Tu ne me connais pas, mais moi je te connais

Publié originalement le 23 juillet 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

Je suis loin d’être une vedette. La nature de mon travail fait en sorte que je me fais tout de même régulièrement reconnaitre par des inconnus. Ils voient ma face dans le journal, plusieurs savent que je suis journaliste, même s’ils ne me connaissent pas personnellement. Parfois, ils font des blagues du type «attention, il va l’écrire dans le journal» lorsqu’un truc arrive au bar, parfois ils me félicitent pour mon travail, parfois ils me demandent de confirmer que je suis bel et bien qui je suis.

Étrangement, c’est lorsque j’animais à la radio que les gens m’interpellaient le plus. Durant quatre ou cinq ans, j’ai animé, entre autres, l’émission du retour de CHYZ 94,3 FM, à Québec. Une bonne période à être tous les jours en ondes, à l’heure la plus écoutée, même si c’est une station qui rejoint que 10% population, tu rentres dans le quotidien de 60 000 personnes quand même.

À la radio, le lien avec l’auditeur est plus intime et direct que dans un journal. Si bien que l’auditeur qui m’arrêtait dans la rue, dans l’autobus ou dans un bar me parlait souvent comme si on était de vieux chums. Ils me demandaient presque «Quoi de neuf?» et ça peut être très troublant – je ne les connais pas du tout moi. C’est un peu comme tomber sur une vieille connaissance dont on ne se rapelle pas et qui sort plein de vieilles anecdotes dont on ne se souvient pas plus. Un petit malaise s’installe. Mais c’est compréhensible, je faisais partie de leur vie.

D’ailleurs, petite parenthèse: je le répète, je ne suis pas une vedette et je ne l’ai jamais été, mais même si ce que je vis est 1% de ce que peuvent vivre les vedettes, je me dis que ça doit être lourd parfois. Je ne voudrais jamais vivre ça.

///

L’autre jour, je parlais avec une amie. Un moment donné, j’y lâche que je connais telle personne qui vit ceci ou cela. Puis je me reprends. «Bien, connaitre, c’est même pas une connaissance en fait. Je la connais, je sais c’est qui, mais on ne se connait pas personnellement.» En fait, je la connais comme on peut connaitre une personne dont on lit ses chroniques, son blogue et que l’on suit sur les réseaux sociaux. On peut parfois se répondre, mais sans plus. Il n’y a rien de vraiment personnel là-dedans.

L’effet peut être troublant, avec les réseaux sociaux, non? Prenons récemment le spectacle de Metallica au Festival d’Été de Québec. Quand j’en parlais avec quelqu’un, je pensais automatiquement à l’histoire de La musicographe, une des blogueuses officielles du FEQ. Je pensais à son histoire comme si je la connaissais. Parfois je partageais même ses péripéties de la même manière que je pourrais raconter une anecdote d’une de mes meilleures amies. Pourtant, à part pour Twitter, on ne se connait pas.

///

Je niaise sur Internet depuis maintenant une douzaine d’années. J’ai «chatté» les trois ou quatre premières années, puis il y a eu ICQ, puis MSN, puis les médias sociaux – pour lesquels j’ai pris du temps avant d’adhérer, et encore, ce n’est que Twitter. Mais bref, je pense savoir en masse comment ça se passe, les relations sociales, là-dessus. Que ce soir sur mIRC ou Facebook, je pense que les effets et déformations relationnelles sont les mêmes.

On crée des liens facilement, plus rapidement que dans la vie, souvent, sur Internet. Je ne saurais dire exactement pourquoi, sûrement un mélange d’impressions d’intimité et de barrière physique éliminée. Sur les blogues et Facebook, les gens s’ouvrent beaucoup. On peut lire quelqu’un pour la première fois et connaitre toutes ses émotions sur sa rupture, alors que si c’est une collègue de bureau rencontrée pour la première fois, rare qu’on en apprenne autant. C’est parfois particulier.

InconnuNéanmoins, ça fait longtemps que je me dis que rencontrer quelqu’un, un ami ou même l’amour dans certains cas, ça revient au même, que ce soit à l’école, au travail, dans un bar ou sur Internet. On n’apprendra peut-être pas à connaitre la personne de la même manière, mais on apprend à la connaitre dans tous ces contextes.

Parfois, des gens du bureau ne resteront toujours que des connaissances. Je pense qu’il y a plusieurs personnes sur Internet qui deviennent des connaissances. Parce qu’on les lit quotidiennement. Parfois on échange avec eux régulièrement. On finit par les connaitre un peu.

Est-ce plus superficiel parce que ce n’est qu’un blogue ou un réseau dit social? Ils deviennent des formes de connaissances. Après tout, Georges du bureau, avec qui on parle parfois de la météo à la machine à café, on ne le connait pas vraiment non plus, mais il est quand même une connaissance. Si ça se trouve, on connait plus notre blogueur préféré qu’on ne rencontrera jamais que ce fameux Georges que l’on croise tous les jours. Pourtant, cette banale relation «physique» semblera plus crédible que celle «virtuelle». Dans le «réel» aussi, on ne connait pas toutes les facettes des gens…

Un échange de quelques phrases sur Twitter, Facebook ou Google+ a-t-il la même valeur qu’une conversation à la machine à café? Je pense que oui. Parfois la conversation va plus loin que le café… parfois elle n’a lieu que là.

///

En fait, je me suis trouvé étrange, l’autre jour, d’avoir parlé d’une personne comme si c’était une connaissance alors que je ne fais que lire ses tweets et son blogue. Je me suis posé cette question: est-ce suffisant pour la considérer comme une connaissance? Surtout que celle-ci n’a peut-être aucune idée de mon existence?

Je pense qu’il est là, le truc étrange. C’est que la connaissance de l’autre n’est pas nécessairement réciproque. Malgré l’intimité dévoilée, le tout peut être très impersonnel, un peu comme si j’écoutais une conversation de mon collègue du bureau Georges, à travers une porte. Il ne le sait pas que j’en apprends sur sa vie. Ça fait des drôles de connaissances.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s