Comme une bière flatte

Je comprends que tu n’aies pas envie de moi.

Moi, je peux fantasmer sur tes seins, sur ton ventre, sur tes cuisses, sur tes fesses, sur ta bouche, sur ton cou. Et je pourrais continuer sur le charme de tes yeux, de tes mains, ton odeur, tes cheveux, la douceur de ta peau, et plus encore.

Toi, comment pourrais-tu fantasmer sur mon ventre, sur mes cuisses, sur mes fesses? Mon corps n’est pas seulement laid parce que je suis obèse morbide, il est laid, simplement.

Je trouve qu’il y a plusieurs personnes avec un surplus de poids qui sont magnifiques. Leur poids n’a pas déformé leur ventre, il est juste rond et ça le rend mignon. Les fesses ont encore l’air d’être des fesses. Les cuisses sont généreuses, mais pas difformes.

Mon corps n’est pas juste gros, il est en piteux état. On ne peut pas fantasmer sur mon corps.

J’imagine que mon regard peut être attendrissant. J’imagine que mes mains peuvent être chaleureuses et enveloppantes. J’imagine que je peux être confortable. Mais qui fantasme sur ça?

C’est normal que tu ne te lances pas dans mes bras.. C’est normal que tu hésites et que tu te questionnes. Que puis-je offrir à part du réconfort? Peut-on vraiment se contenter de réconfort?

Mon corps repousse plutôt que créer le désir. Mon corps interrompt tout élan que pourrait susciter ma personnalité. Il donne des envies de détours. Il est la trappe de sable dans lequel l’amour atterrit après être parti du tee. Il est le coup de vent qui scrape ton imperméable. Il est les nids poule qui te font oublier le paysage. Il est l’absence de bulles dans ta bière.

Mon corps me rend fade.

Et même si tu essayais, probablement que comme les autres tu te lasserais. Ton désir finirait par baisser les bras, épuisé de s’accrocher à si peu. Comme un mirage dans un désert, le fantasme n’a jamais existé.

Il y a bien des limites à la grandeur d’âme. L’amour ne rend pas si aveugle. L’extérieur compte quand même, même si tu pensais sincèrement le contraire.

Je te comprends de ne pas fantasmer sur moi. Et moi, je ne suis pas magicien. Je ne peux pas le camoufler. Je n’ai pas envie de le cacher. Je suis pris avec.

Pendant que je rêve à toi, tu rêves sans aucun doute à quelqu’un d’autre.

Je te comprends.

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