Le sommeil triste

Deux mois, déjà.

Deux mois depuis la rupture. Deux mois à être triste dans le lit, seul, tous les soirs.

Même si, maintenant, le jour, ça va généralement bien, le soir, à tout coup, en me couchant, la tristesse m’envahit. Pour différentes raisons.

La peine d’amour en soi, c’est-à-dire cette douleur de perdre celle que l’on aime, cette douleur d’être rejeté par celle que l’on considérait comme la femme de sa vie, pointe parfois encore son nez, mais la tristesse ne tourne plus autour de ça. C’est davantage relié à cette nouvelle réalité, une réalité qui a été mienne pendant 30 ans, mais que j’avais complètement oubliée en une trentaine de mois.

Au moment de la rupture, j’ai fait une crise de panique. J’ai eu des vertiges pendant quelques jours. C’était lié à une perte de sens. Pour la première fois de ma vie, avec elle, j’arrivais à donner un sens à ma vie. Ce n’était pas elle en soi, le sens de ma vie, mais bien ce que je voulais bâtir avec elle. Ce projet commun, ces racines que j’avais l’impression de faire pousser pour une première fois étaient ce sens. J’ai eu l’impression de m’être fait arracher mes racines.

Cette perte de sens est régulièrement la source de ma tristesse, encore après deux mois. Pendant longtemps je me suis négligé, j’ai abusé de mon sens inné d’abnégation, niant presque mon existence, en ne m’accordant aucune valeur. J’ai encore du chemin à faire, j’ai des hauts et bas dans l’art de ne pas s’oublier, de s’aimer et de prendre soin de soi, mais je suis incapable de n’exister que pour moi-même. Je ne suis pas ma finalité. Je recherche encore où je peux poser mes pieds, ce que je peux bâtir. Mes racines cherchent leur terre.

Les projets auxquels je participe et qui me stimulent sont les minéraux, l’eau et le soleil qui nourrissent mes racines, mais ce n’est pas la terre dans laquelle elles poussent. Pour moi, c’est l’amour qui donne un sens à la vie. Peut-être devrais-je mettre plus d’énergie sur des amitiés.

À d’autres moments, la tristesse provient des raisons de notre rupture. Personne de nous deux n’a fait un coup salaud à l’autre, personne n’est devenu profondément con ou conne. Un simple manque de communication. Un stupide manque de communication. On se comprenait tellement facilement sur tellement de choses que ça a mené une confusion sur un sujet qui demandait beaucoup de communication. On se comprenait tellement avec peu de mots que lorsqu’on devait en utiliser une tonne, on devenait désemparé.

Une impression que les deux se disaient: «Pourquoi tu ne comprends pas ce que j’ai de la misère à t’expliquer? Tu comprends tout le reste?!» Un inconfort qui, à mon sens, aurait pu être contourné, aurait pu être amoindri, aurait pu être accepté s’il avait été expliqué.

À la place, un énorme éléphant s’est installé dans le salon et a grossi, grossi et grossi, se nourrissant de nos silences, de nos manques de vocabulaire. Cet obèse éléphant a fendu notre yin et yang. Pour elle, c’était un point de non-retour.

On connaissait nos faiblesses, on connaissait nos failles et on s’est quand même fait avoir.

L’autre grande source de la tristesse est la solitude en soi. Pas que je n’ai aucune vie sociale, mais il y a des moments où je me sens foutrement seul dans cet appartement que l’on a occupé tous les deux, dans ce salon que l’on a occupé, dans ce lit que l’on a occupé. Dans ma vie aussi.

C’est surtout cette peur de vivre un autre 30 ans dans cette solitude qui me donne le motton. Je sais que la plupart du monde a peur de ne jamais retrouver l’amour lors d’une séparation, mais la plupart du monde n’a pas connu une seule relation et n’a pas été célibataire pendant 30 ans. Pas que je fais plus pitié que les autres, mais j’ai peur que mon passé ne soit garant de mon avenir, j’ai peur que ce deux ans et demi n’ait été une exception, une anomalie.

J’ai peur de la manière dont je vais gérer cette solitude. J’ai peur de son poids. J’ai peur que tout ça ne soit pas le fruit du hasard, mais bien une conséquence cohérente à ce que je suis.

J’ai peur d’être triste tous les soirs en me couchant.

J’ai peur de moi-même.

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