T’es groupie ou journaliste?

Publié originalement le 21 janvier 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

À mes débuts dans les médias écrits, je n’étais qu’un bénévole parmi d’autres. J’étais à Impact Campus, le journal des étudiants de l’Université Laval. J’y ai côtoyé une personne qui m’a toujours laissé perplexe. Avant ou après ses entrevues, elle demandait des autographes et insistait pour se faire prendre en photo avec l’artiste. Je n’étais encore qu’un débutant, mais il était clair pour moi que ça ne se faisait pas.

Les années ont passé sans que je revoie ce geste de mes propres yeux, jusqu’à ce que je déménage en région septentrionale et isolée. Je ne l’ai pas vu faire devant moi, mais mon prédécesseur au poste de rédacteur en chef/journaliste du journal local aimait également se faire prendre en photo avec les politiciens et les artistes qu’il interviewait. Pire, ce n’était pas pour ses archives ou pour mettre ça sur facebook, c’était publié dans le journal.

Selon moi, ça ne se fait pas. Être journaliste, ce n’est pas ça. Lorsque tu écris un texte sur quelqu’un, tu n’es pas supposé t’insérer dans le sujet. Tu as un rire complice avec lui? On s’en fiche. Tu possèdes tous ses albums? Tant mieux pour toi, mais on s’en fiche encore. Tu t’effaces derrière le sujet. Mets ta personnalité dans l’écriture à la place.

Avoir la face du fermier à côté du fruit ne rend pas le fruit meilleur, ce n’est pas le fermier le produit, c’est son fruit. Le produit du journaliste est son article, pas lui-même.

Tu veux avoir un souvenir de ta rencontre avec l’artiste, bon, d’accord, prends-la, ta photo, mais garde-la pour toi! Quelle perte de crédibilité de te pavaner avec ça!

Ce qui m’amène à Herby Moreau. Marc Labrèche l’a parodié, jeudi soir, à 3600 secondes d’extase. Une belle parodie malgré l’imitation moyenne. Ça a piqué ma curiosité, j’ai été voir exactement ce qu’il faisait, cet Herby, sur Cyberpresse. C’est exactement le genre d’article qui me fait bâiller et rouler les yeux. Si moi ça m’allume autant qu’un accident de char, je peux comprendre que ça intéresse certaines personnes (à ma grande tristesse).

Puis que voit-on, soudainement? Un Herby Moreau qui pose tout sourire avec Stephen Dorff. C’est peut-être qu’une photo sur quatre, dans l’article, mais c’est là quand même. Et ce n’est pas innocent. Il aime parler de comment il arrive à contacter tel et comment il a passé un si beau moment avec l’autre. Il se vend avec l’artiste dont qu’il cause.

Je ne peux qu’être conséquent: si je trouve que ça ne se fait pas de la part d’une bénévole, d’un journaliste inconnu, ça ne se fait pas plus de la part d’un journaliste-vedette. Je trouve même ça pire.

Peut-être, dans le fond, que je ne fais juste pas comprendre cet univers du potinage. Tant qu’à mémérer, il vaut peut-être mieux de potiner soi-même sur soi. Il y en a, pour se faire plaisir, qui se masturbent, d’autres se prennent en photo avec des vedettes.

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