Chronique bédé: aller plus loin que les apparences

La fameuse première impression. On a beau savoir qu’elle ne vaut pas toujours quelque chose, pas souvent, elle est là quand même.

J’ai régulièrement eu des commentaires comme quoi les gens s’attendaient à rien, avec mon look de barbare, mais que finalement, j’étais loin d’être con. À peu près.

Et j’ai moi-même déjà été joué par l’apparence.

Je m’efforce le plus possible de ne pas accorder d’importance à mon premier jugement. À être prêt à le changer et même à vouloir le confronter. Parce qu’on a tous une première impression, un préjugé, favorable ou défavorable. Faut pas le nier, faut être prêt à le changer, garder l’esprit ouvert, quoi.

Aujourd’hui, justement, trois bandes dessinées qui vont plus loin que ce que le premier regard nous propose.

Les Thanatonautes – Première époque: Le temps des bricoleurs
Corbeyran, Werber, Tararzan
Drugstore

On parle bien du roman de Bernard Werber adapté en bédé. Probablement le roman de Werber que j’ai le plus apprécié. Peut-être parce que c’est dans ses premiers et qu’il ne pouvait pas encore passer son temps à référencer ses autres romans dans tous ses romans.

J’ai toujours considéré que Les Thanatonautes, qui raconte l’histoire d’explorateurs-scientifiques qui tentent de voyager dans le pays des morts… et qui y réussissent à coups d’essais, était écrit pour un film. Tout est là pour un scénario captivant, pour une mise en scène magique. Il y a de l’amour, de la découverte, de l’exploration, de la morale, de la philosophie, de l’aventure, même (!) – parce que la mort, ce n’est pas de tout repos!

Ça aurait pu, aussi, donner une magnifique bande dessinée. Et je pense que le meilleur est à venir pour cette série. Mais je ne suis pas ressorti enchanté par ce premier tome. Je n’aime pas comment les personnages y sont déclinés. Je trouve que la narration est trop collée sur la version originale. Comme si les auteurs n’avaient pas osé s’approprier le tout. Il faut dire que Werber n’était pas loin, ce qui n’aide pas à se détacher.

Le trait de crayon est assez réaliste, bien précis dans les décors, on sent le potentiel pour les futurs plans dans le pays de la mort… mais les personnages sont froids, sans émotions… j’oserais même un sans âme, sans vouloir faire un jeu de mots.

Reportages
Joe Sacco
Futuroplis

Grande figure du bédéjournalisme, Reportages nous présente dans un même ouvrage plusieurs reportages de Joe Sacco. On est transporté en Palestine, en Ikak, en Tchétchénie, en Inde, au milieu de réfugiés africains et j’en passe.

Si je ne suis pas toujours sous le charme du crayon de Joe Sacco, je ne peux nier que ses traits ont une force particulière. En une seule page, nous avons la mise en contexte, une description, une analyse, un témoignage, et, plus encore, un décor, un regard, une humanité.

Les dessins ont à la fois la force du photojournalisme, en ce sens qu’une image vaut mille mots. Elle saisit et nous plonge au coeur des situations. Mais ils ont aussi un certain filtre, celui du regard de l’auteur. Joe Sacco, dans les premières pages, nous confie sa vision de l’objectivité et assure appliquer une rigueur journalistique dans son travail, ce dont on ne peut douter, mais admet aussi du même coup qu’il ne peut être impartial, ce qui insuffle justement cette humanité. Il affirme prendre la part des victimes, mais en même temps, il ne diabolise jamais l’autre camp. Il pointe simplement les projecteurs sur les victimes, sur ce qu’ils vivent, sur leur réalité. À sa manière, Joe Sacco nous fait réfléchir, nous amène à aller plus loin que les apparences, à saisir l’insaisissable, puisqu’en était un journaliste particulier, il a un accès privilégié à la population.

Même si certains des conflits sont maintenant un peu loin, ils permettent de projet vers d’actuelles situations. De mieux comprendre le passé.

Je rêve déjà de devenir, un jour, photojournaliste, j’ajoute maintenant une envie de faire du bédéjournalisme.

Pyongyang
Guy Delisle
L’Association

Guy Delisle fait lui aussi partie de ce petit groupe que l’on considère comme bédéjournaliste. Dans son cas, j’avoue que je m’obstinerais sur le terme. Pas parce que ses bandes dessinées ne sont pas le fruit d’une recherche et d’une rigueur que l’on rencontre dans le journalisme, mais je considère son travail plus près du documentaire que du reportage. Ce qui n’enlève donc rien à la qualité de son travail.

Dans Pyongyang, Guy Delisle nous narre ses quelques mois passés en Corée du Nord. Ça peut sembler banal, mais ça l’est moins lorsque l’on sait que ce pays est fermé au tourisme. Le bédéiste nous propose donc une incursion unique et privilégiée dans cet intrigant pays, qui était encore sous le joug de Kim Jung-il à l’époque où Guy Delisle y est allé superviser un travail d’animation.

Un peu moins touffue que ses plus récents travaux, dont le délicieux Chroniques de Jérusalem, l’auteur réussit quand même, via des petites histoires et des anecdotes, à nous faire sentir comment lui se sentait durant son séjour, ne pouvant sortir sans être accompagné par un guide, à toujours faire face aux photos du dictateur, à son incompréhension de l’endoctrinement sur la population. Le tout, toujours avec humour.

Une lecture que je voulais faire depuis longtemps — j’avais connu son travail avec ses plus récents ouvrages, j’ai été accroché dans ma lecture, me faisant dormir un peu plus tard que prévu…

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