Avant que le petit Adolf ne devienne méchant

Je viens de terminer la lecture de La jeunesse mélancolique et très désabusé d’Adolf Hitler, un roman de Michel Folco publié en 2010. Bien que ce ne soit pas son meilleur livre, il y a quand même un intérêt à lire sur l’enfance du Führer, tout en ayant parfois un sentiment étrange, comme si notre cerveau avait peur de s’attacher au personnage principal.

C’est un roman, alors il faut en prendre et en laisser. Personne ne peut dire si Adolf a vraiment eu ces conversations avec sa mère et son père ou avec ses amis. Et si l’auteur prétend que son grand-père paternel était un riche docteur italien, c’est pour mieux relier celui-ci avec ses quatre romans précédents, dont ce cinquième est en quelque sorte la suite (mais qui se lit très bien sans avoir lu les autres). Parce que nul ne sait qui était son grand-père paternel, puisque son père était de père inconnu.

Michel Folco est toutefois un maniaque des détails et on sait qu’il a fait des recherches approfondies pour cerner le plus possible l’enfance d’Adolf Hitler. Il aura romancé les flous, rempli les trous, créé des liens entre les événements et imaginé les motivations, bref, il aura dressé le portrait d’un gamin qui passera d’enfant gâté et paresseux à un homme têtu, colérique et ambitieux.

Ce n’est pas une épiphanie, mais il demeure que ce livre donne une bonne leçon sur la nature humaine. Qui aurait pu prédire que ce jeune homme gâté pourri qui a une fascination sur les « Peaux rouges » allait un jour être l’instigateur d’une des pires atrocités du 20e siècle? Personne! Il n’avait même aucune animosité envers les Juifs avant la Première Guerre.

Cette histoire nous montre que même le pire des monstres est quand même un humain. J’entends par là, juste un humain, avec des souffrances, des rêves, des passions, des amis, etc. Même le pire dictateur peut se révéler doux dans certains circonstances. Tout n’est pas que noir ou blanc, l’humain est beaucoup trop complexe et surtout trop rempli de paradoxe pour ça.

À l’inverse, même la plus gentille personne du monde a ses travers. Si Isabelle Gaston avait pu deviner que son ex-mari finirait par réagir ainsi, le drame ne serait pas arrivé. Elle devait pourtant bien le connaître…

On ne sait jamais. Je ne prône pas la méfiance envers tout le monde, ce n’est pas ça que je veux passer comme message, au contraire. Je dis simplement qu’il y a des choses qu’on ne peut comprendre. Qu’il ne sert surtout à rien de comprendre.

Michel Folco n’essaie pas de rendre Hitler sympathique, ni de nous faire comprendre pourquoi il est devenu ce qu’il a été, je crois qu’au contraire qu’il voulait explorer ce paradoxe humain. On aura beau regarder le contexte social, politique, économique, l’ascension du Führer, aucune rationalité ne peut expliquer un génocide, une telle soif de pouvoir.

Puis on en revient à un éternel débat. Rousseau dit que l’homme est naturellement bon, Hobbes affirme que l’homme est un loup pour l’homme. Un sujet qui est relancé chez les philosophes avec la génétique. Avoir le gène de la colère fait-il d’une personne nécessairement colérique? La vie est-elle déterminée ou a-t-on le libre arbitre? Et voilà que se pointent Kant et Thomas d’Aquin!

Tout ça pour dire qu’on ne sait jamais comment une personne va évoluer. On aura beau avoir tous les gènes du monde, il y a tellement de variables dans une vie qu’on ne pourra jamais prédire avec justesse ce que deviendra un gamin. L’exemple de Hitler tel que raconté par Folco nous monte aussi qu’il y a des limites à la responsabilités des parents. Il vient un âge où l’enfant trace son propre chemin et fait ses propres choix. Et c’est là, probablement, un des plus bonheurs d’être parent, c’est de voir ce bébé grandir et nous surprendre, nous épater, nous émouvoir.
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Publié dans le Nord-Côtier, 15 février 2012.

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