Intimidation et affranchissement

Je ne risque pas de vous tirer des larmes avec cette chronique. Je ne parlerai pas particulièrement du tristement célèbre cas de Sainte-Anne-des-Monts. Je ne vous raconterai pas non plus avec moult détails l’année durant mon secondaire où j’ai été la cible de deux ou trois cons. En fait, pour être honnête, je m’étais promis de ne pas parler d’intimidation pour cette chronique. De ne pas embarquer dans le cirque.

Ce n’est pas que l’intimidation n’est pas un sujet important. Comme me le disait Biz l’autre jour en entrevue, il se passe parfois dans nos écoles des situations inacceptables, qui dépassent la raillerie et la moquerie. Sauf que je ne vois pas ce qu’un énième témoignage sur sa jeunesse apporterait. On a compris le message : c’est fréquent!

J’ajouterais qu’il y a un truc qui me dérange dans ce tsunami de témoignages, au-delà que ça devient répétitif, ça dérape facilement. Trop varlopent gratuitement ceux qui les torturaient. À mes yeux, les bourreaux font aussi pité que les victimes. C’est évident qu’un tel comportement est une réponse à une souffrance ou à un vide. Faut pas leur souhaiter du mal, faut leur souhaiter de s’en sortir, à eux aussi. S’apitoyer ne règle jamais rien.

C’est en lisant une chronique de mon ami Simon Jodoin, patron du Voir, qui a, à mes yeux, lancé le premier message cohérent dans toute cette tempête émotionnelle. Notre société ne nous apprend pas à vivre en mouton noir. Ce qui est une erreur.

L’intimidation, ce n’est pas juste au primaire ou au secondaire. C’est aussi au cégep et à l’université, au travail, dans la famille, au gym, au restaurant, au centre d’achats. C’est partout. Jeunes et moins jeunes, adolescents et adultes. Ce ne sera pas décliné de la même manière, mais c’est bien là. L’intimidation n’est pas qu’une affaire de jeunes.

Au lieu de se demander pourquoi les jeunes seraient tout d’un coup si violents – personnellement, je ne les crois pas pires que ma génération ou de celle des baby-boomers – demandons-nous pourquoi notre société est violente. Les jeunes ne font que reproduire ce que la société leur montre : des guerres, des moqueries, des insultes, des préjugés, du racisme, du sexisme, de l’homophobie, etc. Pointer du doigt est un sport mondial. Bitcher dans le dos est un passe-temps international, toutes classes sociales confondues.

Le problème, ce n’est pas l’école, c’est nous. Ça ne sert à rien de mettre des programmes supplémentaires dans les écoles. Je ne dis pas qu’on doit laisser faire les bourreaux sans agir. Sauf qu’il y en aura toujours, même avec 1000 programmes. Ce qu’il faut surtout faire, c’est donner les outils aux jeunes pour se frayer un chemin dans cette société qui, toute leur vie, passera son temps à se moquer d’eux.

Les outils pour s’affranchir, c’est premièrement la connaissance, puis les passions. Le savoir est la clé de tout et les passions permettent de s’émanciper, de s’épanouir et de s’accomplir. En nourrissant sa culture générale et en s’accomplissant, c’est la confiance en soi qui grandit. Et la confiance en soi, c’est simple, dans le fond, c’est de se connaître. C’est connaître ses forces et ses faiblesses. C’est reconnaître nos comportements, les bons comme les mauvais. C’est d’être honnête envers soi-même.

Et ensuite, c’est de montrer que ne pas être comme les autres, bien… ce n’est pas grave. Le ministère de l’Éducation pourrait même nous sortir un truc que seuls eux peuvent sortir, du genre « Être différent, c’est cool! » Et qu’être comme tout le monde, bien, ça aussi, c’est cool.

En fait, nous sommes à la fois tous très différents et tellement pareils. Je donne souvent en exemple qu’à m’y mettre, je me trouverais autant de points en commun avec Hitler qu’avec Gandhi. Des points en commun, c’est tout, c’est rien. On ne retient toujours que ceux qui font notre affaire, au bout du compte.

Bref, il faut apprendre au jeune à s’affranchir. À être. Tout ça ensemble, ça crée un forme d’imperméabilité aux moqueries et ouvre même la porte à l’autodérision – une des plus belles choses au monde. Réaliser que se faire traiter de pétasse, c’est vraiment n’importe quoi, admettre que oui, on l’est un peu, nerd.

Dans le fond, c’est d’encourager nos jeunes à vivre avec leur différence, qu’elle soit réelle ou non. Et ça, ç ava leur servir toute leur vie. Parce qu’il y aura toujours des cons qui vont les pointer du doigt jusqu’à leur mort, qu’importe ce qu’ils disent ou ce qu’ils font. Aussi bien qu’ils apprennent à vivre avec le plus tôt possible.

Puis… On est tous le con de quelqu’un.
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Publié dans le Nord-Côtier, 7 décembre 2011.

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