Ça manque de Kurt Cobain

Je n’avais que 9 ans lorsque Nevermind de Nirvana est sorti, il y a 20 ans maintenant. Il est aujourd’hui une icône, mais l’album n’a pas été un succès immédiat. Il faut dire que dans la même période, les U2, Garth Brooks, Mariah Carey et Guns’N Roses sortaient aussi des albums. N’empêche, les sombres paroles de Kurt Cobain balancées sur des mélodies pop elles-mêmes propulsées par un solide rock grincheux ont réussi à se hisser au sommet des ventes quelques mois en plus tard, en janvier 1992.

Encore aujourd’hui, l’album du trio de Seattle sonne étonnement actuel, ce qui est rare pour les albums de cette époque, en bonne partie parce que la technologie montre ses faiblesses d’antant. Il y a toujours un son qui trahit cette époque qui passait de l’analogique au numérique. Mais Nevermind peut sans problème jouer entre deux pièces produites en 2011.

Je n’avais que 9 ans, mais déjà, j’aimais ça. J’aimais le gros rock, sale et gras, la voix enrouée de Kurt, la très rythmée batterie de Dave Grohl, j’aimais l’énergie et l’attitude qui se dégageaient de ce disque. La pochette avait elle-même ce quelque chose d’irrévérencieux que je devais déjà aimer, inconsciemment. Parce que si j’aimais déjà la musique, ce n’est quelques années plus tard que j’ai compris ce qu’il chantait, le message qui était véhiculé. Et là, je passais d’amateur à grand amoureux. Nirvana ne m’a jamais quitté.

Si je suis un grand cynique, je n’ai jamais été nihiliste, je n’ai jamais vu la vie en noire. Certes, j’ai eu mes moments de déprime, comme tout le monde, mais jamais au point de trouver que la vie était de la merde. Je sais toujours que mes déprimes sont un moment à vivre, un nuage gris qui finit par passer. Bref, je ne partage pas les sombres visions de Kurt Cobain.

Néanmoins, il y a quand même quelque chose qui me rejoint dans ses textes. Ses critiques sociales, son rejet de la société. Étant un anticonformiste depuis toujours, j’ai toujours une sympathie envers ceux qui envoient promener l’ordre établi. J’aime les moutons noirs, même lorsqu’ils ont tort.

Si Kurt Cobain était là aujourd’hui, probablement qu’il pointerait du doigt les émissions comme Occupation Double. Il pourrait leur sortir le refrain de Smell Like Teen Spirit, «With the lights out it’s less dangerous / Here we are now, entertain us / I feel stupid and contagious / Here we are now, entertain us».

Pour un Nirvana 2
Je vais être honnête avec vous, je rêve qu’un band comme Nirvana débarque et casse la baraque. Je crois que la société est cyclique. Le conformisme et le capitalisme à l’excès a mené aux hippies, puis un retour à la commercialisation de tout et d’un conformisme populaire a créé les punks et ainsi de suite. Lorsque le groupe de Seattle est arrivé, ça a tué les gros groupes de glam rock et de heavy metal qui étaient davantage un spectacle de cheveux «pimpés» au spray net. Il y avait très peu d’art, beaucoup de commerce.

Nirvana a été le cri d’une génération, la X, qui n’en pouvait plus de la récession, du n’importe quoi de la musique populaire et des excès de consommation (je parle d’achats, pas de drogues, même si c’était bien là). Le cri d’une génération qui se voyait foncer dans un mur, et qui avait soif d’authenticité.

Voilà pourquoi je rêve d’un nouveau Nirvana. Musicalement, la musique populaire vit un sacré creux. En fait, depuis quelques années, je me sens dans les années 80. Mentionnons simplement Ke$ha, Nickelback et modulateur de voix (autotune). Peut-on avoir meilleur signe que ça va mal? Et on grattera le fond du baril jusqu’à ce qu’un groupe comme Nirvana rassemble tous ceux qui ne sont plus capables de ces productions jetables.

Je le souhaite pour la musique, mais pas seulement pour elle, pour la société aussi. Je rêve d’un artiste qui ponde du gros hip hop sale ou un rock bien gras, mais salement accrocheur et qui, en même temps, tire sur la société. Un artiste qui nous traite de cons à se parader sur Facebook, qui nous pointe du doigt lorsqu’on participe à Call TV, qui fait des gros yeux à Jean Charest qui refuse de tenir une commission d’enquête, qui pète un iPad 2 un spectacle sur deux ou qui rit de tous les clips avec des pitounes.

On a plusieurs artistes qui font en partie tout ça. Les Vulgaires Machins sont probablement ceux qui tirent le mieux sur notre société actuelle. Misteur Valaire redéfinit la manière de se vendre dans l’industrie musicale. Hugo Latulipe dénonce avec ses documentaires. Jack Layton a parlé d’espoir et d’égalité plutôt que de planter ses adversaires.

Kurt Cobain ne faisait pas tout ça, mais par son attitude, par son antihéroïsme, par ses cris du coeur, par son refus de se conformer, il représentait tous ceux qui, chacun de leur côté, militaient pour un aller plus loin, pour faire les choses différemment. Il était la catharsis d’une génération. Les meilleurs leaders sont souvent ceux qui le deviennent malgré eux.

D’ici là, divertissons-nous. Justement, il y a des hystériques à Price is Right ce soir, ça tombe bien.
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Publié dans le Nord-Côtier, 28 septembre 2011.

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