#AmourCaviardé – Premier acte: Le vide

Il y a trois ans, je traversais l’un de mes moments les plus sombres de ma vie. Je tentais de survivre à un amour qui n’avait jamais existé et qui, surtout, me révéla tout mon mal-être, l’absence complète de considération chez moi pour ma propre existence.

Afin de comprendre pourquoi je ne m’accordais si peu d’importance, afin de combattre tout le noir qui m’entourait, j’ai décidé de plonger dedans, à vif, tel un saut en vol plané sans parachute, afin d’extirper tout le pus qui me consumait.

Depuis, beaucoup de choses ont changé. J’ai encore beaucoup de combats à mener sur l’art de s’aimer, mais je peux dire que je suis quand même très loin de tout ce que j’ai écrit, à cette époque.

C’est sombre, noir, et parfois un brin défaitiste-mélodramatique, et pourtant, ça ne me semble pas à hauteur de la douleur que j’éprouvais à cette époque. Je publierai de temps en temps un de ces textes, ici, sur ce blogue, ne serait-ce que pour me rappeler du chemin que j’ai parcouru (sortons les violons!).

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Vide

Le plus triste, c’est de faire le constat. Se rendre compte que tout ça ne donne rien. Qu’importe ce qui se passera dans le futur, qu’importent les changements qu’on pourra faire, le chemin est tracé, le dessein est fait, le destin est déjà en cours. [1]

Ce qui fait le plus mal, c’est de l’accepter. Prendre conscience que non seulement ce vide qui nous tiraille, que ce manque d’affection et que ce besoin criant d’amour n’est pas comblé, mais ne le sera jamais. Il faut non seulement accepter la douleur actuelle, mais réussir à vivre avec pour toujours. Faire un trait sur ça.

On ne sait plus quelle arme prendre pour combattre. On ne sait plus trop où puiser la roche pour remplir ce coeur vide. Se questionner. «Coudonc, chu tu assez fort pour ça, moi?»

Je croyais l’avoir accepté auparavant. Me trompais-je? C’était peut-être ça que je cherchais ou que je fuyais. Est-ce que je fuyais en fait? Probablement. C’est si facile se mentir, se berner. On le fait inconsciemment. [2]

Mais que pourrais-je faire d’autre? On ne peut pas simplement se laisser vide comme ça. C’est probablement pour me remplir de quelque chose que je suis nomade, que je me blase vite. Parce que dans le fond, c’est tout ce que j’ai, la nouveauté. [3]

Peut-être pour ça que j’ai besoin de me nourrir l’esprit avec la musique, le cinéma, la littérature. À défaut d’avoir des émotions dans ma propre vie, je vais en chercher ailleurs. Je vis par procuration.

Peut-être que ça adonne juste bien.

Le pire là-dedans, c’est qu’à force de ne pas être aimé, on en vient à se dire que les autres ont raison. On se dit qu’on ne mérite pas ça, l’amour. Qu’on ne le vaut pas. J’en suis indigne.

Au début, ma raison disait à mon coeur qu’il se trompait. Ma raison est en train de changer d’avis.

Je ne m’exprime pas en victime, au contraire. Je suis responsable de mon propre malheur. C’est de ma faute, dans le fond, même si c’est involontaire, accidentel, inconsciemment. [4]

Qu’importe. Je n’ai pas été, je ne suis pas et je ne serai jamais aimé. Je n’ai pas appris à recevoir de l’affection, je n’ai pas appris à la susciter, je ne sais pas comment on fait.

Le plus dur, c’est d’accepter le vide. Le plus dur, c’est de retenir tout l’amour qu’on voudrait donner. Parce que personne n’en veut.

Mes amours sont incognitos, furtifs, inconnus. Ils sont à sens unique et se jettent dans le vide. D’un vide à un autre.

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Dialogue avec mon passé.

[1] Le constat de l’époque était que je n’allais être aimé. Je n’avais jamais été dans un vrai couple. Deux petites «relations», sans plus. J’avais en partie raison. Si je n’avais pas changé, je n’aurais jamais pu être aimé. J’étais tellement convaincu du peu de valeur que j’avais que ça ne permettait à personne de pouvoir m’aimer. Et je ne laissais personne m’aimer. À ce moment, je croyais que mon problème était beaucoup trop profond pour renverser la vapeur. Même si je changeais, je pensais qu’il était déjà trop tard. En fait, tomber en amour m’a montré que même si ça avait été réciproque, je ne l’aurais pas laissé m’aimer. Ça été un très dur conflit avec moi=même comprendre tout le malaise que j’avais d’être en amour. Je ne pouvais pas le supporter.

[2] Ça faisait si longtemps que j’étais tombé en amour (cinq ans) que je pensais pendant un moment que c’était peut-être fini.

[3] J’ai aussi cru, avec encore de la naïveté ou par défense, que ma vie pouvait être comblé que par l’amitié, les projets, le travail, la culture… Mais ce mur que j’ai frappé m’a démontré que dans mon angle mort, ou dans une partie de moi-même que je refusais peut-être de regarder, il y avait un vide immense. Et ce vide, qui remontait jusqu’à mon enfance, a fini par m’avaler. Et c’est là que je me suis mis à écrire ces textes.

[4] Maintenant, je suis conscient que depuis mon enfance, avec la conjoncture familiale, j’ai réagi en cessant de me valoriser et de m’accorder de l’importance. C’est à la fois une réaction et une responsabilité. C’est un pattern que j’ai développé. Sans m’en rendre compte, en rejetant le monde extérieur à 13 ans pour me construire, je me suis aussi coupé du monde. Un mécanisme de défense et de résilience mal dosé.

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