En attendant le docteur

Il n’y a que lorsque j’ai demeuré à Fermont que j’ai eu un médecin de famille. Quelques mois après mon arrivée, j’ai dû voir un médecin pour je ne sais plus quelle raison. «T’as pas de médecin de famille? Appelle au Centre de santé, ils vont t’en donner un» me disaient mes collègues et amis. J’étais un peu incrédule. Je n’en avais encore jamais eu, C’était pour moi un mythe, avoir un médecin de famille. C’était comme le Père Noël, tout le monde en parle, mais je n’avais jamais vu ça.

Je téléphone donc au Centre de santé et de services sociaux de l’Hématite, et je demande comment ça fonctionne pour avoir un médecin de famille. La réceptionniste de me répondre, tout simplement: «Bien. Lequel voulez-vous?» Non seulement j’en avais un sur le champ, à la simple demande, mais en plus, je pouvais choisir celui que je voulais! J’avais presque l’impression de me faire niaiser.

Cette année où j’ai eu un médecin de famille m’a montré à quel point c’était pratique. Un médecin qui te reconnaît, qui connait ton dossier, qui peut faire un suivi, même pour des trucs anodins, qui te reçoit facilement et qui peut même renouveler un médicament sur un simple coup de fil. Wow! Je ne veux pas être méchant envers les Fermontois, mais c’est pas mal un des trucs qui me manquent le plus de Fermont, ce super service!

D’autant plus que j’en aurais besoin, là, en ce moment. Pour un truc super banal, mais diablement vital malgré tout.

À 8 ans, on m’a diagnostiqué l’asthme. Depuis donc 21 ans, je vis avec cette maladie de la respiration (ou de la bronche qui enfle inutilement, étrangement nerveuse pour tout et rien, un curieux contraste avec ma personnalité).

Pour soigner cette maladie, je prends au besoin du Ventolin et quotidiennement du Symbicort. Grâce à ça, je suis encore en vie. On s’entend qu’il y a plus de 200 ans, je serais sûrement déjà mort suite à une des bonnes crises que j’ai connues dans ma vie. Mais aujourd’hui, mes bronches enflent, et hop! Une bouffée vient tout dilater et je respire à nouveau.

Bref, bien que ce médicament soit banal dans ma vie, il nécessite néanmoins une prescription. Et la pharmacienne me l’a bien dit la dernière fois. «Ta prescription est finie. Je vais te dépanner pour cette fois, mais la prochaine fois, il faudra une prescription.» Ça a l’air simple, mais ça ne l’est pas: je suis à Sept-Îles!

«Oui, mais… je n’ai pas de médecin de famille, alors, je fais quoi, je vais à l’urgence?» que je demande à la pharmacienne, espérant qu’elle puisse me donner une solution, une piste à suivre, afin d’éviter le scénario que je redoute. Mais non. «Falloir que tu ailles à l’urgence, je pense», dit-elle, presque aussi déprimée que moi devant la situation absurde de la région.

Dimanche dernier, dans Le Soleil, les journalistes Steve Paradis et Carl Thériault écrivaient qu’il manquait 24 médecins de famille sur la Côte-Nord. Une situation plus grave que les autres régions du Québec. Et cette réalité frappe surtout Baie-Comeau, Port-Cartier et Sept-Îles.

Des gens autour de moi qui ont des maladies chroniques (asthme, haute pression, cholestérol, diabète, etc.) ne peuvent avoir de suivi d’un médecin… parce qu’il en manque. C’est inacceptable. La promesse du ministre de la Santé de donner un médecin de famille à tous les Québécois semble utopique, mais en donner un à tous ceux qui doivent avoir un suivi médical devrait être minimal. Combien de vies perdues dues à un manque de suivi?

Mais l’absurde ne se termine pas là., Maintenant, tout passe par l’urgence, à Sept-Îles. Des plus grands maux réellement urgents aux plus petits anodins qui ne demandent qu’une petite prescription banale. Lorsque je demeurais à Québec et que je devais voir un médecin sans que ça ne soit une urgence, j’avais toujours, au moins, l’option du CLSC ou de la clinique sans rendez-vous. Pas ici.

En une semaine, deux connaissances ont parlé d’attente de plus de douze heures à l’urgence du Centre de santé et des services sociaux de Sept-Îles. C’est sûr que le temps d’attente est long, c’est le seul point de service, du bras arraché à la conjonctivite, de la crise de coeur… à la prescription de routine.

Et comme si ce n’était pas encore assez ridicule, ma visite à l’urgence pour le renouvellement de mes médicaments pour mon asthme ne vaudra absolument rien malgré mes 12 ou 13 heures d’attente dans la très inconfortable salle d’attente. L’urgentologue ne connait pas mon dossier. Il va simplement me demander depuis quand je fais de l’asthme, quoi je prends comme médicaments et me remplir la prescription sur la simple foi de mes paroles. Il va peut-être écouter mes poumons, pour la forme. Un 13 heures d’attente pour une rencontre de maximum 5 minutes.

Que vaut cette prescription? Rien de plus que si elle avait été faite sur le coin d’un bureau, au téléphone ou par un pharmacien. Car il n’y aucun suivi médical. Certes, je pourrai respirer pour la prochaine année, mais j’aurai aussi attendu 12 heures parce que le système ne fonctionne pas à Sept-Îles. Ce n’est plus une pénurie rendu là. C’est une joke. Une très mauvaise joke.
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Publié dans le Nord-Côtier, 14 décembre 2011.

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