Tant pis pour le panache!

Publié originalement le 15 septembre 2012 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

«Tu vas voir ce que tu vas voir!»

Un des comportements humains qui m’amuse le plus, tout en me laissant pantois et perplexe, est le besoin d’en montrer plein les yeux. Plus précisément de se démontrer.

De démontrer qu’on n’est pas quelque chose ou de prouver que nous sommes bien de telle façon.

Ne pas faire la promotion de nos faiblesses ou de certaines facettes de notre personnalité, c’est une chose. Faire semblant qu’on est le contraire en est une autre. Et vouloir à tout prix faire l’étalage de nos forces est aussi autre chose.

Évidemment, les gens n’ont pas besoin de savoir que je suis nul avec un marteau ou un tournevis. Je ne le renie jamais, mais ce n’est pas une chose que je mentionne dès la première discussion avec quelqu’un, ni durant les prochaines, sauf si le contexte amène le sujet — genre que je me retrouve chez la personne et qu’un dégât d’eau agrémente la soirée: «euh, je peux pas ben ben t’aider, sauf pour amener un seau, appeler un plombier et t’aider à nettoyer.. Ok?»

On peut se dire que c’est normal, que c’est même un peu stratégique, qu’on ne montre simplement pas nos faiblesses comme ça, candidement. Pour plusieurs, ça fait partie du jeu de charme, que ce soit un charme professionnel, amical ou amoureux.

Mettons.

Parce que je ne suis pas plus du genre à mettre de l’avant mes talents particuliers — déjà faudrait s’entendre sur ce qu’est un talent particulier, parce que mes «talents particuliers» n’ont aucune utilité concrète dans la vie. Et je ne risque pas d’en parler jusqu’au moment où le contexte fera en sorte que je devrai admettre que je trippe pas mal sur la bande dessinée ou sur la politique (quand je parlais d’aucune utilité concrète!).

Pis encore, la plupart du temps, je me demande si je dois vraiment ajouter un «bien moi aussi j’adore ce truc» ou encore un «oh! je me débrouille moi aussi dans ce domaine!», des fois que le fait de le mentionner ait trop l’air péteux-de-broue, intéressé ou soit juste inutile de le savoir.

Vous savez ces scènes où une fille mentionne qu’elle aime les gars musclés et que tout d’un coup, le gars à qui elle parle se met subtilement à lui montrer ses biceps? C’est un peu ça, se démontrer ou se prouver.

C’est vouloir prouver à quel point nous ne sommes pas cons, que nous pouvons être romantique, que nous connaissons tellement le sujet, que nous sommes les plus grands cuisiniers du monde, que nous ne nous laissons pas marcher sur les pieds, que nous sommes virils, que nous dansons comme Shakira ou Lady Gaga, que nous sommes aussi drôles que Louis-José Houde (ou les Denis Drolet, selon les goûts), que nous pouvons réparer n’importe quel trouble sur une voiture, que nous sommes un expert en comportement animal, etc.

Même pas besoin d’être vantard. Le simple fait de ne jamais avouer que nous ne connaissons pas ça est un besoin de se démontrer, de se mettre en valeur.

Si une personne me trouve con, snob, plate, sérieux, bizarre, épais, intellectuel, inculte ou coincé, qu’importe, je ne chercherai pas à prouver le contraire. Premièrement, parce que je m’en fiche, ensuite parce qu’il aura peut-être raison, et surtout parce que s’il y a bien une chose de relative, c’est bien les impressions. Un con pour moi sera un génie pour un autre.

L’inverse est tout aussi vrai. Je ne cherche jamais à montrer que j’ai une citation de Pérusse dans beaucoup trop de circonstances, que je connais par coeur des milliers de chansons que personne ne connait, que lorsque j’ai lu Descartes la première fois, je l’ai trouvé un peu con. (Je vous l’avais dit que mes talents étaient inutiles).

Que la personne nous trouve intelligent ou niaiseux, charmant ou banal, drôle ou plate, cool ou ronflant, dynamique ou monotone, vulgaire ou sophistiqué, qu’importe si nous sommes toujours nous-mêmes?

C’est à force de connaître les gens que nous découvrons qu’ils peuvent autant être intelligents que niaiseux, aussi cons que géniaux, aussi incultes qu’experts, aussi sages qu’enfantins. Nous sommes un tas de nuances.

Je ne cherche pas à charmer les autres, qu’importe la relation que l’on a. Je cherche simplement à être moi-même. Tant mieux si ça plait. Tant pis si ça rebute.

À quoi bon vouloir impressionner? Le temps aura toujours son effet et la réalité finira toujours par prendre le dessus, la cachette finira par être découverte, l’ombre sera inévitablement éclairée, le diamant jaillira du carbone. Laisse-moi te découvrir comme je te laisse me connaître, un détail à la fois. Tout le plaisir est là!

J’ai la barbe, qu’importe si j’ai du panache ou non!

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