#AmourCaviardé – Troisième acte: Solitude

Un troisième texte écrit il y a déjà trois ans, toujours concernant une période sombre de ma vie.

Je préciserai quand même que ce grattage de bobos, ces textes sombres où les violons se font aller m’ont beaucoup aidé. En les écrivant, j’ai ouvert un dialogue avec moi-même et j’ai réussi à comprendre des choses. Ça m’a fait évolué, vraiment. Cette page est tournée et je la partage. Et ça me fait du bien de vous les présenter. C’est bête de même.

Le premier texte (Vide) est ici et le deuxième (Épuisé) est là.

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Solitude

Je me sens seul.

Tout le temps. Des fois plus qu’à d’autres moments, mais c’est toujours là, imperceptible et incontournable.

Même entouré de gens que j’aime, je me sens seul. Dans une fête, je me sens seul. Dans un souper, je me sens seul. Lorsqu’on m’invite, je me sens seul.

Plus la situation demande une chaleur humaine, un lien affectif, un plaisir, une complicité, une amitié, une affection, plus je me sens seul.

Les liens professionnels sont plus faciles à gérer. On ne se doit rien et on le sait. On a chacun nos rôles. Nos émotions ne sont pas impliquées. Des relations jetables, souvent.

Je me sens seul au dépanneur. Sur la route. Dans mon salon. Je me sens seul quand je croise quelqu’un sur le trottoir. Quand je vais à un concert. Quand je prends une bière avec des amis. Je me sens seul sous les étoiles, à la plage. Je me sens seul dans ma solitude.

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Je le dis que je me sens loin des gens. C’est ma solitude. Le constat est là.

Quant à la source, elle demeure floue. Je m’exclus ou l’on me rejette? [1]

Ai-je peur de m’impliquer? Est-ce que je m’implique trop?

Je me suis souvent demandé si j’avais peur de me montrer aux autres, de plonger dans les relations, d’être prêt à être écorché, à faire des sacrifices, à souffrir ou à connaître le bien-être que peuvent procurer les relations intimes – qu’elles soient familiales, amicales ou amoureuses.

Parce que je ne parle pas beaucoup de moi. Parce que je ne m’ouvre pas de moi-même aux autres. Il faut venir cogner à la porte. Et quand je l’ouvre, je ne fais pas nécessairement visiter toutes les pièces à tout le monde.

En même temps, tout le monde a son jardin secret. Tout le monde ne montre pas toutes ses cartes à tout le monde. On dose selon la relation. [2]

D’un autre côté, j’ai souvent été blessé parce que j’étais plus investi que l’autre personne. Je n’attends pas une étape quelconque pour être toujours là pour un ou une amie. Dès que la considération est là, je vais être là pour la personne.

Je ne m’engage pas à moitié.

Je le montre peut-être juste mal que la porte est grande ouverte.

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Le pire, c’est que ma solitude augmente quand on me témoigne de l’affection. En plus du malaise que j’ai – parce que je ne comprends pas que des gens m’aiment, je me sens encore plus seul parce que cette affection ne me fait pas toujours du bien. Elle devrait pourtant.

Qu’une personne dit m’adorer, s’ennuyer de moi, m’offre un calin, qu’importe le signe d’affection, ça me fait mal.

Je ne sais pas pourquoi ça me fait mal. Mais ça me renvoie encore plus fort à ma solitude. [3]

Comme si mon manque d’amour était tel que ça ne suffit pas. Comme si le manque d’amour que j’ai ne peut être comblé par ce type d’affection. Comme si je n’y croyais plus. Comme si cette partie en moi était morte. Comme si on m’agaçait avec un truc que je juge inaccessible.

Peut-être parce que ça me confronte à ma carapace. Peut-être parce que je m’en trouve indigne. Peut-être parce que je les plains d’aimer un gars comme moi, même en ami. Peut-être parce que je me considère comme un mauvais ami. Peut-être parce que je ne pense pas pouvoir rendre une fille heureuse.

Je me sens seul. Même quand je suis avec des amis qui m’aiment.

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Dialogue avec mon passé

[1] Ici, je pense que c’est un bon mélange des deux. Je le sais depuis toujours que je ne suis pas le type super social. Jusqu’à 15 ans, je trouvais automatiquement tout le monde con par défaut. Les gens devaient me prouver qu’ils ne l’étaient pas. Ensuite, j’ai compris qu’il y a beaucoup de cons, mais que tous le ne sont pas automatiquement. Et même qu’ils peuvent être cons sur certains aspects, mais géniaux sur d’autres. J’ai appris à m’ouvrir aux gens. Surtout, je me suis rendu compte que moi aussi, j’étais con. On est tous con, en fait.Ou du moins, nous sommes tous le con de quelqu’un. Donc, ça, c’est la partie qui me revient. Je trie beaucoup mes relations. À l’inverse, je suis souvent incompris, étrange. Je suis timide et peu social, donc ça peut prendre un moment avant que les gens me «catchent». Les gens sont méfiants envers les timides. Ils pensent souvent qu’ils se prennent pour d’autres. Mes intérêts dans la vie aussi ne rejoignent pas ceux de la masse. Si j’ai toujours assumé ma marginalité, le poids de la solitude qui l’accompagne était devenue lourde, à ce moment-là.

[2] Je continue de croire que ceux qui parlent le plus d’eux-mêmes sont ceux qui bullshittent le plus. Je ne parle beaucoup de moi, mais quand je le fais, c’est de l’authentique.

[3] Je crois aujourd’hui que cette douleur était reliée à plusieurs raisons. Elle brassait ma carapace. Cette carapace reposait sur ma distance avec le monde que j’avais rejeté à 13 ans. Elle confrontait aussi cette idée profonde que je valais rien. Et surtout, c’était un doigt dans cette immense plaie que je refusais de regarder, cette blessure du manque d’amour que j’avais depuis toujours. Si durant presque toute ma vie l’amitié a été un baume sur cette plaie, à 30 ans, elle ne faisait que l’irriter. Ce n’était pas le bon médicament. C’était autre chose, une autre forme d’amour. Pour certaines relations, c’est que je n’y croyais tout simplement pas, à cette affection.

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