Pick Up, ou l’art de se faire pointer du doigt sur les réseaux sociaux

Publié originalement le 7 septembre 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

Dans la vie, tout est parfois une question de timing, d’être au bon endroit au bon moment. Se promener tout nu dans le métro à minuit n’aura pas le même effet que de le faire à 8h du matin.

La télévision se sert souvent des élans pour propulser d’autres émissions. Une émission placée après La petite vie surfait en bonne partie sur l’auditoire millionnaire du monde un peu fou de Claude Meunier. L’émission Pick Up diffusée lundi soir à Radio-Canada a ainsi pu compter sur les très nombreux spectateurs de l’émission Les Chefs, dont c’était la finale. À son grand malheur, toutefois. Si elle avait été diffusée après le Téléjournal, ça aurait presque passé dans le beurre. Ça aurait été le spectacle de Nirvana à Verdun, tout le monde l’aurait vu, même s’il n’y aurait eu que 130 000 spectateurs dans les faits.

Pis encore pour Pick Up, Les Chefs n’est pas seulement un succès en audience, c’est aussi une émission très commentée sur les réseaux sociaux. Pis encore, depuis quelques années, il n’y a plus vraiment de publicité entre les émissions à la télévision, qu’un petit trente secondes, décompte en prime.

Quand l’émission Pick Up a commencé, bien peu de gens avaient encore changé de poste, encore moins délaissé Twitter, Facebook ou Google+. Les commentaires ont fusé à la vitesse de l’éclair. Des «quossé ça?!» aux nombreuses blagues.

Soyons honnêtes, l’émission méritait les blagues. La réalisation était maladroite, le scénario semblait encore à l’étape du brouillon, les réinterprétations du répertoire de Luc de Larochellière n’étaient pas particulièrement réussies. Ça a l’air que c’était une émission pilote, ce qui expliquerait pas mal tout ça.

Pour ceux qui ont manqué ce moment maintenant légendaire, le principe est simple: se servir des chansons de Luc de Larochellière pour créer une comédie musicale de trente minutes.

Je le répète, les blagues étaient méritées. Faire chanter «qu’est-ce que tu dirais si je te disais reviens» par deux personnes qui ont flirté cinq minutes un an auparavant, ça ne marche pas. Faire chanter Cash City après qu’une personne gagne un montant à la loto, c’est ne pas bien saisir les paroles de la chanson. Puis Joël Legendre, lui qui a fait la direction artistique et qui joue dans la comédie musicale, il est un malaise régulier à mes yeux, dans tout ce qu’il fait – sauf en doublage. Bref, plusieurs malaises, plusieurs fous rires.

Sauf que je crois que l’idée n’est pas mauvaise. Au contraire. Faire connaitre des répertoires par des comédies musicales n’est pas du tout une mauvaise idée. Pensons au film Across the universe, basé sur le répertoire des Beatles. Même source pour le célèbre spectacle du Cirque du Soleil, Love. Je ne sais pas si la comédie musicale Le blues de la métropole est bonne, mais c’est le même principe, sur la musique de Beau Dommage.

C’est cependant une aventure facilement casse-gueule, comme on l’a vu. Créer une histoire qui se tient et qui relie des chansons qui ne parlent pas nécessairement des mêmes sujets, avec les mêmes émotions, ce n’est pas évident. C’est même un sacré casse-tête auquel j’hésiterais à m’attaquer — d’autant plus que je ne suis pas scénariste. Ça demande aussi un travail plus approfondi dans les réarrangements, afin que tout coule vraiment. Puis des chorégraphies un peu plus poussées… Une mise en scène plus intelligente aussi.

Il y a quand même une idée intéressante. Il y a de riches répertoires au Québec, dont fait partie Luc de Larochellière, et Félix Leclerc, Robert Charlebois, Jean Leloup, Offenbach, Les Colocs, Les Cowboys Fringants (même si je les trouve poche depuis Grand-Messe), Diane Dufresne, Willie Lamothe, Pierre Lapointe et pas mal d’autres.

Souvent, pour que ce genre d’exercice fonctionne, il doit y avoir une réelle réappropriation du répertoire par les artisans, une déconstruction. Il ne faut pas simplement les aligner avec une ou deux phrases pour les relier, il faut créer un réel univers, complet, qui s’inspirera des pièces. L’idée, c’est de s’inspirer, pas de ploguer.

Bref, idée intéressante, mais très mal développée pour le pilote.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s