Pourquoi dire fuck?

Au moment d’écrire ma plus récente chronique dans le VOIR, je me demandais pourquoi cette question sur la mortalité de Fuck toute me revenait toujours en tête. Au point d’en parler ouvertement.

J’ai compris aujourd’hui, plus de trois semaines après l’avoir écrite. Mon opinion sur ma propre mort est revenue au même point qu’avant. Du moins, j’ai un pied dedans. C’est ça, la danse que je fais depuis des mois. Un rythme lent, subtil, comme les marées.

Au virage de mes 30 ans, dans une crise existentielle, j’ai compris que pour la première fois de ma vie, j’avais peur de mourir. Ou plutôt, j’avais peur de moi. C’est une chose de ne pas avoir peur de la mort, mais ça ne veut pas dire de marcher vers elle. Aussi lentement et insouciant soit-il.

Avec la trentaine, et après une crise existentielle importante, j’ai goûté pour la première fois à la douceur. Un contexte professionnel et amoureux ont donné une nouvelle couleur à ma vie. Je n’avais plus à ma battre, je n’étais plus en mode «survivre». Je me sentais aimé, vraiment, pour la première fois de ma vie.

Je n’ai jamais trouvé ma vie particulièrement dure, malgré tous ses défis. J’ai toujours accepté ses combats. Mais ma vie prenait racine pour la première fois. Je n’avais jamais eu ce sentiment.

Puis en un an, toutes ces racines ont été arrachées. Compressions d’un bord, rupture de l’autre. Depuis, je n’arrive pas à en replanter.

Ce n’est pas que je trouve ma vie merdique. Ce n’est pas que je suis malheureux. Ce n’est pas parce que je me déteste, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas que je n’aime pas mon emploi, au contraire. J’y réalise même une forme de fantasme médiatique à Québec (#RésistanceRadiophonique).

Ce n’est pas parce que je suis amer de ma situation. Triste, peut-être, parfois, mais aucune amertume.

Sans racines, la Faucheuse ne me stresse pas.

Je me sens chevaleresque et missionnaire. Mettre toute son énergie dans ses vertus et amen!

J’admire cette image du moine qui se coupe de toutes les futilités de la vie pour se concentrer sur l’essentiel, qui ne fait que semer du bon, qui ne fait que rendre service. J’admire l’abnégation.

Dans les tests, on demande souvent de choisir une vertu. Si l’abnégation était dans les choix, ce qui n’arrive jamais, je la choisirais, avant la justice, avant la franchise. À mes yeux, l’abnégation tend à l’honnêteté, tend à l’humilité, à la bonté.

N’ayant plus de racines me gardant au sol, je décroche et je m’accroche à l’impalpable.

Servir les autres sans s’oublier, sans se nuire, sans se perdre, c’est funambulesque.

Et je danse. La marée impose son rythme.