Malaise des Fêtes

Avez-vous vu le vidéo où des enfants reçoivent, en avance, des cadeaux de Noël volontairement poches? Il y a des moments cocasses. Comme cette petite fille qui se demande pourquoi sa maman lui a donné une sandwich. «Tu aimes la cuisine de maman d’habitude, non?» Et la petite fille de répondre oui, mais lorsqu’elle fait des ailes de poulet, pas des sandwichs. Sauf que ça dérape vite, quand les enfants se mettent à envoyer promener leurs parents…

Un des petits gars, qui me semble avoir un bon 11 ou 12 ans, pète littéralement une coche lorsqu’il reçoit en blague un chandail rose de la marque Hello Kitty. Il se met à pleurnicher, à traiter ses parents de pires parents au monde, de les traiter de débiles et de péter une coche un peu comme si on lui avait annoncé qu’on devait lui amputer ses deux bras. Gros malaise.

Étant quelqu’un qui ne fête pas Noël, j’y ai vu sur le coup tout ce qui m’a fait décrocher de cette fête il y a déjà une quinzaine d’années, comme la surconsommation, cette obligation de donner, cette fausse magie, cette folie inutile, ce stress encore plus inutile, etc.

Le même malaise que lorsque je vois les publicités de Noël à la télévision. Comme celle où une mère apprend que l’appareil électronique est seulement 300$. Crime, à ce prix-là, elle en prend 8! T’sais on ne se prive plus rendu là! À écouter les publicités, si on donne des cadeaux qui ne valent pas au moins 1000$ par personne, on est salement cheap. Gros malaise.

Peut-être parce que je viens d’une famille modeste, mais je trouve ça terrible comme message. Ce n’est pas une course, c’est juste Noël. Donner un cadeau de 20$ est censé faire autant plaisir qu’un de 100$. Et il n’y a aucune obligation de gâter ses enfants de la sorte. Quel genre de message que ça leur envoie? Oui, à 8 ans je trouvais ça tripant d’avoir 8 cadeaux, mais à 15 ans, après 2, je commençais à me sentir mal. Ça devient trop. Je n’en mérite pas tant… Toi non plus, en passant.

Et avant qu’on me fasse la morale, je ne fête pas Noël, mais je ne suis pas anti-Noël pour autant. Je ne reproche pas aux gens de fêter, je ne fais pas la morale à personne là-dessus et je ne veux gâcher aucun réveillon. C’est pour moi une journée comme les autres – à part qu’il faut éviter les épiceries le 23 et le 24 décembre et que rien n’est ouvert. Je laisse les autres célébrer leur Noël comme je laisse les chrétiens faire leur messe ou les joueurs de quilles jouer à leur sport préféré. Chacun ses goûts. Je ne fête pas plus mon anniversaire non plus, soit dit en passant.

Pour en revenir au vidéo, qui était un défi lancé par l’animateur américain Jimmy Kimmel, après quelques réflexions, ce n’est pas nécessairement les Fêtes le problème, c’est l’éducation en général. Ce con de gamin évidemment trop gâté doit avoir la même réaction tous les moments où il «devrait» avoir des cadeaux, comme son anniversaire, Pâques et je ne sais pu trop quoi d’autre. Le genre d’enfant à se dire qu’il DOIT avoir les trois consoles de jeux sur le marché, et non qu’avoir au moins un des trois serait le fun.
J’aurais honte comme parent de montrer que mon enfant pète une si déprimante coche pour avoir un reçu un cadeau qu’il n’aime pas. J’aurais honte de montrer que je ne lui ai pas enseigné à apprécier ce privilège qu’est de recevoir quelque chose. Et j’ai honte comme société de consommation de produire autant d’enfants rois. Gros malaise.

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Depuis trois semaines, on vous présente dans le journal les meilleurs évènements culturels de Sept-Îles de 2011. Et je ne veux aucunement remettre en doute le choix de mes généreux participants. Ils ont fait un excellent travail et je profite de cette tribune pour les remercier publiquement.

Mais je trouve qu’il y a un oubli terrible. Depuis que je prépare ce dossier des palmarès me revient sans cesse un spectacle qui a eu lieu en janvier 2011: Cabaret Gainsbourg. Je crois que c’est de loin le meilleur spectacle que j’ai vu ces douze derniers mois, suivi de près de Clotaire Rapaille: l’Opéra rock (durant le festival OFF de Québec).

Oui, il y a eu le country-stonerock de Dany Placard à Tadoussac, le rock bluesé de The Black Keys sous la pluie, Buck 65 et Galaxie au Festival d’Été de Québec, Karkwa au Cégep, Misteur Valaire au Thompson (malgré la stupide gaffe du DJ) et Luc de Larochellière à Jean-Marc-Dion, Isabeau et les chercheurs d’or au Graffiti, mais rien dans tout ça n’avait la folie et l’intelligence de Cabaret Gainsbourg, de la haute voltige artistique, envoûtante, qui fait rire, sourire, émeut et fait réfléchir, mais qui, surtout, nourrit l’âme pendant des mois.
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Publié dans le Nord-Côtier, 21 décembre 2011.

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