Chronique d’un patient

Le cadran sonne, il est 9h30, nous sommes le 30 décembre. Je suis chez mon père, profitant de quelques jours de congé dans la ville où j’ai grandi, Québec. Dans une heure, je dois partir vers Montréal pour aller voir des amis. Sauf que mon cerveau refuse de se réveiller, mes muscles sont mous et sans force, même après avoir pris une douche. Puis je me rends compte de ce qui cloche: une grosse fièvre. On annule tout et on ronfle toute la journée. C’est comme ça que mon année 2011 s’est terminée.

En fait, elle n’a pas tout à fait fini comme ça. Le lendemain, me sentant un peu mieux, je décide de prendre la route pour revenir à Sept-Îles. Petit déjeuner avec ma mère qui est descendue du Bas-Saint-Laurent, ma soeur et ma nièce, qui demeurent toujours dans ma ville natale, elles, mais l’appétit n’y est pas. La fièvre est tombée, mais je me sens tout aussi mou, et une petite douleur est apparue dans le bas de la jambe. Qu’importe, je prends la route quand même.

Un peu avant Baie-Trinité, à six kilomètres du charmant village, mon pneu avant gauche éclate. Une crevaison, un 31 décembre, à Baie-Trinité, youppi! C’est donc dans une chambre d’hôtel, avec un retour de fièvre, que j’ai accueilli 2012. Mais pour être sûr que je comprenne bien que l’année va mal commencer, ma petite douleur banale à la jambe est finalement une infection qui s’est répandue de la cheville à la cuisse. Direction l’urgence et au moment où vous lirez ces lignes, je serai encore suivi par l’hôpital pour soigner tout ça.

J’ai déjà vu de meilleurs débuts d’année. Si au moins Gomez pouvait en compter un!

Malgré moi je suis devenu un intime de l’urgence et du Bloc B, ce lieu où une petite armée d’infirmières donne des traitements quotidiens, comme des changements de pansements, remplir les corps d’antibiotiques, des trucs du genre. Quand c’est rendu que même la personne à l’accueil sait que tu viens pour un suivi de ta jambe et pour des antibiotiques, c’est signe que tu viens souvent.

Il y a deux mois, je parlais du manque de points de service de santé pour la population. De la stupidité de devoir aller à l’urgence pour des trucs qui ne sont pas urgents et qui devraient bien plus être à la charge d’un CLSC ou d’une polyclinique, d’un médecin de famille dans l’idéal. C’est un problème de Sept-Îles et de plusieurs autres communautés au Québec.

Et à l’urgence, on le fait tous un peu hypocritement. On regarde autour de nous et on tente de voir qui est plus magané que nous et qui l’est moins. Ça nous permet de voir si on sera appelé rapidement – façon de parler – ou non. On se dit que la madame dans le coin ne semble pas souffrir, que l’autre monsieur parle beaucoup trop pour être en danger de mort et que l’autre semble là depuis une éternité. Certains vont parler, marcher, manger, jouer sur leur téléphone, au point que tout le monde se demande ce qu’ils foutent là. «Je souffre tellement plus que vous» qu’on se dit. Mais il y a aussi la personne âgée qui semble souffrir atrocement. «Bon, ok, elle peut passer avant moi, elle!»

J’ai eu la chance, comme j’expliquais plus haut, de passer plusieurs heures à l’urgence et au secteur B. Une fois de l’autre côté des portes, c’est un autre monde. On ne se pose plus la question, tous ceux qui sont là, en observation, sur les lits, souffrent. Ça se voit, ça s’entend.

Une fois qu’on retrouve un peu plus ses esprits, parce que les médicaments font effet (alléluia!), on voit surtout toutes ces abeilles qui travaillent comme des folles dans cette ruche qui ne dort jamais. C’est hallucinant ce travail, quand même. Tous ces infirmières et infirmiers qui sont aux petits soins envers tous ces patients – et même envers les impatients. Les ambulances qui rentrent. Le médecin qui aligne les patients l’un après l’autre (donc, oui, il travaille, on n’attend donc pas parce qu’il prend sont temps).

Et là, je ne voyais que l’urgence. Ce même scénario se répète dans une certaine mesure dans les autres départements, sur les autres étages. Avec peut-être moins de chaos, mais qui ne demande pas moins d’abeilles et qui ne grouille pas moins. Presque le vertige en imaginant la gestion de tout ça, de tout le CSSS. La structure peut bien être lourde…

On chiale souvent contre le système de santé. Et parfois avec raison. Mais voilà, il ne faut pas oublier que c’est bien la structure qui fait défaut, la plupart du temps, et non ses artisans. Les médecins, les infirmières, les infirmières auxiliaires et tous les autres employés dont je ne sais le titre exact font dans la grande majorité un travail de qualité. On y sent même un peu un dévouement. Du moins, on se dit qu’il doit y en avoir pour faire tout ça.

De toutes mes heures passées au centre de santé, je n’ai rencontré aucune infirmière (et infirmier) bête, désagréable, plaignarde, et, le plus important, qui semblait se foutre de moi, de me traiter comme un numéro. C’était au contraire chaleureux, attentionné et avec le sourire. C’est pourtant la guerre mondiale autour d’eux, bien souvent.

Je profite bien égoïstement de cette tribune pour rendre hommage et remercier tout ce personnel qui a rendu, étonnement, agréable mes très nombreuses visites à l’urgence et au Bloc B. Vous faites un travail de dingue, vous avez toute mon admiration.
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Publié dans le Nord-Côtier, 1er février 2012.

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