Mauvaise foi, mauvaise vie

Boucher quelqu’un dans une discussion, c’est facile. Suffit de lancer quelques généralités bien tournées, avoir une attitude qui donne une crédibilité à ce que l’on dit et il y a de bonnes chances que notre interlocuteur cherche sa réplique.

Nul besoin d’avoir raison pour rempoter un débat. Il suffit d’être un Riopelle dans l’art du sophisme et d’être un Michael Phelps dans l’océan de la mauvaise foi. Avec ça, vous remportez des élections et vous mobilisez des foules.

Quand le sophisme s’en tient aux joutes oratoires, c’est beau. Pour vrai! Avec deux bons orateurs, ça donne un match de boxe intellectuel, où l’argument tient lieu de poing. Vivement le retour des vrais débats en politique! Le hic, c’est qu’en dehors de ce contexte, ce n’est plus un jeu. Ça induit les gens en erreur. Ça n’encourage pas la réflexion. Ça ne vise qu’à faire taire.

Et bien souvent, celui qui use du sophisme lors de débats publics est armé de mauvaise foi. Sinon, il ferait un vrai débat, plutôt que simplement vouloir convaincre son prochain. Croire que l’on a raison est une chose, croire que les autres ne peuvent avoir raison en est une autre. Il y a une différence entre partager et imposer ses idées.

Pensez-y. C’est difficile d’argumenter contre de la mauvaise foi. Parce que tu auras beau arriver avec des données, des études, citer des spécialistes, qu’importe le poids du contre-argument, il se noie automatiquement dans l’abysse de la mauvaise foi. C’est par définition imperméable aux faits. Et bien qu’il se revendique souvent du gros bons sens, il en a rarement.

Pis encore. C’est dans la nature même de la mauvaise foi de ne jamais donner raison à l’autre. C’est continuer à traiter l’autre de perdant alors qu’il nous bat 10-0 au hockey. La mauvaise foi va trouver toutes les raisons du monde pour expliquer que non seulement le contexte explique le pointage, mais que si ce n’était de ce contexte, ce serait évidemment l’inverse.

Ah! Je vous entends déjà vouloir des exemples concrets. « Ça manifeste contre les droits de scolarité pis ça l’a des iPod et des ordinateurs portables » entendons-nous souvent. C’est très pernicieux comme argument – si on ose appeler ça un argument. Ça suppose déjà que ce sont des objets de luxe – on n’entend jamais « ils ont tous une télévision ».

Ça suppose que tous ceux qui ont les moyens de payer la hausse de scolarité ne peuvent pas être contre par principe ou ne peuvent supporter leurs amis. Ça suppose qu’un étudiant doit automatiquement ne rien posséder.

Sur le même principe, je m’attends donc à ce que ceux qui chialeront contre une future hausse d’impôts de vendre leur iPod, leur iPad, leur portable, leur cellulaire et leur voiture avant de protester.

Jamais on n’évoque le fait qu’un ordinateur portable, c’est rendu un outil indispensable pour les études… et dans la vie en générale. Jamais on n’évoque que l’étudiant s’est peut-être endetté pour acheter cet ordinateur (il existe des prêts étudiants expressément pour ça). Jamais on n’évoque que c’est peut-être papa ou maman qui a acheté cet ordinateur, que c’est peut-être un cadeau, qu’ils ont peut-être le même depuis des années.

L’autre jour, dans un article d’un autre média, on y évoquait que plusieurs étudiants profitaient de la semaine de relâche pour se payer un voyage à New York ou dans le Sud. Une agance de voyages y affirme même que 50% de sa clientèle est étudiante, pour cette période. Ça sonne gros, hein? Eille! La moitié!

Sauf que ça manque un peu de perspective tout ça. Il y a une méchante différente si cette moitié provient de 100 clients ou de 3000 clients – ce qui n’est pas mentionné. Ce 50% devient si on compare au nombre total d’étudiants au Québec? Peut-être 1000 (soyons généreux) sur 140 000? Ne pas l’évoquer est de la très belle mauvaise foi.

Il y a certains radios qui sont très fortes en mauvaise foi, certains partis politiques aussi (pour certains, c’est un pléonasme de l’évoquer). Ça marche parce que ça va souvent chercher l’instinctif, le préjugé. C’est un fast food intellectuel. Facilement digérable, vite assimilé, et sans substance.

Et je ne sais pas pour vous, mais moi, la mauvaise foi, ça me fait chier en… Comme le fast food, justement.
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Publié dans le Nord-Côtier, 14 mars 2012.

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