Brouillard sur les corps

Mon cerveau est complètement obsédé ces jours-ci. Il tente de comprendre des choses qui n’ont aucune logique. Il tente de percer un brouillard dense et étouffant avec des yeux gros comme ça, à l’affût du moindre indice de sortie.

Il n’y a pourtant rien de précis, rien de découpé au couteau, ni même à la scie mécanique. Pas de fine ligne ou de rebord brut. C’est plutôt tricoté serré et mollement entrelacé. Une suite infinie et exponentielle de réactions qui s’influencent toutes.

On a envie de baiser des connes. On se dit que ce gros macho est peut-être un bon coup. On a envie de marier le prince charmant, tendre, attentionné, présent, intelligent, drôle. On veut passer sa vie avec celle qui nous fait sentir bien. Entre le trip de cul et l’âme soeur, il peut y avoir tout un monde.

Souvent, ça commence par l’apparence. Un aspect que l’on résume trop facilement à l’extérieur. Comme si l’apparence d’une personne ne se devait qu’à ses gênes. Ses cheveux roux, sa peau blanche, ses taches de rousseur, ses fines lèves, ses yeux, ses fesses, ses seins. Si je m’arrêtais qu’à ces éléments, je trouverais charmant toutes les rousses, ou presque.

La symétrie du visage? Sa grandeur? Son poids? Tout ça est encore grossier.

On critique souvent le règne de l’apparence, de la dictature du superficiel sur l’essentiel. C’est vrai que nous passons, comme société, trop souvent à côté de l’essentiel. On sait ce qui est essentiel, mais on l’oubli, on le nie, on l’évite, on le trouve trop difficile.

Le problème n’est pas l’apparence, c’est notre relation avec celle-ci. Je trouve ça hypocrite de dire que l’apparence ne compte pas, que ce n’est pas important, ou qu’on n’y accorde aucune importance. C’est faux. La question est plus: on fait quoi ensuite? On fait quoi avec?

On ne peut pas séparer l’apparence du reste. Même ceux qui disent s’en foutre… ne s’en contrecrissent pas tant. Ce sont les critères qui changent. Un punk se soucie autant de son apparence qu’une pitoune. Une granola va tenir à projeter une certaine image au même titre que la directrice de compagnie. Ce sont leurs motivations ou ce qu’ils trouvent important qui vont changer. La fille qui n’aime pas le maquillage n’y accorde pas moins d’importance que celle qui aime ça. Les deux tiennent à leur position et l’affichent. Le sportif qui porte du moulant pour montrer son «six packs» joue le même jeu que le grassouillet qui s’habille en mou pour cacher ses bourrelets. Le premier aura pourtant l’air plus superficiel que l’autre.

On a tous nos petites fiertés ou nos petites hontes sur nos apparences. Et ça, ça vient de notre tête.

L’apparence puise aussi dans le dedans. Deux rousses aux cheveux frisés et aux mêmes taches de rousseur ne bougeront pas de la même manière. Elles ne s’habilleront pas avec le même linge. Elles ne parleront pas avec le même débit, avec le même enthousiasme, avec la même passion, avec le même vocabulaire. Leur regard n’exprimera pas la même fragilité. Leur respiration épousera leur façon d’accepter ou de refuser le monde qui les entoure. Elles auront les cheveux courts ou longs, attachés ou en liberté. Elles seront introverties ou extroverties. Tout ça relève de la personnalité, du dedans. L’apparence pige autant dans le physique que dans le psychique.

Je ne peux pas séparer le corps de l’esprit. Même au premier regard. Je serai toujours plus attiré par les intellos et les artistes que par les pitounes et les femmes d’affaires, parce qu’il y a des traits de personnalité qui, même dans l’apparence, me plairont ou me déplairont du premier regard. Ce sont leur goût face à mes propres goûts. Leurs valeurs qui s’expriment dans leur apparence face à mes propres valeurs.

Le premier jugement peut changer. La fille trop maquillée à mon goût peut être une fille géniale et l’artiste-intello une conne profonde. L’apparence ne dit pas tout, mais en dit quand même.

Un tricot serré, parfois au nouage incompréhensible, parfois aux traits larges comme mes bras.

Le monde qui parlent que des fesses ou que des seins comme critère de sélection ne sont pas nécessairement superficiels, mais n’ont simplement (et absolument) rien compris. Pas de la vie, mais d’eux-mêmes. Ou se refusent de creuser la question. Une belle paire de fesses peut évidemment allumer, mais ensuite? A-t-on vraiment envie d’embrasser toutes les belles fesses du monde? Sincèrement?

J’ai côtoyé des très belles filles pour qui je n’ai jamais eu la moindre envie sexuelle. J’ai côtoyé des filles sympathiques qui me donnaient envie de les embrasser. Pourquoi? J’imagine que c’était la somme de leur apparence, de leur personnalité, de comment j’étais à cette époque-là, d’où j’en étais dans ma vie. Il n’y a aucune formule mathématique pour ça. Il y a trop de variables dont la valeur change au même rythme des rencontres et des jours qui passent.

Je sais que le regard est l’un des traits qui m’allument le plus. Puis il y a ce que le corps dit sur la personne. La manière dont la fragilité s’exprime dans les mouvements.

C’est bien au-delà des courbes. On peut le voir avec certaines actrices. Certaines, selon leur rôle, me feront craquer ou me laisseront complètement froid. L’importance de la personnalité, même en apparence.

Dans l’histoire de l’humanité et même autour de moi, dans ma petite vie, il y a plusieurs exemples de gens pas particulièrement beaux, ou obèses, ou handicapés, ou hors-normes, qui sont en couples. Cette barrière de l’apparence qui ne semble pas les avantager a été surpassée, souvent grâce à leur personnalité. Leur lumière intérieure et leur vision du monde ont poli leur physique ingrat.

Fuck les apparences? On ne peut pas combattre ça. Il faut plutôt apprendre à aller plus loin. Avoir un préjugé, ça va, s’y arrêter, là il y a un problème.

Après tout ce blabla, le brouillard évoqué au début n’est pas tant sur ces réflexions générales, mais sur moi-même. Je considère mon apparence comme un gros obstacle. Je tente de comprendre où peut se situer mon charme. Je pense être le genre d’hommes avec qui on peut construire de quoi, mais est-ce que je peux allumer?

Qu’est-ce que je dégage comme image? Mes atouts sont-ils seulement dans ma personnalité? Ma personnalité peut-elle polir mon corps ingrat/gras?

Suis-je seulement un homme à marier?

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