La littérature dessinée

Cette semaine, on va prendre ça plus mollo. J’ai envie de parler d’un domaine qui me passionne depuis mon enfance, un art dont je suis passé à deux doigts d’épouser complètement avec des études: la bande dessinée.

Je trouve que la bande dessinée est malheureusement sous-estimée en général. Regardée de haut. C’est moins le cas aujourd’hui, en bonne partie parce que la bande dessinée s’est métamorphosée depuis les années 90, mais aussi parce qu’il se fait de fichus bons trucs au Québec. Le succès de la série Paul, de Michel Rabagliati, a ouvert les portes à plusieurs bédéistes. Le travail acharné de passionnés comme Jimmy Beaulieu ont aussi ouvert des portes.

Ces dernières années, Hollywood a adapté de nombreuses BD au grand écran. En France aussi, avec les Astérix et les Lucky Luke. Tintin, tout récemment (via Hollywood). Oui, il y a beaucoup de super héros en collant, mais d’autres s’éloignent de ce genre, comme Constantine (avec Keanu Reeves), From Hell (avec Johnny Depp), V for Vendetta (avec Nathalie Portman), par exemple, qui étaient tous trois des bédés avant d’être des films.

Toujours difficile de catégoriser l’art. En anglais, il y a deux termes qui désignent principalement la bande dessinée, le comic book, avec les super héros, et le graphic novel, que l’on a traduit en français en roman graphique. Au Québec, on fait peu de comics, un peu de roman graphique, un peu de bandes dessinées européennes, mais beaucoup d’autofictions, que l’on pourrait mettre dans les romans graphiques, même s’ils sont parfois courts et plus près d’une nouvelle littéraire.

Certaines bandes dessinées ont plusieurs centaines de pages, avec des dialogues dignes des plus grandes intrigues. From Hell, justement, est l’une des plus colossales que j’ai lues (572 pages), où les bédéistes, Alan Moore et Eddie Campbell, refont l’enquête sur Jack L’Éventreur. Un travail de moine, avec une recherche hallucinante. Un travail de plus de cinq ans!

Une série dont je suis en train de lire, Murena, nous transporte à l’époque de Néron, de son arrivée au trône à sa folie destructrice. En plus de toutes les intrigues politiques de l’époque, on est littéralement plongé dans un cours d’histoire sur cette époque de l’Empire Romaine. Il y a même une annexe à la fin de chaque tome pour nous expliquer certaines traditions, certains contextes ou certaines expressions.

Récemment, un documentaire sur les bédés-journalistes a été diffusé à Radio-Canada (il est peut-être encore sur tou.tv), où l’on présente différents auteurs qui font un travail similaire à celui d’un journaliste ou d’un documentariste, afin de créer leur bande dessinée. L’un des plus connus, Joe Sacco, a ainsi écrit sur un massacre dans la Bande de Gaza (qui sera d’ailleurs adapté par Denis Villeneuve), un autre sur la Palestine. Certains sont édités directement dans les journaux, comme des reportages.

Je viens justement de terminer une bande dessinée prénommée Chroniques de Jérusalem, du Québécois Guy Delisle. Il fait partie de ceux que l’on qualifie de bédés-journaliste. Même s’il y a de la fiction, des raccourcis et que c’est le point de vue de l’auteur, il reste que cette bédé qui nous relate son année passée à Jérusalem est hyper intéressante et très instructive. On est plongé dans le quotidien de ce qui est l’un des coins du globe le plus convoité et le plus sacré pour des milliers de gens depuis des milliers d’années! Ma culture générale sur ce coin de la planète a fait un bond en avant avec cette lecture… et elle a été divertissante en même temps!

Durant les fêtes, j’ai également acheté une bande dessinée sur Nirvana. Celle-ci provient d’une série sur la musique, où l’on invite plusieurs bédéistes à réaliser un chapitre sur une des étapes d’une carrière. Il y a un tome sur Bob Marley, les Rolling Stones, les Beatles, etc. Et c’est très très bien fait. Autant visuellement que dans les informations transmises. Du 4 étoiles sur 5.

En fait, les possibilités de la bande dessinée ne sont pas moindres ou meilleures que celle de la littérature en général, c’est un peu ça, que je veux transmettre. Elle peut nous donner autant d’émotion qu’un roman, elle peut nous effrayer autant qu’un Stephen King (bon, moi je le trouve plate, mais vous comprenez ce que je veux dire), elle peut nous transporter dans un autre monde comme Tolkien, elle peut faire rire, pleurer, aimer, etc.

Et l’art narratif de la bédé, ainsi que son découpage graphique et visuel inspire grandement le cinéma, et pas seulement dans les adaptations. C’est qu’un crayon peut recréer des angles, une manière de voir une scène, que les caméras ne peuvent faire que depuis peu.

Il y a plusieurs bédéistes québécois qui sont récompensés un peu partout sur la planète (surtout que la bande dessinée est beaucoup mieux établie en Europe qu’ici). Je pense à Jimmy Beaulieu (dont son dernier, excellent, se déroule sur la Côte-Nord), mais aussi à Philippe Girard, Pascal Girard, Francis Desharnais, Leif Tande, Iris, Zviane, Pierre Bouchard, etc. Ici même, à Sept-Îles, il y a Ghyslain Duguay qui est publié aux 400 Coups, avec la série Lionel et Nooga, une bédé aux nombreux échos européens.

Bref, tout ça pour essayer de vous donner le goût d’essayer la bande dessinée. C’est un monde riche, enivrant, fantastique, amusant et hallucinant!
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Publié dans le Nord-Côtier, 7 mars 2012.

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