Perdre racine

Ça fait pas mal d’années que je considère la vie absurde. Un bon vingt ans. J’ai eu cette révélation vers 13 ans. Je l’avais sûrement déjà senti avant, mais j’ai saisi ce concept vers cet âge-là. Au même moment que j’ai rejeté tout ce que le monde voulait que j’avale sans réfléchir et que j’ai décidé que je n’allais plus rien gober sans en douter. Sans le savoir encore, je copiais un peu Descartes.

Je trouve la vie absurde, mais je n’ai jamais considéré l’absence de sens à la vie comme un problème. On y donne un peu le but que l’on veut. Je me suis longtemps accroché à une soif de savoir, où je flirtais avec certaines idées nihilistes. Puis j’ai eu une période plus près de l’hédonisme, un carpe diem (l’ancien YOLO) mal dosé, qui me servait plus à remplir un vide que je saisissais mal, que je n’aurais pas pu décrire à l’époque.

Je ne prétendrais pas que c’est là que se cache la Vérité, ou le moteur premier de notre univers et encore moins la réponse à la vie de tous. Mes réflexions des dernières années me ramènent à l’amour. L’amour au sens large. L’amour familial, l’amitié, l’amour passionnel, l’amour profond, l’amour de soi.

Rien de «peace and love» là-dedans. L’amour que nous auront donné ou ne nous auront pas donné nos parents a un impact sur toute notre vie. Les amitiés qui se nouent et qui se dénouent nous construisent, nous fortifient, nous stimulent et nous épuisent. Les passions nous inspirent, nous motivent, nous poussent. L’amour profond est comme les courants marins, parfois imperceptibles, mais cruciaux et aux influences insoupçonnées et plus grandes que les fluctuations quotidiennes. L’amour de soi définit nos relations avec tout le reste.

Même génétiquement, d’un point de vue platement biologique, ce désir parfois illogique de vouloir se reproduire est une forme d’amour. À moins que l’amour ne provienne de cette pulsion que partagent tous les êtres vivants.

Depuis maintenant 5-6 semaines, je ne me suis jamais redit aussi souvent et régulièrement que la vie était absurde. Parfois avec un sourire en coin, parfois avec une moue, parfois avec fascination, parfois avec une crainte. Depuis 5 ou 6 semaines, je redécouvre la vie comme célibataire.

Pendant ces 30 mois de relation, je n’ai pas changé d’avis. La vie est restée absurde, mais j’avais quelque chose qui pouvait avoir un sens. Je sentais ces courants profonds bouger autour de moi.

Ce que j’étais et ce que je faisais prenaient un sens. Ce n’était pas simplement construire une carrière – je n’ai jamais été carriériste. Ce n’était pas simplement le monde d’un bord et moi de l’autre. Ce n’était pas simplement rendre service à un artiste, à un ami, à ma soeur. C’était plus grand. Des racines poussaient pour vrai.

L’amour n’est pas moins absurde, d’ailleurs! Il n’y a absolument rien de logique à l’amour. On va aimer et détester des gens parfois pour exactement les mêmes raisons. Pour un paquet de facteurs étranges et pendant une coïncidence temporelle courte ou longue, deux personnes s’aiment. C’est comme ça.

Et d’une manière tout aussi absurde, tout d’un coup, les racines se font arracher. La terre devient morte. Plus de minéraux, plus de soleil, trop de pluie ou trop de soleil…

Il y a quelques années, je me suis dit que le moteur premier des gens était l’amour. On cherche à être aimé, on a besoin d’être aimé, même si c’est absurde. L’amour nous donne un peu de réel dans un monde souvent incompréhensible.

Je dis ça et pourtant, plusieurs personnes et morceaux de ma vie peuvent me valoriser. Je suis la plupart du temps félicité dans ma vie professionnelle, j’ai des amis et amies qui, en plus d’être géniaux, me font du bien et me poussent à être meilleur, je participe à des projets stimulants avec d’autres personnes stimulantes, j’ai des artistes, qui, des années plus tard, me remercient encore de les avoir aidés il y a 13, 10 ou 5 ans. J’ai cette impression que même avec tout ça, il restera toujours un vide, sans l’amour profond.

C’est peut-être parce que je n’ai pas eu beaucoup d’amour pendant une très bonne partie de ma vie. Je n’ai pas envie d’exister que pour moi-même. J’ai beaucoup d’amour en stock à donner encore. J’en fais quoi?

L’amour nous dit que l’on n’existe pas complètement pour rien.

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