L’amour en silo

J’étais à un spectacle d’un de mes auteurs-compositeurs-interprètes préférés, l’un de ceux dont les paroles me ressemblent, me touchent, et que la musique me fait planer, me pogne dans les tripes.

À une de ses chansons d’amour, j’ai craqué, j’ai pleuré. Un ressac de ma peine d’amour d’il y a un an. Je quitte les lieux, pour reprendre mes émotions. Pendant que j’absorbe mes émotions, mon impression d’être seul, de refouler mon manque d’amour, une demoiselle qui passait dans le coin s’arrête et me salue.

«Tu ne me connais pas, mais moi je te connais. J’aime beaucoup ce que tu écris. Ta dernière chronique dans le Voir était vraiment bonne. Merci!»

Je manque toujours de mots devant les compliments, mais là, j’étais particulièrement bouche bée.

Cette scène représente bien la dichotomie de ma vie affective.

D’un côté, une seule personne en 34 ans m’a dit m’aimer. Aimer amoureusement. Trente et un ans de vide total.

Ma vie amoureuse est un désastre, un canyon érodé par la solitude et une rivière sans courant, une rivière presque morte.

De l’autre côté, je reçois beaucoup d’amour du public. Pas au point de Gino Chouinard, mais quand même. C’est un truc étrange, être aimé par des inconnus. Mais c’est d’autant plus gratifiant que j’ai tendance à préférer travailler pour des médias indépendants et nichés. Je ne fais pas du grand public. Je me considère chanceux là-dessus. Privilégié, même. Que ce soit pour mes textes ou la radio, mes autres projets, je reçois habituellement des félicitations, des bravos. Il y a même des gens qui m’ont déjà dit que je les avais influencés ou inspirés. C’est dur avoir plus beau compliment que ça.

Cette dichotomie, cet amour binaire, me casse le cerveau. Ce n’est pas cohérent. Je ne suis visiblement pas un connard, sinon je ne recevrais pas autant d’amour professionnel. Vous me direz que certaines idoles étaient finalement des trous du cul. Peut-être que ça ne vaut rien.

En même temps, je ne suis pas une vedette. On me juge sur ma façon de voir les choses, sur la manière dont je présente les choses. Et non sur ma coupe de cheveux. L’appréciation ne se fait pas sur du vide. Mais bon, ça vaut ce que ça vaut. Pas tant.

Je passe mes journées à passer d’un désert aride à une belle forêt tranquille. Aussi verdoyante puisse être la forêt, elle ne nourrit pas le désert.

Je n’ai jamais fait ce métier pour avoir l’amour du public. Je ne veux pas être une vedette. Et tous ceux qui font une carrière publique pour avoir de l’amour finissent par se rendre compte que ça ne peut pas remplacer l’Amour.

La confiance du public est un baume, mais elle ne viendra jamais remplir le vide qu’elle couve.

Parfois, je me demande si je n’agis pas en gros ingrat. Je connais des gens qui n’ont même pas les quelques amis, ou une sorte d’amour provenant du public. Je croise plusieurs personnes qui semblent être vraiment seules. Plus que je le suis. Je comprends leur souffrance, mais de quoi je me plains?

Sauf que je ne me plains pas, je tente de ne pas virer dingue, simplement.
Je cherche ma place. Peut-être qu’une partie de moi a peur que ma place ne soit que professionnelle. Si tu m’offres le choix entre la carrière et la personne que j’aime, je choisis sans hésiter l’amour. Ce chemin, la carrière, ne m’intéresse pas, même si j’adore mon métier et que je suis privilégié de le faire.

Je me noie dans le trou noir de Cupidon.

J’essaie de comprendre la vie. Vive ma sensibilité! Vive mon authenticité! Vive mes idéaux! Mais de loin seulement?

Les compliments sur mes textes ou mes entrevues ne me prennent jamais dans mes bras. Ne me caressent jamais la barbe. Ne me sourient jamais. Et ne me regardent encore moins les yeux chargés d’amour.

À force de ne pas recevoir d’amour, je suis devenu très solitaire, ou plutôt autonome. Je n’attends plus l’amour. Peut-être suis-je devenu trop sauvage (ou autonome). Peut-être suis-je aussi simplement trop laid.

Accepter le vide, c’est difficile. Certains vont foncer sur n’importe qui pour en échapper. Moi, comme une tortue, je me replie sur moi-même… Je ne pense pas que les deux réflexes soient sains.

Sauf que c’est dur de ne pas paniquer dans le trou noir de Cupidon.

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