vers les autres.

Moi aussi, parfois, je donne un coup sur une table ou sur un mur
avec un bon sacre bien senti
câlisse
parce que je viens de me faire mal
ou parce que mon imprimante refuse d’imprimer
ce que je devais déjà imprimer cinq minutes plus tôt.

Pas plus tard qu’hier,
j’ai sacré à l’arrêt d’autobus devant le retard de la dite autobus.
Non, mais, sérieux,
il faudrait revoir la définition de « en temps réel » sur l’application Nomade du RTC.
On peut-tu s’y fier, oui ou non?

Bref, même si j’ai l’air de faire la morale,
même si je trouve la violence inutile,
même si je fais des all-in avec un brelan de diplomatie,
ça m’arrive aussi de m’exprimer avec violence.
et ça s’accompagne d’une grosse honte.

Shame on me!
Shame on me!

Gamin, mon père s’époumonait pour tout et pour rien.
Un marteau égaré,
une vis qui ne visse pas,
une couture mal enlignée,
un client en retard,
l’absence de lait dans le frigo,
un tissu qui ne traine pas à l’endroit qu’il faudrait,
bref, n’importe quoi.

Et s’il y avait un infime pourcentage de possibilité que la source de sa colère
puisse être de la faute à ma soeur ou la mienne,
il redirigeait sa colère vers nous.
J’avais beau ne pas avoir vu ou touché son tournevis depuis des mois,
dans l’absolu, ça se pouvait que j’y aie touché
et j’étais mieux de le dire il était où, son tournevis.

J’en suis venu, avec le temps,
à développer un sentiment de culpabilité dès qu’une personne autour de moi sacre et se fâche.
Chaque fois, je me demande si ce n’est pas de ma faute,
si je peux faire de quoi pour régler le conflit que j’ai peut-être créé.

La réalité, c’est que la plupart du temps, j’ai autant à faire dans la situation
que le burkini a rapport dans les arguments de la CAQ.
What the fuck, Legault?

Pas grave, comme mon chien de l’époque quand j’élevais la voix,
je rentre la queue entre mes jambes,
je fais un regard piteux
et je rabaisse mes oreilles le temps que la tempête passe,
tout en me disant que c’est sûrement de ma faute si le monsieur que je ne connais pas sacre dans le restaurant.

Cette violence est injustifiée, dans le vide, mais elle n’est pas sans impact pour autant.
Ce n’est pas gratuit.

La haine, comme la violence, ne peut être gratuite.
Elle a toujours un coût et n’est jamais justifiable.
À une différence près, et assez importante,
la haine n’est jamais dirigée dans la vide.
Elle fait toujours mal.

Trop souvent, on associe l’absence de haine à l’amour.
Ces mots ont beau être ensemble dans le dictionnaire des antonymes,
l’absence de l’un ne signifie pas automatiquement la présence de l’autre.

Ne pas aimer ne signifie pas haïr
et pardonner ne signifie pas accepter.

Oui! Je l’avoue! Je pardonne tout.

Je te pardonne d’avoir m’avoir brisée le cœur,
même si ça m’a fait mal.

Je te pardonne de prendre l’espace de stationnement pour handicapé sans en être un,
même si je te juge en fronçant les sourcils ben fort.

Je te pardonne de passer sur la rouge,
même si tu passes proche de m’écraser.

Je te pardonne d’avoir voté pour Donald Trump,
même si ça fait désespéré.

Je te pardonne d’avoir agressé cette femme que j’aime
même si ça l’a scrappée à jamais.

Je te pardonne de m’avoir traité de gros,
même si c’était pas réellement insultant – c’est vrai!

Je te pardonne d’avoir un chat,
même si je ne peux pas dormir chez toi – maudites allergies.

Je te pardonne d’être homophobe,
même si tu te coupes de personnes géniales.

Je te pardonne de m’avoir fait pisser dans mes culottes en 2e année,
même si c’est le seul souvenir que je retiens de toi, prof Lili.

Je te pardonne de ne pas déneiger comme il faut les trottoirs de Québec,
même si ça me fait chier tous les jours et que je vais le répéter encore et encore.

Je te pardonne d’avoir été absent pendant mon enfance,
même si j’ai dû m’élever un peu seul.

Je te pardonne de ne pas faire la réforme électorale,
même si c’est pas vrai que c’est pour le mieux des Canadiennes et des Canadiens.

Je te pardonne de frapper les plus démunis,
même si tu te caches derrière des rigueurs budgétaires.

Je te pardonne de m’avoir trahi,
même si je te flush de ma vie.

Je te pardonne de détruire le monde avec ta haine,
même si je participe à Une soirée pour dire.

J’ai l’air d’être ben altruiste et d’être ben peace and love
probablement que même Françoise David ne pardonne pas autant,
mais c’est en fait très, très, très égoïste!

Si je ne pardonnais pas, je rentrerais dans ton jeu de marde,
ce jeu qui consiste à faire comme si on n’était pas redevable et responsable
du monde autour de nous.

Si je ne pardonnais pas, je tomberais dans cette haine complètement inutile,
un investissement aussi fiable que le Centre Vidéotron.
Non, les Nordiques ne reviendront pas.

Je ne pardonne pas pour oublier ou pour t’aimer,
je pardonne pour survivre,
je pardonne pour me libérer
je pardonne pour m’aimer.

La haine n’est jamais gratuite et laisse toujours des cicatrices
aux victimes comme aux bourreaux.

Non, mais, sérieusement
comme si je ne l’étais pas déjà,
c’est correct de pas tout aimer.
Mais comme le dirais Pierre-Yves McSween,
en as-tu vraiment besoin, de la haine?
Je dirais même plus : en as-tu les moyens?

Moi j’ai pas envie que du monde me haïsse et souhaite ma mort.
Fak je montre l’exemple, pis je souhaite la mort de personne.
Même toi qui me hais.

Je te pardonne chose.
Pis ça, c’est gratuit pour vrai.

Comme une bière flatte

Je comprends que tu n’aies pas envie de moi.

Moi, je peux fantasmer sur tes seins, sur ton ventre, sur tes cuisses, sur tes fesses, sur ta bouche, sur ton cou. Et je pourrais continuer sur le charme de tes yeux, de tes mains, ton odeur, tes cheveux, la douceur de ta peau, et plus encore.

Toi, comment pourrais-tu fantasmer sur mon ventre, sur mes cuisses, sur mes fesses? Mon corps n’est pas seulement laid parce que je suis obèse morbide, il est laid, simplement.

Je trouve qu’il y a plusieurs personnes avec un surplus de poids qui sont magnifiques. Leur poids n’a pas déformé leur ventre, il est juste rond et ça le rend mignon. Les fesses ont encore l’air d’être des fesses. Les cuisses sont généreuses, mais pas difformes.

Mon corps n’est pas juste gros, il est en piteux état. On ne peut pas fantasmer sur mon corps.

J’imagine que mon regard peut être attendrissant. J’imagine que mes mains peuvent être chaleureuses et enveloppantes. J’imagine que je peux être confortable. Mais qui fantasme sur ça?

C’est normal que tu ne te lances pas dans mes bras.. C’est normal que tu hésites et que tu te questionnes. Que puis-je offrir à part du réconfort? Peut-on vraiment se contenter de réconfort?

Mon corps repousse plutôt que créer le désir. Mon corps interrompt tout élan que pourrait susciter ma personnalité. Il donne des envies de détours. Il est la trappe de sable dans lequel l’amour atterrit après être parti du tee. Il est le coup de vent qui scrape ton imperméable. Il est les nids poule qui te font oublier le paysage. Il est l’absence de bulles dans ta bière.

Mon corps me rend fade.

Et même si tu essayais, probablement que comme les autres tu te lasserais. Ton désir finirait par baisser les bras, épuisé de s’accrocher à si peu. Comme un mirage dans un désert, le fantasme n’a jamais existé.

Il y a bien des limites à la grandeur d’âme. L’amour ne rend pas si aveugle. L’extérieur compte quand même, même si tu pensais sincèrement le contraire.

Je te comprends de ne pas fantasmer sur moi. Et moi, je ne suis pas magicien. Je ne peux pas le camoufler. Je n’ai pas envie de le cacher. Je suis pris avec.

Pendant que je rêve à toi, tu rêves sans aucun doute à quelqu’un d’autre.

Je te comprends.

Le poids de l’habitude

Des fois, il y a des phrases qui semblent anodines qui vont pourtant s’incruster dans notre tête. Cette phrase va passer son temps à nous dire «coucou», dans tous les recoins.

– Une amie m’a demandé si on était ensemble!

Phrase anodine, anecdotique, un questionnement fréquent dans les amitiés entre sexes opposés.

Étrangement, ce genre de questions me blessent. Elle me remet dans la face une souffrance latente, une réalité qui, lorsque je décide de la regarder en face, me fait mal.

Ce genre de questions m’apparait complètement absurde. La réponse est, selon moi, évidente. Non.

Depuis mon adolescence, le monde ne fait que me dire que c’est normal que je sois seul. On me renvoie l’image que je n’ai rien pour être en couple. Pas assez ça, trop ceci.

Plusieurs célibataires se plaignent souvent de se faire demander régulièrement pourquoi ils ou elles ne sont pas en couple. Moi, on me le demande jamais. Comme si la réponse sautait aux yeux.

On ne m’a jamais dit « Weyon, comment ça un gars comme toi est célibataire?! ». Ça n’étonne jamais personne.

Alors quand une personne me lance ça, mon réflexe est de me dire que la personne est polie ou me niaise ouvertement. Quand 100 personnes te disent que ton célibat est normal, tu te méfies de la 101e qui dit le contraire.

Visiblement, j’ai malheureusement fini par accepter cette image qu’on me renvoie. Après tout, ma tête a beau se dire que je peux avoir de la valeur, que je pourrais être un amoureux valable, la réalité écrase cette possibilité.

Je crois pourtant avoir beaucoup à donner à la femme que j’aime. Je suis souvent à l’opposé de ces histoires d’horreurs qu’on me raconte sur d’anciens amants ou d’anciens amoureux.

Je demeure malgré tout sans intérêt. J’ai beau être un bon gars, ça cloche quand même. Mon corps? Ma timidité? Ma solitude?

Tout le monde a des problèmes à régler avec soi-même, j’ai de la misère à me dire que ce ne sont donc que mes bibittes intérieures, que mes blessures pas tout à fait cicatrisées encore. Alors quoi?

Mon corps et ma personnalité, je crois, ne dégagent rien de sexuel ou de sensuel. C’est peut-être aussi bête que ça. Comme un trésor caché qui ne donne toutefois pas envie de le découvrir.

Je suis un amoureux plutôt qu’un amant. J’ai davantage la posture du mari, même si je ne crois pas au mariage, que celle du copain. J’aime entièrement. Les flirts ne m’intéressent pas.

Je ne fantasme pas sur le sexe, je fantasme sur l’amour. À mes yeux, l’amour mène au sexe et non le contraire. Il devient difficile dans ce cas de devenir un être sexuel aux yeux des autres.

Cet amour peut faire peur, intimider. D’autant plus que j’ai tendance à aimer des femmes qui ont, comme moi, des blessures émotionnelles, dont l’amour propre titube, ou demeure fragile.

Toutes les filles que j’ai aimées ou les rares qui ont semblé être attirées par moi ont fini par se sauver. Comme si je décevais ou que je faisais finalement peur.

J’aurais pu – et j’aurais aimé -, écrire cette chanson de Stéphane Robitaille. «Vas-tu toujours te coller contre moi / Si mon corps se fait envahir par le froid / Et si je tremble de peur ou de rien / Vas-tu me tenir la main»

Je pense être une personne aimable, mais la société et les autres me renvoient constamment l’image inverse. Ce que j’entends dans les propos des autres, ce que je vois dans le regard des autres, est que mon célibat est normal, s’explique de lui-même.

Je me fends la tête à tenter de comprendre pourquoi. Qu’est-ce qui cloche avec moi?

En même temps, si l’on veut avoir le Grand Schtoumph, Socrate ou Yoda comme père ou comme grand frère, peu de filles vont fantasmer sur eux. Mes modèles sont des célibataires endurcis. À quoi je peux bien m’attendre?

Pourquoi certains trous du cul enchainent les conquêtes et les histoires d’amour alors que moi je poirote sur le trottoir? Il n’y a pas de réponses précises, pas d’explications claires. La réponse ne peut que ressembler à une phrase vide de Justin Trudeau. Ça a l’air d’avoir du contenu, du sens, c’est rempli de bonnes volontés, mais il ne faut pas trop creuser. Une réponse éthérée.

Je dois affronter tous les jours les regards des autres. Les propos désobligeants sur les gens comme moi, même si on ne parle pas de moi.

Je me tiens du mieux que je peux debout devant ce vent fort, mais on finit par s’épuiser, par tomber. Se relever prend de plus en plus d’énergie. Ma carapace est à la fois une construction de moi-même, mais aussi une réaction et une protection à ce qu’on me lance. Le tricot est solide. Cette carapace me nuit autant qu’elle m’aide, me protège.

Il y a des jours où elle est juste lourde.