Pourquoi Mario Tessier? (ou pourquoi l’été n’est pas la plus belle saison)

Texte écrit pour et lu pendant la soirée du Collectif RAMEN du 19 mai dernier, pendant le micro ouvert.

Ça y est.
On a sorti les camisoles, les bermudas et les sandales.
Avec ou sans bas.
Je m’en fiche, je ne rirai pas de toi. Fais-le comme tu le sens.

L’été, je trouve ça à la fois beau et lourd.
C’est une saison de liberté et d’oppression
Une saison qui réveille mon passif-agressif

C’est la saison des gros hits radio
Ou des hits youtube maintenant
Qu’importe, je les connais jamais

Entre des reportages sur l’importance de s’hydrater
Pis des vedettes qui en ont pu d’anecdotes à raconter à Patrice L’Écuyer
Pour vrai, je suis sérieux.
L’autre jour, le squelette de la vedette, c’était que son camion rentrait pas dans son garage.
Calvasse.

Bref, entre tout ça, on rappelle à quel point c’est important d’être fou pis de fêter l’été
On fête la St-Jean-Baptiste, on fête le Festival d’Été, on fête le cochon de St-Chose, on fête le Canada
Bon, là j’exagère, mais chaque année, Radio-Canada essaie de nous le faire croire

L’été, c’est la saison où le monde est heureux pour rien
Il fait soleil! Party!

Moi, c’est la saison où je deviens sauvage
Parce que j’ai trop chaud
Ramenez-moi sur la Côte-Nord où il fait 22 degrés

C’est la période où je prendrais 3 douches par jour
Des douches froides

Je voudrais qu’il vente tout le temps
Sinon j’étouffe

Fak on se dénude
Il faut
sinon on a chaud comme le criss
Sauf que je l’aime pas mon corps
Pis le manteau d’hiver donne l’impression de le camoufler
C’est con de même

D’ailleurs, petit message aux hommes
Si les filles se dénudent un peu l’été
C’est pas pour ta testostérone
Ni pour se faire siffler
C’est parce qu’il fait chaud

Images estivales d’horreur :
Un autobus plein
Un passager qui ferme une fenêtre
Toucher la sueur d’un autre passager

Les terrasses, c’est le fun
J’avoue
Mais sont toujours pleines
Pis L’AgitéE est fermée

J’éternue tout le temps
J’ai les yeux qui me démangent
Gracieuseté des allergies
Faut souffrir pour que la nature soit belle, comme on dit

Les feux dehors, c’est le fun
Mais je connais jamais les astis de chansons de camp d’été
Je suis jamais allé dans un camp d’été
On peut-tu ne pas toujours chanter les mêmes chansons?
J’exige un moratoire sur Francis Cabrel, Joe Dassin et Beau Dommage

L’été, cette saison où il faut tout faire dehors
Jouer dehors
Manger dehors
Lire dehors
Travailler dehors
Faire la vaisselle dehors

Il y a aussi « rien faire » dehors
Certaines personnes appellent ça « bronzer »
Quelle étrange idée de se brûler la peau volontairement
En tout cas, moi je trouve ça ben beau des cannes blanches
Pis je préfère être à l’ombre

Là je me trouve un peu trop négatif
Je vais parler de la corde à linge
Ça c’est un des trucs que j’aime l’été
Ça sèche mieux, ça sent plus bon pis c’est écologique

Le barbecue aussi
Tout est tellement meilleur sur le barbecue
Pis en plus c’est tellement mâle, hein Ricardo?

Le vélo devient plus trippant
Pas juste utilitaire
Mais c’est plus le fun quand les pistes cyclables sont vides
Tassez-vous de d’là, comment disait le gars de Normandin
Je préfère pédaler la nuit

Parce que y’a ça aussi l’été
Du monde partout
J’aime le monde,
mais pas les foules
Je préfère ma plage déserte

Je chiale que les médias deviennent léger l’été
Pourtant, qu’est-ce que je fais, là, si c’est pas du léger?
J’ai mis de côté un texte sur un traumatisme de mon enfance pour un texte pseudo drôle

Parce que la chaleur était lourde
Parce que les ciels gris ont ben plus apporté à la dramaturgie que les ciels bleus
C’est plate, mais c’est ça

Je chiale sur l’été
Sur la chaleur
Sur l’heureux d’être content
Mais je déteste pas l’été
C’est juste que tout n’est pas soudainement merveilleux
Juste parce qu’il faut chaud
La pauvreté continue
La culture du viol s’excite même encore plus

Si le monde profitait du beau temps pour faire la révolution
Mais non
On va au beach club
Pis faut s’hydrater tout en surveillant son tan

Malgré tout, même si j’ai l’air grognon
tu peux m’inviter sur ton émission, Patrice L’Écuyer
Je suis peut-être pas une vedette, mais je suis pas mal plus intéressant que Mario Tessier

Le sens de la fête

Texte écrit pour la soirée La fête (party hard) du Collectif RAMEN à la Librairie St-Jean-Baptiste le 28 avril dernier. En vérité, le texte a un peu été modifié après sa lecture.

LE SENS DE LA FÊTE

Connaissez-vous David Hener?
Moi je ne le connaissais pas
Sur Snapchat, c’est une vedette
C’est ce qu’on a dit dans le journal

Parce que lui, il sait faire la fête
Hashtag party hard

Une sorte de guerrier des partys
Un Achille version 2.0
Avec lui, boire devient épique

Si Sparte se battait aujourd’hui
C’est probablement dans un party
Que ses 300 voudraient mourir
Pas dans un champs de bataille

Le Viking moderne
Il ne meurt pas de coups d’épée
Mais plutôt à coups de shooters
Un Valhalla de cirrhoses du foie

Qu’il soit de cuisine ou sur la beach
Le party fascine
Comme si c’était là que résidait les derniers bouts de liberté

La légende se forge au nombre de pintes bues
de drogues essayées
de conquêtes consommées
et de nuits devenues blanches

Les héros modernes n’ont conquis aucun territoire
Ils sont mort à 27 ans
Dans leur bain et ben buzzé

Je viens d’une famille où l’alcool et la drogue étaient très présents
Être saoul mort, c’est pas nécessairement cool
J’ai vite compris que c’était pas comme dans Lendemain de veille

Avez-vous déjà parlé avec une personne saoule
alors que vous, vous êtes à jeun?
Avez-vous déjà dû renvoyer un collègue à la maison
parce qu’il était trop chaud?
Avez-vous déjà vu une personne
faire un overdose?
Ça peut être traumatisant.

La fête est un art que la majorité ne maîtrise pas.

Je me suis demandé, un jour, jusqu’à quel âge moi-même je ferais la fête.

Être tout le temps sur le party à 20 ans, c’est drôle
Être tout le temps sur le party à 40 ans, c’est triste

Foncer sur un champs de bataille
Fermer des bars soir après soir
Avoir une vie tellement intense
Ou fuir son existence?

J’ai peur de mourir, moi, maintenant
J’ai peur de mourir, seul, dans mon lit
Sans ses bras, sans son regard, sans son amour.

Parce que comme l’a chanté un groupe populaire
All you need is love
Love is all you need

Mais la fête n’est pas toujours dans le party

Sortir de sa zone de confort est une fête
Des enfants jouant et riant dans un parc est une fête
L’art est une fête

Embrasser la fille qu’on aime est une fête
Faire jouir la fille qu’on aime est une fête
Se faire chuchotter à l’oreille « je t’aime » est une fête.

Participer à un micro ouvert du Collectif RAMEN, aussi, est une fête.

Bonne fête Collectif RAMEN
Avec toi,
la poésie devient épique.
Avec ou sans Snapchat

Les fuites

Texte écrit et lu pendant le micro ouvert du Collectif RAMEN du 17 mars 2017, dont le thème était Migrations.

LES FUITES

La vérité
c’est que ça m’fait mal.

Tu voudrais que je puisse compter sur toi
Tu voudrais que je t’invite, que je t’accompagne
Tu voudrais que je te fasse des visites surprises
Tu voudrais faire partie de ma vie

Mais j’ai peur.
Peur de te voir encore en lendemain de brosse
De te voir l’échapper
encore

Peur de sentir ton haleine imbibée d’alcool

Cette odeur
avec le temps
m’est devenue insupportable
Elle m’écoeure
elle m’irrite,
elle hérisse mon poil et me lève le cœur

Inconsciemment, je surveille toujours le verre de trop
Peur de me dire « bon, ça y’est, elle est partie »,
l’agréable cesse et je soupire silencieusement

Puis
ce regard perdu
Cette rare chose
qui voile ton habituelle vivacité d’esprit
Pis la totale
imprécision de tes gestes
Cette rare chose qui écorche ta si grande beauté naturelle

Et je redoute
Vas-tu tomber?
Vas-tu être malade?
Vas-tu t’uriner dessus sans t’en rendre compte?

Je pourrais laisser tomber, te laisser aller
Pis refuser de soigner tes excès,
de te ramasser par terre,
de t’aider à survivre le lendemain
Mais non

La seule manière pour ne pas intervenir
C’est de me tenir loin de tous ces moments
Ne plus en être complice
Ne plus en être spectateur
Ne plus être dans ton quotidien
Même si ça crée un vide

Quand ça fait trop mal,
j’abandonne
Je fuis la douleur de mon impuissance
comme toi
tu fuis
dans l’alcool

Je parle de ma douleur de te voir te noyer dans l’alcool
mais je pourrais aussi parler de lui

Parce que j’ai longtemps cru que sa préférence pour les partys
était une absence d’affection envers nous
mais j’ai compris que lui aussi
fuyait
ses déceptions et ses désillusions

Je pourrais aussi parler d’elle qui se cache dans son abnégation
De lui qui se complait dans les aventures sexuelles vide de sens
D’elle qui est tellement overbooké que même ses menstruations
prennent rendez-vous dans son Google Agenda

La vérité
c’est que je ne suis pas mieux
pis que ça m’fait mal
aussi

Moi aussi je me suis fait croire que me saouler aussi souvent était pour le plaisir
et non pour fuir

Moi aussi je me suis gelé la face pendant des années
Parce que j’avais l’impression de chasser les nuages

J’ai même essayé de fuir dans l’Ouest Canadien
J’avais vendu tous mes meubles
Sac à dos
pis go vers les arbres géants de l’île de Vancouver

Après, ça été le Nord
Au milieu de la taïga
Terre des machines géantes
Et des minuscules épinettes noires
Des épinettes frêles comme mon âme
une fragilité qui se pensait forte
parce qu’elle se tenait debout face aux vents polaires

J’ai tellement fuit moi aussi
Dans le travail, dans la malbouffe, dans l’isolement, dans le carpe diem
J’ai fui jusqu’à ce que ça devienne un mode de vie

Avec pas d’casque nous chante que l’important c’est de fuir dans le bon sens
Mais même dans le bon sens
c’est rare que la fuite ne finit pas
par nous épuiser
par nous consumer
par nous déraciner

Encore maintenant je fuis

Je le sais pis ça me fait mal
Je m’accroche à cette idée qu’au moins, là, j’en suis conscient
Pis que j’ai déjà réussi à m’arrêter
pis d’y faire face

Je m’accroche à cette poignée de porte
Trouvant toujours une raison pour ne pas l’ouvrir

Je lâche cette stupide phrase
T’sais, celle qui relance la conversion épuisée depuis déjà longtemps

La vérité
C’est que ça m’a fait mal

Ça m’fait mal de me voir
retomber dans les mêmes pièges qu’avant

Ça m’fait mal de me voir
me nouer le cœur avec les mêmes faiblesses qu’avant

Ça m’fait mal de croire
que mes fuites
peuvent aussi te faire peur

Les feux de forêt aussi font peur
Mais ça permet souvent à la forêt de se régénérer

La vérité
C’est que j’ai un peu peur de te le demander

As-tu du feu?

De la méchanceté gratuite

Texte écrit pour Une soirée pour dire, au Tam Tam Café, lundi 20 février 2017. « Paroles pour dénoncer la haine et le venin, paroles de paix, paroles pour expliquer, instruire et réunir.»

unesoireepourdire

Parfois, on parle de méchanceté gratuite.

Cette insulte était gratuite.
Ce coup de poing était gratuit.
Ta façon de ramasser cette personne était vraiment gratuite.
Ton commentaire sur Facebook est de la méchanceté gratuite.

J’ai toujours un malaise devant cette expression.
Elle suppose deux choses que je n’accepte pas.
Ça sous-entend qu’il y a une méchanceté justifiable
et que la méchanceté peut ne pas avoir de coût émotif, social ou physique.

De la violence gratuite.

Si on veut simplement dire que cette violence est inutile et injustifiée,
alors toute forme de violences est gratuite
et si elle est toujours gratuite, c’est donc un euphémisme.

Je ne suis pas irrité contre les euphémismes en général,
je n’ai pas le français élitiste
ça ne me dérange pas que tu descendes en bas,
mais ça porte pas à confusion
et ça ne sous-entend rien d’autre, non plus,
descendre en bas.

De la haine gratuite.

J’essaie vraiment de trouver ce qui pourrait justifier de la violence.
Surtout celle qui est réfléchie et dirigée vers les autres.

Moi aussi, parfois, je donne un coup sur une table ou sur un mur
avec un bon sacre bien senti
câlisse
parce que je viens de me faire mal
ou parce que mon imprimante refuse d’imprimer
ce que je devais déjà imprimer cinq minutes plus tôt.

Pas plus tard qu’hier,
j’ai sacré à l’arrêt d’autobus devant le retard de la dite autobus.
Non, mais, sérieux,
il faudrait revoir la définition de « en temps réel » sur l’application Nomade du RTC.
On peut-tu s’y fier, oui ou non?

Bref, même si j’ai l’air de faire la morale,
même si je trouve la violence inutile,
même si je fais des all-in avec un brelan de diplomatie,
ça m’arrive aussi de m’exprimer avec violence.
et ça s’accompagne d’une grosse honte.

Shame on me!
Shame on me!

Gamin, mon père s’époumonait pour tout et pour rien.
Un marteau égaré,
une vis qui ne visse pas,
une couture mal enlignée,
un client en retard,
l’absence de lait dans le frigo,
un tissu qui ne traine pas à l’endroit qu’il faudrait,
bref, n’importe quoi.

Et s’il y avait un infime pourcentage de possibilité que la source de sa colère
puisse être de la faute à ma soeur ou la mienne,
il redirigeait sa colère vers nous.
J’avais beau ne pas avoir vu ou touché son tournevis depuis des mois,
dans l’absolu, ça se pouvait que j’y aie touché
et j’étais mieux de le dire il était où, son tournevis.

J’en suis venu, avec le temps,
à développer un sentiment de culpabilité dès qu’une personne autour de moi sacre et se fâche.
Chaque fois, je me demande si ce n’est pas de ma faute,
si je peux faire de quoi pour régler le conflit que j’ai peut-être créé.

La réalité, c’est que la plupart du temps, j’ai autant à faire dans la situation
que le burkini a rapport dans les arguments de la CAQ.
What the fuck, Legault?

Pas grave, comme mon chien de l’époque quand j’élevais la voix,
je rentre la queue entre mes jambes,
je fais un regard piteux
et je rabaisse mes oreilles le temps que la tempête passe,
tout en me disant que c’est sûrement de ma faute si le monsieur que je ne connais pas sacre dans le restaurant.

Cette violence est injustifiée, dans le vide, mais elle n’est pas sans impact pour autant.
Ce n’est pas gratuit.

La haine, comme la violence, ne peut être gratuite.
Elle a toujours un coût et n’est jamais justifiable.
À une différence près, et assez importante,
la haine n’est jamais dirigée dans la vide.
Elle fait toujours mal.

Trop souvent, on associe l’absence de haine à l’amour.
Ces mots ont beau être ensemble dans le dictionnaire des antonymes,
l’absence de l’un ne signifie pas automatiquement la présence de l’autre.

Ne pas aimer ne signifie pas haïr
et pardonner ne signifie pas accepter.

Oui! Je l’avoue! Je pardonne tout.

Je te pardonne d’avoir m’avoir brisée le cœur,
même si ça m’a fait mal.

Je te pardonne de prendre l’espace de stationnement pour handicapé sans en être un,
même si je te juge en fronçant les sourcils ben fort.

Je te pardonne de passer sur la rouge,
même si tu passes proche de m’écraser.

Je te pardonne d’avoir voté pour Donald Trump,
même si ça fait désespéré.

Je te pardonne d’avoir agressé cette femme que j’aime
même si ça l’a scrappée à jamais.

Je te pardonne de m’avoir traité de gros,
même si c’était pas réellement insultant – c’est vrai!

Je te pardonne d’avoir un chat,
même si je ne peux pas dormir chez toi – maudites allergies.

Je te pardonne d’être homophobe,
même si tu te coupes de personnes géniales.

Je te pardonne de m’avoir fait pisser dans mes culottes en 2e année,
même si c’est le seul souvenir que je retiens de toi, prof Lili.

Je te pardonne de ne pas déneiger comme il faut les trottoirs de Québec,
même si ça me fait chier tous les jours et que je vais le répéter encore et encore.

Je te pardonne d’avoir été absent pendant mon enfance,
même si j’ai dû m’élever un peu seul.

Je te pardonne de ne pas faire la réforme électorale,
même si c’est pas vrai que c’est pour le mieux des Canadiennes et des Canadiens.

Je te pardonne de frapper les plus démunis,
même si tu te caches derrière des rigueurs budgétaires.

Je te pardonne de m’avoir trahi,
même si je te flush de ma vie.

Je te pardonne de détruire le monde avec ta haine,
même si je participe à Une soirée pour dire.

J’ai l’air d’être ben altruiste et d’être ben peace and love
probablement que même Françoise David ne pardonne pas autant,
mais c’est en fait très, très, très égoïste!

Si je ne pardonnais pas, je rentrerais dans ton jeu de marde,
ce jeu qui consiste à faire comme si on n’était pas redevable et responsable
du monde autour de nous.

Si je ne pardonnais pas, je tomberais dans cette haine complètement inutile,
un investissement aussi fiable que le Centre Vidéotron.
Non, les Nordiques ne reviendront pas.

Je ne pardonne pas pour oublier ou pour t’aimer,
je pardonne pour survivre,
je pardonne pour me libérer
je pardonne pour m’aimer.

La haine n’est jamais gratuite et laisse toujours des cicatrices
aux victimes comme aux bourreaux.

Non, mais, sérieusement
comme si je ne l’étais pas déjà,
c’est correct de pas tout aimer.
Mais comme le dirais Pierre-Yves McSween,
en as-tu vraiment besoin, de la haine?
Je dirais même plus : en as-tu les moyens?

Moi j’ai pas envie que du monde me haïsse et souhaite ma mort.
Fak je montre l’exemple, pis je souhaite la mort de personne.
Même toi qui me hais.

Je te pardonne chose.
Pis ça, c’est gratuit pour vrai.

Comme une bière flatte

Je comprends que tu n’aies pas envie de moi.

Moi, je peux fantasmer sur tes seins, sur ton ventre, sur tes cuisses, sur tes fesses, sur ta bouche, sur ton cou. Et je pourrais continuer sur le charme de tes yeux, de tes mains, ton odeur, tes cheveux, la douceur de ta peau, et plus encore.

Toi, comment pourrais-tu fantasmer sur mon ventre, sur mes cuisses, sur mes fesses? Mon corps n’est pas seulement laid parce que je suis obèse morbide, il est laid, simplement.

Je trouve qu’il y a plusieurs personnes avec un surplus de poids qui sont magnifiques. Leur poids n’a pas déformé leur ventre, il est juste rond et ça le rend mignon. Les fesses ont encore l’air d’être des fesses. Les cuisses sont généreuses, mais pas difformes.

Mon corps n’est pas juste gros, il est en piteux état. On ne peut pas fantasmer sur mon corps.

J’imagine que mon regard peut être attendrissant. J’imagine que mes mains peuvent être chaleureuses et enveloppantes. J’imagine que je peux être confortable. Mais qui fantasme sur ça?

C’est normal que tu ne te lances pas dans mes bras.. C’est normal que tu hésites et que tu te questionnes. Que puis-je offrir à part du réconfort? Peut-on vraiment se contenter de réconfort?

Mon corps repousse plutôt que créer le désir. Mon corps interrompt tout élan que pourrait susciter ma personnalité. Il donne des envies de détours. Il est la trappe de sable dans lequel l’amour atterrit après être parti du tee. Il est le coup de vent qui scrape ton imperméable. Il est les nids poule qui te font oublier le paysage. Il est l’absence de bulles dans ta bière.

Mon corps me rend fade.

Et même si tu essayais, probablement que comme les autres tu te lasserais. Ton désir finirait par baisser les bras, épuisé de s’accrocher à si peu. Comme un mirage dans un désert, le fantasme n’a jamais existé.

Il y a bien des limites à la grandeur d’âme. L’amour ne rend pas si aveugle. L’extérieur compte quand même, même si tu pensais sincèrement le contraire.

Je te comprends de ne pas fantasmer sur moi. Et moi, je ne suis pas magicien. Je ne peux pas le camoufler. Je n’ai pas envie de le cacher. Je suis pris avec.

Pendant que je rêve à toi, tu rêves sans aucun doute à quelqu’un d’autre.

Je te comprends.

Le poids de l’habitude

Des fois, il y a des phrases qui semblent anodines qui vont pourtant s’incruster dans notre tête. Cette phrase va passer son temps à nous dire «coucou», dans tous les recoins.

– Une amie m’a demandé si on était ensemble!

Phrase anodine, anecdotique, un questionnement fréquent dans les amitiés entre sexes opposés.

Étrangement, ce genre de questions me blessent. Elle me remet dans la face une souffrance latente, une réalité qui, lorsque je décide de la regarder en face, me fait mal.

Ce genre de questions m’apparait complètement absurde. La réponse est, selon moi, évidente. Non.

Depuis mon adolescence, le monde ne fait que me dire que c’est normal que je sois seul. On me renvoie l’image que je n’ai rien pour être en couple. Pas assez ça, trop ceci.

Plusieurs célibataires se plaignent souvent de se faire demander régulièrement pourquoi ils ou elles ne sont pas en couple. Moi, on me le demande jamais. Comme si la réponse sautait aux yeux.

On ne m’a jamais dit « Weyon, comment ça un gars comme toi est célibataire?! ». Ça n’étonne jamais personne.

Alors quand une personne me lance ça, mon réflexe est de me dire que la personne est polie ou me niaise ouvertement. Quand 100 personnes te disent que ton célibat est normal, tu te méfies de la 101e qui dit le contraire.

Visiblement, j’ai malheureusement fini par accepter cette image qu’on me renvoie. Après tout, ma tête a beau se dire que je peux avoir de la valeur, que je pourrais être un amoureux valable, la réalité écrase cette possibilité.

Je crois pourtant avoir beaucoup à donner à la femme que j’aime. Je suis souvent à l’opposé de ces histoires d’horreurs qu’on me raconte sur d’anciens amants ou d’anciens amoureux.

Je demeure malgré tout sans intérêt. J’ai beau être un bon gars, ça cloche quand même. Mon corps? Ma timidité? Ma solitude?

Tout le monde a des problèmes à régler avec soi-même, j’ai de la misère à me dire que ce ne sont donc que mes bibittes intérieures, que mes blessures pas tout à fait cicatrisées encore. Alors quoi?

Mon corps et ma personnalité, je crois, ne dégagent rien de sexuel ou de sensuel. C’est peut-être aussi bête que ça. Comme un trésor caché qui ne donne toutefois pas envie de le découvrir.

Je suis un amoureux plutôt qu’un amant. J’ai davantage la posture du mari, même si je ne crois pas au mariage, que celle du copain. J’aime entièrement. Les flirts ne m’intéressent pas.

Je ne fantasme pas sur le sexe, je fantasme sur l’amour. À mes yeux, l’amour mène au sexe et non le contraire. Il devient difficile dans ce cas de devenir un être sexuel aux yeux des autres.

Cet amour peut faire peur, intimider. D’autant plus que j’ai tendance à aimer des femmes qui ont, comme moi, des blessures émotionnelles, dont l’amour propre titube, ou demeure fragile.

Toutes les filles que j’ai aimées ou les rares qui ont semblé être attirées par moi ont fini par se sauver. Comme si je décevais ou que je faisais finalement peur.

J’aurais pu – et j’aurais aimé -, écrire cette chanson de Stéphane Robitaille. «Vas-tu toujours te coller contre moi / Si mon corps se fait envahir par le froid / Et si je tremble de peur ou de rien / Vas-tu me tenir la main»

Je pense être une personne aimable, mais la société et les autres me renvoient constamment l’image inverse. Ce que j’entends dans les propos des autres, ce que je vois dans le regard des autres, est que mon célibat est normal, s’explique de lui-même.

Je me fends la tête à tenter de comprendre pourquoi. Qu’est-ce qui cloche avec moi?

En même temps, si l’on veut avoir le Grand Schtoumph, Socrate ou Yoda comme père ou comme grand frère, peu de filles vont fantasmer sur eux. Mes modèles sont des célibataires endurcis. À quoi je peux bien m’attendre?

Pourquoi certains trous du cul enchainent les conquêtes et les histoires d’amour alors que moi je poirote sur le trottoir? Il n’y a pas de réponses précises, pas d’explications claires. La réponse ne peut que ressembler à une phrase vide de Justin Trudeau. Ça a l’air d’avoir du contenu, du sens, c’est rempli de bonnes volontés, mais il ne faut pas trop creuser. Une réponse éthérée.

Je dois affronter tous les jours les regards des autres. Les propos désobligeants sur les gens comme moi, même si on ne parle pas de moi.

Je me tiens du mieux que je peux debout devant ce vent fort, mais on finit par s’épuiser, par tomber. Se relever prend de plus en plus d’énergie. Ma carapace est à la fois une construction de moi-même, mais aussi une réaction et une protection à ce qu’on me lance. Le tricot est solide. Cette carapace me nuit autant qu’elle m’aide, me protège.

Il y a des jours où elle est juste lourde.

L’amour en silo

J’étais à un spectacle d’un de mes auteurs-compositeurs-interprètes préférés, l’un de ceux dont les paroles me ressemblent, me touchent, et que la musique me fait planer, me pogne dans les tripes.

À une de ses chansons d’amour, j’ai craqué, j’ai pleuré. Un ressac de ma peine d’amour d’il y a un an. Je quitte les lieux, pour reprendre mes émotions. Pendant que j’absorbe mes émotions, mon impression d’être seul, de refouler mon manque d’amour, une demoiselle qui passait dans le coin s’arrête et me salue.

«Tu ne me connais pas, mais moi je te connais. J’aime beaucoup ce que tu écris. Ta dernière chronique dans le Voir était vraiment bonne. Merci!»

Je manque toujours de mots devant les compliments, mais là, j’étais particulièrement bouche bée.

Cette scène représente bien la dichotomie de ma vie affective.

D’un côté, une seule personne en 34 ans m’a dit m’aimer. Aimer amoureusement. Trente et un ans de vide total.

Ma vie amoureuse est un désastre, un canyon érodé par la solitude et une rivière sans courant, une rivière presque morte.

De l’autre côté, je reçois beaucoup d’amour du public. Pas au point de Gino Chouinard, mais quand même. C’est un truc étrange, être aimé par des inconnus. Mais c’est d’autant plus gratifiant que j’ai tendance à préférer travailler pour des médias indépendants et nichés. Je ne fais pas du grand public. Je me considère chanceux là-dessus. Privilégié, même. Que ce soit pour mes textes ou la radio, mes autres projets, je reçois habituellement des félicitations, des bravos. Il y a même des gens qui m’ont déjà dit que je les avais influencés ou inspirés. C’est dur avoir plus beau compliment que ça.

Cette dichotomie, cet amour binaire, me casse le cerveau. Ce n’est pas cohérent. Je ne suis visiblement pas un connard, sinon je ne recevrais pas autant d’amour professionnel. Vous me direz que certaines idoles étaient finalement des trous du cul. Peut-être que ça ne vaut rien.

En même temps, je ne suis pas une vedette. On me juge sur ma façon de voir les choses, sur la manière dont je présente les choses. Et non sur ma coupe de cheveux. L’appréciation ne se fait pas sur du vide. Mais bon, ça vaut ce que ça vaut. Pas tant.

Je passe mes journées à passer d’un désert aride à une belle forêt tranquille. Aussi verdoyante puisse être la forêt, elle ne nourrit pas le désert.

Je n’ai jamais fait ce métier pour avoir l’amour du public. Je ne veux pas être une vedette. Et tous ceux qui font une carrière publique pour avoir de l’amour finissent par se rendre compte que ça ne peut pas remplacer l’Amour.

La confiance du public est un baume, mais elle ne viendra jamais remplir le vide qu’elle couve.

Parfois, je me demande si je n’agis pas en gros ingrat. Je connais des gens qui n’ont même pas les quelques amis, ou une sorte d’amour provenant du public. Je croise plusieurs personnes qui semblent être vraiment seules. Plus que je le suis. Je comprends leur souffrance, mais de quoi je me plains?

Sauf que je ne me plains pas, je tente de ne pas virer dingue, simplement.
Je cherche ma place. Peut-être qu’une partie de moi a peur que ma place ne soit que professionnelle. Si tu m’offres le choix entre la carrière et la personne que j’aime, je choisis sans hésiter l’amour. Ce chemin, la carrière, ne m’intéresse pas, même si j’adore mon métier et que je suis privilégié de le faire.

Je me noie dans le trou noir de Cupidon.

J’essaie de comprendre la vie. Vive ma sensibilité! Vive mon authenticité! Vive mes idéaux! Mais de loin seulement?

Les compliments sur mes textes ou mes entrevues ne me prennent jamais dans mes bras. Ne me caressent jamais la barbe. Ne me sourient jamais. Et ne me regardent encore moins les yeux chargés d’amour.

À force de ne pas recevoir d’amour, je suis devenu très solitaire, ou plutôt autonome. Je n’attends plus l’amour. Peut-être suis-je devenu trop sauvage (ou autonome). Peut-être suis-je aussi simplement trop laid.

Accepter le vide, c’est difficile. Certains vont foncer sur n’importe qui pour en échapper. Moi, comme une tortue, je me replie sur moi-même… Je ne pense pas que les deux réflexes soient sains.

Sauf que c’est dur de ne pas paniquer dans le trou noir de Cupidon.