Magasiner l’amour

Il y a quelques jours, une amie tentait de me convaincre que je devrais essayer les sites de rencontre. C’était la deuxième à me dire ça cet hiver.

Pourtant, je ne me plains pas d’être célibataire. Je trouve régulièrement la solitude lourde, mais je n’ai jamais voulu être en couple juste pour être en couple. Je ne suis pas en mode «recherche», même si ça fait quelques mois que je suis redevenu célibataire. Bref, la suggestion sortait de nulle part.

Dans ma tête, ça fait un gros «boaf».

Je n’ai rien contre les sites de rencontre en soi. Je connais plusieurs personnes qui ont rencontré leur copain ou copine là. Des histoires sérieuses. Mariage, même, dans un cas. En fait, pour moi, rencontrer une personne via un site de rencontre n’est pas plus normal ou anormal que de rencontrer dans un bar. Ou à l’école. Ou sur un forum internet. Ou au travail. C’est un lieu comme un autre où le hasard peut bien faire les choses.

Sauf que je ne suis pas à l’aise avec la forme des sites de rencontre. Il manque de quoi.

Une photo, ça dit tout et ça ne dit rien. Bien que je considère que toutes les filles que j’ai aimées étaient très belles, je me demande: auraient-elles eu mon clic sur leur photo sur un site de rencontre?

Il y en a une que c’est sa moue de fille gênée qui m’a fait craquer. L’autre, c’était son regard. Une autre, sa façon de bouger. Une autre, sa manière de plisser les yeux en réfléchissant. Bref, des trucs qui ressortent difficilement sur une photo.

Combien de filles charmantes dont les fiches seront ignorées, alors que ça pourrait cliquer, juste parce que la photo ne se démarquait pas ou ne leur rendait pas justice?

Admettons que l’on passe les photos et qu’on lit les fiches qui n’en ont pas. Les textes peuvent être tout aussi trompeurs. Aimer les randonnées en forêt, le bon vin et voir des shows, c’est assez banal. La vérité est qu’on ne sait rien et qu’on y va sur du vent.

Dans la vie aussi, les gens ne s’essaient pas sur beaucoup plus au départ. J’en conviens. Peut-être que c’est mon problème. J’ai besoin de déjà ressentir une attirance avant de tenter quelque chose.

L’impression de regarder un catalogue me «turn off». Je suis un romantique qui a de la misère avec l’idée de «essayer» sans avoir aucun sentiment.

Je n’arrive pas à m’imaginer discuter avec des dizaines de filles dans le seul but de peut-être finir par être attiré par l’une d’elles. Et ce n’est pas que je n’aime pas discuter, j’aime en connaitre plus sur les gens – je ne serais pas journaliste amant de longues entrevues sinon -, mais la prémisse me dérange.

Ce n’est pas discuter pour discuter, c’est uniquement pour tomber en amour. Les «a/s/v» me répugnaient déjà à l’époque de mIRC. Nous sommes plus qu’un âge et un sexe, nous sommes plus que des goûts. J’ai l’impression que c’est une forme de «test de marchandise» et que l’on retourne le tout si ça ne fait pas. Ça me donne des frissons.

C’est comme lorsqu’une personne se fait des critères bien précis. Une personne sérieuse, de telle grandeur, tel âge, telle profession et qui doit aimer cela et ceci. Il me semble que c’est très utilitariste.

Refaites le tour des personnes que vous avez aimées. S’ils répondent tous aux mêmes critères du genre, je dis danger! Il y a peut-être un indice sur ton célibat ici. Les personnalités, c’est des énormes tricots serrés qui ne peuvent se résumer qu’à deux ou trois fils.

Ce qui plait chez l’une va déplaire chez l’autre. Parce qu’on ne peut pas isoler des morceaux comme si c’était des boulons d’un moteur. Une personnalité n’est pas juste un agencement de couleurs, c’est aussi la manière dont ces couleurs interagissent entre elles.

L’amour, ça frappe là où on ne l’attend pas. Je crois que je suis toujours tombé en amour en même temps que je perdais l’équilibre. Comme une surprise. Cette fille ne va pas où l’on s’attend. Être frappé par sa face cachée.

Comment puis-je avoir cette  surprise sur un site de rencontre?

Nous ne sommes pas des marchandises, nous ne sommes pas des numéros. On ne fitte pas dans des fichiers excel. L’amour ne peut se cacher dans un algorithme.

Mais je vis peut-être dans de grandes illusions. Peut-être que je sacralise trop l’amour et l’affection.

PS: imaginez à quel point je trouve Tinder pire!

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