Du besoin d’être populaire

Ce soir, la pièce L’Éveil présentée au Théâtre Périscope, une coproduction de La Rotonde, de la compagnie Le fils d’Adrien danse, m’a fait réfléchir sur la popularité.

L’oeuvre, un mélange de danse et de théâtre, tourne davantage autour des pulsions, des envies, des questionnements et des découvertes que font les adolescents, du passage de cette période charnière à celle adulte, où l’idée de la liberté change. Toutefois, à un moment, un des personnages parle d’une envie de ne pas être invisible, d’être important, en quelque sorte.

Ça m’a rappelé une phrase qu’un ancien collègue de radio m’a déjà dite: «Qui va se souvenir de moi? Je veux être important.» Puis j’ai pensé à ma nièce qui pense qu’être populaire c’est être aimé. Et cette autre collègue, dans un journal, qui se demandait pourquoi je faisais un métier public si je ne voulais pas être une personnalité publique.

Ça m’a replongé dans ma propre adolescence. Une période où j’ai à la fois eu un peu d’amis, beaucoup d’amis et pas d’ami, selon l’année.

Je ne me souviens pas avoir déjà rêvé d’être populaire. Je n’ai jamais envié les gens «cool», les rois et les reines des classes. Ça n’a jamais été eux qui me gênaient et ce n’est jamais avec eux que je voulais me tenir. Je les trouvais, pour la plupart, assez cons et peu intéressants.

Ceux et celles que j’admirais, c’était ces personnes qui semblaient bien avec elles-mêmes, ces ados qui avaient une vraie et réelle forte personnalité, dont on sentait la créativité jaillir de partout, qui faisaient fi des conventions sociales, qui buchaient comme des dingues pour se surpasser, qu’importe la discipline. C’est avec eux que je voulais devenir ami.

Par exemple, je me souviens de cette petite blonde, elle devait faire 5 pieds 2. Elle était populaire et trainait avec les «cool», mais ne s’empêchait jamais de parler avec les rejets, de sourire à un weirdo, de demander conseil à un nerd, de dire à ses amis de cesser de casser du sucre sur le dos d’une pauvre introvertie. Je l’ai même déjà vue passer une heure à réconforter une jeune de deuxième secondaire après que des finissants l’aient écoeurer pour rien. Ça, ça m’en jetait.

C’est comme aussi ce gars qui avait tout pour être un des rois de la polyvalente. Il a flirté avec ces gens pendant un moment. Puis une année, il a compris qu’il ne pouvait pas juste avoir du fun. Il s’est mis à travailler, à torcher dans ses notes et surtout, à s’en foutre de son image. Il imposait le respect.

Encore aujourd’hui, j’admire les personnes qui me surprennent. Je ne veux pas du convenu.

Je pense par exemple à ces personnes âgées qui ont l’air d’un petit vieux ou d’une petite vieille comme les autres. Tu te mets à leur parler et tu vois à quel point leur vie a été riche, folle, belle! Je les admire. Et ça m’émeut profondément.

Lorsque je tombe sur une personne qui a l’air de rien et qui, finalement, participe à des projets stimulants, créatifs, grandioses, a une intelligence ou un talent fou, ça fait «wow!» dans ma tête. Si en plus, elle en parle comme si tout ça était banal, alors c’est sûr, cette personne tombe dans ma liste des gens que j’admire et qui m’inspirent.

Il y a 14 ans, ou presque, j’ai commencé bien naïvement une carrière dans les médias. Comme animateur et comme journaliste. Ce qui m’a donné envie de faire ce métier, c’était de faire connaitre toutes ces personnes merveilleuses que pas un chat ne connait. Je n’ai jamais fait ce métier afin que mon nom soit connu, bien au contraire, je donne le plus de lumière possible à mes sujets, je m’efface pour les servir, eux.

Je ne veux pas être connu comme Jean Leloup, je veux être la personne qui a aidé Jean Leloup à être connu. J’aimerais cent fois plus avoir la vie d’un Bernard Purdie que celle d’un James Brown. Je veux être une des personnes qui a contribué au succès d’un événement, mais que personne dans le public ne le sait.

Depuis quelques années, je remets parfois en question ma place dans les médias, parce que l’aspect vedettariat est important, parfois trop important. Des fois, le critère qui fait la différence entre toi et un autre candidat n’est pas le talent, mais le nombre d’abonnés sur Twitter. Je me plais plus dans l’ombre, comme réalisateur ou comme directeur de la programmation qu’être l’animateur vedette.

Je fuis les tapis rouges, je fuis les prix et les galas, je ne veux pas être reconnu dans la rue.

Plus loin encore, mes rêves, dans la vie, c’est de pouvoir être là pour les autres. Je rêve de pouvoir aider mon prochain. C’est cucul, c’est cliché, mais tellement vrai. Le jour où, dans les médias, je ne pourrai plus mettre en valeur les autres ou des enjeux, le jour où c’est moi que je devrai mettre de l’avant, je vais tout lâcher. Et j’ai failli tout lâcher.

À ma mort, je ne veux pas être une personnalité publique, je veux qu’on se souvienne de moi pour avoir été là pour les gens que j’aime. Je veux être ce bonhomme qui a l’air de rien, à la limite épais, mais qui a su toucher personnellement des gens, faire une différence, qui aura goûté et participé à une tonne de projets plus grands que lui.

À une autre époque, j’aurais pu virer moine, un moine athée, mais moine pareil.

Mes rêves, de toute façon, ne sont pas au sujet de ma carrière. C’est vieillir avec quelqu’un, c’est bâtir une famille, c’est d’avoir un impact dans ma communauté.

Je ne veux pas coucher avec 100 filles, je veux aimer LA fille.

Être populaire? Ark. Faire une différence? Là, j’embarque!

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