Rétrocapillaire

Lors de la dernière soirée du Collectif RAMEN, le 14 octobre 2017, j’ai été invité comme auteur. Comprendre que ce n’était pas moi qui m’invitais dans le micro ouvert, mais bien elles qui ont trouvé que j’avais une assez belle plume pour être un invité officiel. Ça été un honneur et je les remercie pour leur confiance. Beaucoup.

Voici, d’ailleurs, comment je me suis présenté, lors de cette soirée: «Bien qu’il soit payé pour écrire depuis bientôt quinze ans, qu’il ait deux livres en chantier et qu’il vient lire à tous les micros ouverts du Collectif RAMEN depuis l’hiver dernier, Mickaël Bergeron ne se considère toujours pas comme un auteur. Le journalisme, ce n’est pas vraiment de la littérature. Ses livres ne sont pas terminés et encore moins publiés. Un micro ouvert, c’est ouvert à tout le monde, même les gens poches (ce qui est très rarement le cas à RAMEN, insiste-t-il). Il est toutefois conscient de sa timidité, ceci expliquant peut-être cela. Il remercie déjà les nouilles de le confronter dans son rapport avec cette étiquette, même si les étiquettes l’énervent plus souvent qu’autrement

La thématique était «Rétrofuturiste & stuff». N’étant pas inspiré par le steampunk, j’ai plutôt tenté de jeter un regard actuel sur mes rêves d’enfance. Voici donc Rétrocapillaire.


(moi en poète rétrofuturiste)

RÉTROCAPILLAIRE

Je ne suis pas du genre à m’ennuyer
Des gens je veux dire
Je m’ennuie des fois chez moi

Je ne suis pas du genre nostalgique
Je ne rêve pas au passé
Je ne fantasme pas plus sur le futur

Malgré tout
Mes cheveux gris
À quelques semaines d’être inéligible à Première Ovation
Et ces adolescents dont je pourrais être le père
Me rappellent que je ne suis plus
la jeunesse

Et il y a donc des rêves
qui sont maintenant
très bien installés
dans le pays des fantasmes
Avec l’indépendance du Québec
les licornes
et l’autorégulation des marchés

Avant que le poil ne me pousse dans le visage
J’aurais voulu être camionneur.
Parle-moi pas de moteur
Ça ne m’intéresse pas

Ce ne sont pas les camions qui me font triper en soi
Ni les chars

Une Lamborghini, ça me turn off
Que veux-tu faire avec une Lamborghini?

J’aurais juste peur de pogner un nid de poule
De devoir monter une chaine de trottoir
Ou encore d’avoir à embarquer autre chose qu’un sac à main

Parce que franchement, s’acheter une Lamborghini
Ça peut juste être pour flasher
Montrer son pénis à des inconnus
Montrer sa Lamborghini à des inconnus
Même besoin étrange

Donc, pas de voiture sport de luxe
Mais plutôt un bon gros Econoline des années 80.
Un peu comme celui de Mister T
Mais sans aileron en arrière
Un aileron sur un Econoline
C’est comme agrandir une autoroute
Ça donne pas grand-chose

J’aurais aimé être camionneur
Parce que j’aime conduire
J’aime faire de la route

Rouler sur une route
C’est un peu comme caresser le paysage
Embrasser le territoire
Lover le plancher des vaches
Se frotter au terroir

Comme mes doigts qui caressent ta peau
Comme ma voix qui caresse ton âme
Je caresse le monde en roulant

Tu m’as déjà demandé comment je pouvais te trouver aussi belle dans le noir
Parce que je te regarde comme jamais
avec mes mains, avec mes doigts, avec mon nez

J’explore ce que les yeux ne peuvent voir
J’apprivoise tes reliefs, tes cicatrices, tes douceurs
Je m’imprime le moindre détail de ton corps
Toucher pour mieux te connaître
Toucher pour mieux t’aimer

Rouler sur les grands chemins
Explorer ce que les cartes ne disent pas
Apprivoiser les rivières, les montagnes, les champs
Faire la cuillère avec le territoire

Qu’il y ait un lever de soleil
Un temps gris ou sous un soleil tapant
Qu’importe la météo
Que tu sois dépeignée
Soignée pour une soirée ou démaquillée
Qu’importe le contexte
La beauté ne fait que se dévoiler autrement
Permettant de redécouvrir
ce qu’on pensait connaître par cœur
Et je ne me tanne jamais
de ta beauté

Lorsque je ne conduis pas
J’ai l’impression d’être le spectateur d’une orgie
D’être le troisième gars d’un trip à trois
Mais qui ne peut pas toucher
Qui peut juste regarder

Sauf que je n’ai jamais été un voyeur
Je suis un amoureux

Même avec le territoire
Faire l’amour
Demeure un acte intime

Avant que je ne laisse pousser ma barbe
J’aurais aimé être un tribun
Maitriser l’art de la parole
Pour galvaniser les foules
Pour inspirer les gens
Pour créer des mouvements
Pour changer le monde

J’aurais aimé faire comme Pierre Bourgault
Avoir cette fougue et cette passion
Une présence forte et intelligente

J’aurais aimé raconter comme Serge Bouchard
Avoir cette mémoire insondable et cette poésie immédiate
Un charisme allumé et réconfortant

J’aurais aimé dessiner comme Hermann
Avoir cette sensibilité et cette précision
Une lumière dans le chaos le plus sombre

J’aurais aimé écrire comme Camus
Avoir cette révolte et cette intelligence
Une remise en question nécessaire

J’aurais aimé brasser la cage comme Arseniq33
Avoir cette indignation et cette énergie
Crier au monde qu’ils ne sont pas heureux

Avant que je ne m’achète mon premier rasoir
Qui, soit dit en passant, n’a pas servi longtemps
Mes modèles étaient Socrate, le Grand Schtroumph
Panoramix et le barbu dans Il était une fois l’homme
Ceci explique sûrement pourquoi
je suis aussi sexy aujourd’hui

J’ai toujours été attiré par la sagesse
J’aurais aimé étudier en philosophie
Je voulais passer mon temps à comprendre le monde
Être lumineux comme un phare dans le brouillard
Être prêt à pouvoir aider les gens lorsqu’ils en auraient besoin

J’aurais voulu être ce vieux Mathusalem
Ce vieux fou vivant seul dans une cabane isolée
Dont mille rumeurs défont et refont sa vie
Mais qu’on vient voir quand on cherche conseil

Avant l’apparition de la moustache molle
Je pense que je rêvais déjà d’amour,
mais aussi de complicité
De trouver une personne qui m’aimerait
Qui me comprendrait et m’encouragerait
Sans que j’aie à jouer un jeu

Tout ce que je viens de nommer
Ce sont des rêves lucides
Des rêves réalistes

Une fausse bonne idée
Une réponse biaisée
D’un p’tit gars qui avait peur
d’une vie solitaire
Qui voulait quand même une vie riche

Au lieu d’attendre l’amour
et d’être là pour une seule personne
être là pour tout le monde

Au lieu de changer une vie
Essayer de changer le monde

Au lieu de t’embrasser
Prendre tout l’univers dans ses bras

Une manière de toucher, d’émouvoir,
d’attendrir et de donner espoir
De toucher à l’intimité
Même seul

Comme si partager la beauté du monde
pouvait camoufler ma laideur

Si, comme dans un film, je pouvais voyager dans le temps
Que mon moi du futur pouvais parler au moi du secondaire
Je lui dirais juste ça :
«Tu peux croire en l’amour.
Tu as le droit.»

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