L’attrait du sauvage

«J’ai passé des vacances formidables sur la Côte-Nord! Quelle magnifique région. Minganie + Basse-Côte-Nord. Photos à couper le souffle» a lâché le célèbre animateur et comédien Paul Houde, sur son compte Twitter, il y a une semaine.

Qu’une personnalité découvre la région en s’en émeuve, c’est sympathique, plaisant et on souhaite qu’il passe le mot. Quelques minutes plus tard, toujours sur le réseau social, l’ancien animateur de Lingo a ajouté ceci, à l’intention du Journal : « [J’ai] visité chaque petite église de tous les villages. [J’ai] couché dans la chapelle Ste-Anne sur l’île Providence. Suis béni!»

En connaissez-vous beaucoup, vous, des gens qui parlent d’églises en revenant de la Basse-Côte-Nord? Voilà que ça devenait intéressant.

Paul Houde est tout un homme. Il a une culture à faire pâlir le Père Fouras et une mémoire digne de Rainman. Il a un humour et une autodérision aussi grande que la prétention de Martin Matte. Et il est l’un des meilleurs animateurs de radio au pays. Pas surprenant, finalement, qu’il n’ait pas vu la Côte-Nord de la même manière que les autres touristes.

Sans surprise, l’interprète de Fern des Boys s’emporte facilement au bout du fil, en parlant de son petit voyage en Minganie et sur la Basse-Côte-Nord, qu’il n’avait jamais visitées. En fait, la dernière fois qu’il était venu sur la Côte-Nord, la route s’arrêtait encore à Sept-Îles, un périple qu’il avait fait sur le pouce. Il s’était promis de revenir un jour. L’occasion s’est présentée cet été, quelques décennies plus tard.

Saint-Paul-de-Providence
Il revient sur son expérience à l’île Providence, près de Tête-à-la-Baleine. « Mon coup de cœur est la chapelle Sainte-Anne. Une des très belles expériences de tous mes voyages. Elle est magnifique. C’est incoyable! » Le juge de l’émission Le Cercle va même jusqu’à apprécier la pluie et le vent qui l’ont accueilli, ajoutant à l’ambiance du bout du monde.

Il a mordu à pleine dent l’isolement de ce lieu historique – cette église a été construite en 1895. L’absence d’électricité? Il a adoré. La bouffe maison de Mme Monger? Il s’en lèche encore les babines. « On est coupé de tout. On oublie la valeur du silence. J’ai dormi comme jamais. »

Il a visité toutes les églises de tous les villages – une tradition pour lui, qui collectionne les photographies d’églises. Il trouve dommage que l’église de Magpie ne bénéficie pas d’un programme de revitalisation du ministère de la Condition féminine, de la Culture et du Patrimoine.

Se retirer du monde
Le plus récent numéro du prestigieux magazine Condé Nast Traveler a placé le Saint-Laurent au premier rang des croisières de rêves. Devant Tahiti et les Antilles. Selon l’auteur du palmarès, Wendy Perrin, ce sont les petits villages insulaires et isolées du monde extérieur du golfe du Saint-Laurent qui rendent la région si magique, avec « leur propre culture francophone, leur dialecte, leur cuisine et leur musique. »

Comme le magazine, Paul Houde considère le potentiel touristique de la Basse-Côte-Nord « exceptionnel ». Mais comment développe-t-on un territoire intact sans nuire à son authenticité? Selon le globe-trotter, « il faut développer avec prudence. C’est un territoire qui est encore à découvrir, c’est sa force et c’est ça qui m’a plu. » D’où le dilemme : on profite de ce potentiel incroyable avec une mise en marché massive ou l’on y va lentement? Le développement touristique risque-t-il de tuer le cachet actuel?

Dompter le sauvage
Ce qui me rappelle le lac Ferme-Ta-Yeule. Vous savez, ce lac secret où l’on pêche les meilleurs et les plus gros poissons de la région, mais que l’on garde pour soi, parce que si tout le monde apprends son existence, terminé les grosses pêches. C’est un peu le même dilemme auquel fait face la Basse-Côte-Nord. C’est aussi comme ces femmes qui changent le comportement de leur homme… et qui les laissent parce qu’ils ne sont plus assez machos.

Des endroits bruts comme cette région, il n’en reste plus beaucoup sur la planète. On visite New York parce qu’on veut voir c’est quoi d’être dans l’une des villes les plus peuplées du mmonde comme on visite Harrington Harbour pour marcher sur des trottoirs de bois gisants directement sur le roc et pour être couper du reste du monde.

Mais comme le dit Paul Houde, c’est la population locale qui sait le plus ce qu’il faut faire. Nous, nous ne sommes que des gérants d’estrade. Même si collectivement il faut préserver ce genre de lieux, ce sont eux qui vivent avec cet isolement à longueur d’année.

Publiée dans le Nord-Côtier, 3 août 2011

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