C’est où ça, Sept-Îles?!

Ma sœur est une personne cultivée, au-dessus de la moyenne. Elle possède une collection de films à faire rougir tous les cinéphiles. Elle lit beaucoup, des dizaines de romans chaque année. Elle lit aussi les journaux et écoute les bulletins de nouvelles. Elle découvre une partie de la planète chaque année, tantôt l’Amérique centrale, tantôt l’Europe. Pourtant, lorsque j’ai déménagé dans la région, elle m’a posé cette question : on se rend comment à Sept-Îles?

La question de ma sœur aînée n’est malheureusement pas anecdotique. On me la pose régulièrement depuis bientôt un an. «C’est où, Sept-Îles?» entends-je souvent de ma famille et de mes amis de Québec. «C’est sur la Côte-Nord!» Mais même en mentionnant la deuxième plus grosse région du Québec, on ne les aide pas. Il faut préciser encore plus.

«Tu prends la route 138, la même que pour aller dans Charlevoix, pis tu roules dessus quelques heures.»

La plupart des gens savent que Sept-Îles existe, comme Natashquan et Baie-Comeau, mais peu peuvent les situer sur une carte. Notre côté Américain, peut-être. À moins que ce soit la distance physique qui influence cette distance psychologique, ce désintérêt… Pourtant, ils sont plus nombreux à pouvoir situer la Gaspésie, qui peut être aussi loin. Merci au Rocher Percé?

S’il y a un truc positif avec le Plan Nord, ce sera bien de faire connaître notre région au reste du Québec. Bon, peut-être qu’ils ne retiendront que les mines et qu’ils ne sauront toujours pas certaines des plus belles plages se trouvent chez nous, que la région compte certains des paysages les plus sauvages et intacts du pays, mais ils sauront au moins que ça existe et peut-être même c’est où!

Montréalisation
Une des raisons derrière cette méconnaissance, au-delà de l’occupation par les non-autochtones relativement récente, est que la région est absente des médias. Déjà, la plupart des régions sont rarement présentes à la télévision, la Côte-Nord compte parmi les moins citées et montrées. Si ce n’était de la météo, il pourrait se passer des semaines sans entendre ou voir une mention de la Côte-Nord ou d’une de ses villes.

Encore dernièrement, les nouvelles nous noient dans les problèmes de trafic de Montréal. Si avec un certain recul nous pouvons admettre que les problèmes du Pont Mercier et autres artères reliant les banlieues et Montréal touchent plus d’un Québécois sur trois, il en va autrement pour les problèmes reliés au Plateau Mont-Royal, qui a tout autant fait parlé de lui. La dernière trouvaille est la possibilité d’élever des poules dans le quartier Rosemont.

En moins de trois semaines, le premier ministre Jean Charest est venu sur la Côte-Nord présenter des investissements dépassant les trois milliards de dollars. À elle seule, l’annonce d’ArcelorMittal était le plus gros investissement privé des dernières années au Québec. Au bulletin national, la nouvelle a été reléguée en deuxième moitié, après avoir parlé, entre autres, d’une rumeur de déménagement d’une équipe de hockey. Une rumeur! Sur le site de Cyberpresse, la nouvelle est à peine sortie de la section Affaires.

Pourtant, si une entreprise annonçait la création d’autant d’emplois à Montréal, disons Molson, c’est avec ça que le bulletin aurait ouvert. Ça aurait fait la une des quotidiens. Doit-on en conclure que deux milliards de dollars d’investissements, c’est gros, mais ça dépend où ils le sont?

Pas tout à fait oublié
Soyons bons joueurs, on en parle de temps en temps, dans les médias nationaux. Lorsqu’un avion s’écrase sur la Côte-Nord ou lorsqu’une noyade se produit près de nos côtes, par exemple. Mais ce genre de nouvelle n’est pas nord-côtière. Que ça ait lieu à Maniwaki ou Shawinigan est bien secondaire, un détail. C’est le décès, la nouvelle. On parle de nous aussi lorsque Hydro-Québec ou la FTQ sème la controverse dans la région, comme sur le chantier de La Romaine ou avec le présumé pétrole d’Anticosti. Bref, quand ça va mal.

Si tu n’en parles pas
Honnêtement, je comprends la montréalisation des médias. En incluant ses banlieues, près de la moitié de la population demeure dans la grande région de Montréal, c’est normal qu’on entende plus parler d’eux que de nous. Au même titre que les nouvelles en Colombie-Britannique doivent vivre une «vancouverisation». Ceci n’excuse cependant pas le manque d’ouverture. Ce n’est pas parce que ça se déroule en région que l’impact n’est que régional. Ce n’est pas parce que c’est à Montréal que c’est national.

Dans Elvis Gratton III, qui a été diffusé le lendemain de la St-Jean, un patron de télévision explique au célèbre personnage que ce dont on ne parle pas n’existe pas. Il ne faut donc ps s’étonner que ma sœur ne sache pas c’est où Sept-Îles, on ne lui en parle jamais, même lorsque la plus grosse nouvelle de la journée s’y déroule.


Publiée dans le Nord-Côtier, 6 juillet 2011

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