Pour une révolution arc-en-ciel

Il y a quelques années, je participais à une formation du Centre de prévention du suicide de Québec, parce que mon travail allait peut-être me mettre sur la route de gens en détresse. L’un de mes collègues a été surpris d’apprendre que le taux de suicide était élevé chez les homosexuels et les lesbiennes. «On en voit maintenant partout à la télé. C’est super accepté», disait-il. Ma réponse a été rapide: peut-être dans les institutions, mais pas dans la population. Les perceptions n’ont pas tant évolué.

Il n’y a pas longtemps encore, un jeune de 15 ans d’Ottawa s’est enlevé la vie. Son homosexualité lui a attiré la foudre de quelques cons à son école. L’animateur Rick Mercer a fait une sortie publique, dévoilant son homosexualité et invitant les autres à en faire autant. Patrick Lagacé a écrit sur le sujet, invitant les personnalités publiques à sortir du placard.

Bien que ma voix n’a pas le poids des deux autres, je tiens à ajouter mon appui. Le simple fait que ce placard existe démontre qu’il y a encore un malaise, en 2011, d’avouer son homosexualité et ce n’est pas normal.

Si tout le monde cessait de cacher leur homosexualité, une grande partie du tabou tomberait du même coup. Il y aurait une pelleté de modèles pour les jeunes qui découvrent leur orientation sexuelle. Cette même orientation deviendrait banale aussi. Et qui dit banalité dit fin des mauvaises blagues et de la persécution.

Bien sûr, je comprends les personnes qui ne s’affichent pas. Et jamais je ne forcerai une personne à le faire et jamais je n’annoncerai l’homosexualité d’une personne contre son gré. Mais, comme l’a dit Patrick Lagacé, en le cachant, elle joue involontairement le jeu de ceux qui perpétuent les préjugés et les tortures psychologiques. C’est un cercle vicieux. On ne s’affiche pas parce que pas assez de gens s’affichent.

Il devrait y avoir une différence entre avoir droit à sa vie privée et cacher son orientation. Quand un acteur, un politicien ou un chanteur cache son orientation ou ses conjoints parce qu’il ne veut pas choquer son électorat ou son public, il y a un problème. Il y a une différence entre être discret et avoir peur.

Néanmoins, avant de vivre cette «révolution», et elle aura lieu comme il y a eu des Noirs qui se sont levés pour mettre fin à la ségrégation, nous tous pouvons donner un coup de main. Un truc super simple. Particulièrement les gars.

Quand une personne vous demande si vous êtes gais, cessez d’être insulté. Ce n’est pas une insulte, d’être gai. Le pire, c’est que certains d’entre vous n’ont rien contre les homosexuels, mais vous vous choquez si l’on vous croit ainsi. C’est un non-sens. Soyez conséquent.

Arrêtez aussi de vouloir envoyer chier le gars qui vous fait du charme. Ce n’est pas du tout insultant, au contraire, c’est un compliment. Le gars vous trouve assez charmant pour sortir le grand jeu, si ce n’est pas un compliment, ça, je me demande c’est quoi! Vous n’êtes pas moins viril pour ça, au contraire, vous n’êtes pas moins beau, au contraire, vous n’êtes pas moins hétéro!

Quand j’étais adolescent, j’ai fait croire à ma mère durant deux bonnes années que j’étais gai. Parce que je voulais que ses préjugés tombent. Même mes amis proches jouaient le jeu. Je me disais qu’en laissant planer le doute sur mon orientation, elle finirait par se dire que les homosexuels sont comme les autres. Qu’elle cesserait de voir ça comme une maladie! Je ne pense pas avoir eu autant d’effets, mais je pense l’avoir au moins fait réfléchir sur tout ça.

Je rêve d’un monde où l’on va se foutre de l’orientation sexuelle comme l’on se fout des goûts musicaux. Je souhaite que lorsqu’on apprend que notre ami est gai, on réponde «Euh… OK, c’est cool, mais je m’en fiche un peu… Quoique je vais mieux savoir qui te présenter pour les prochaines dates» ou encore un plus baveux «Ouin, pis?».

Je m’imagine qu’un jour le mot «fif» ne sera plus pour pointer du doigt une certaine virilité chancelante, mais bien simplement quelque chose de facile, sans aucun lien avec l’orientation sexuelle. Du genre, «ce test était vraiment fif». Un peu comme le mot «cool» qui n’a plus rien à avoir avec la fraicheur. C’est juste «cool».
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Publié dans le Nord-Côtier, 9 novembre 2011.

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