La fausse chicane

Il y a un discours qui m’énerve. Quand j’entends des gens confronter la culture et les sports, ça a le même effet sur moi que grafigner un tableau avec des ongles pour d’autres: ça m’agresse. Je n’en peux plus entendre des gens dire qu’investir en culture est automatiquement une dépense tandis que dans les sports, c’est un investissement.

Ce qui me dérange, ce n’est pas la divergence d’opinions, c’est la confrontation inutile entre les arts et les sports. Pour moi, l’un n’est pas le contraire de l’autre, aucun des deux ne devrait être privilégié par rapport à l’autre. Finançons les infrastructures sportives comme nous devons soutenir les institutions culturelles. Il me semble que c’est simple.

Certaines personnes parlent de «BS de luxe» en parlant des artistes. Et puis quoi encore? On voit déjà tout le problème lorsqu’on sait que pour une Céline Dion il y a 2000 chanteurs et chanteuses qui doivent être serveurs le jour pour pouvoir chanter quelques fois dans un bar la fin de semaine. Méchant luxe.

Mais c’est la même chose pour le sport aussi. Pour un Simon Gagné, il doit y avoir 2000 hockeyeurs dans des ligues de garage…

Il y a beaucoup plus de parallèles à faire entre le sport et la culture que les gens pensent. Certains trouvent que le poète, que le sculpteur ou que le musicien expérimental ne sert à rien. Et la personne qui fait du bobsleigh, elle «sert» à quoi, elle?

Toute cette zone culturelle qui expérimente et qui survit parfois grâce aux subventions est, selon moi, l’équivalent du sport amateur, de toutes ces disciplines que l’on regarde une fois aux quatre ans durant les Olympiques, qui, eux aussi, ne survivraient pas sans les trois paliers de gouvernement. Pour que le sport professionnel s’éclate, il faut un athlète qui repousse son sport plus loin. Pour que les Twilight défoncent les box-offices, il faut des Hapinness ou des Dogville.

Oh, j’entends déjà dire : «Oui, mais le sport, c’est bon pour la santé, pas les arts!» Et là je lance des éclairs!

Ne pas reconnaître l’importance des arts pour une société et pour sa propre santé, c’est à mes yeux de l’ignorance. Au même titre qu’il y a 50 ans, on ne pensait pas que fumer 20 cigarettes par jour nuisait à la santé. Si une pomme par jour éloigne le médecin, une chanson, une histoire ou un film par jour éloigne le psychologue. Il faut faire un minimum d’activité culturelle pour maintenir notre esprit en santé.

Et vous en consommez quotidiennement de la culture. Vous écoutez la radio, vous écoutez de la musique, vous regardez la télévision, vous lisez des magazines, c’est de la culture, ça! Le culturel ne se limite pas à la musique classique et aux musées! Tout comme le sport ne se limite pas qu’au biathlon et qu’au patinage artistique!

Imaginez-vous une semaine sans pouvoir écouter aucune émission de télévision, aucune chanson, n’entendre aucune histoire, voir aucune photo, aucune peinture, ne mettre ou ne voir aucun bijou, n’entendre aucune blague, feuilleter aucun scrapbook (bon, ça c’est moins pire). Vous seriez sincèrement de bonne humeur après ces sept jours très gris?

L’autre jour, lors d’une conférence de presse, le président de la Commission scolaire du Fer, Rodrigue Vigneault, a cité un politicien français. Je me permets de la lui prendre. «La culture est un antidote à la violence, car elle nous invite à la compréhension d’autrui et féconde la tolérance, en nous incitant à partir à la rencontre d’autres imaginaires et d’autres cultures.»

Parce que la culture, ce n’est pas du divertissement, c’est aussi de l’apprentissage, parfois très subtilement. Je suis persuadé que de nombreux films, romans et chansons ont autant aidé à mettre fin au racisme, au sexisme, à l’homophobie que les manifestations et les discours politiques.

Comme le sport. Oui, le sport c’est un plaisir avant tout. Un plaisir de jouer en équipe, de libérer de l’énergie, de bouger. Mais c’est également une manière de travailler sur sa discipline, le dépassement de soi, et ainsi de suite. Les répercussions vont au-delà du plaisir.

Cessons d’opposer les sports et la culture. Les deux méritent autant d’attention et de reconnaissance, qu’il soit élitiste, populaire, obscur, amateur ou professionnel. Le nouveau Colisée mérite autant de sous que la nouvelle salle de l’OSM… L’un ne justifie ou ne discrédite pas l’autre.
Redevenons des amis.
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Publié dans le Nord-Côtier, 28 mars 2012.

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