Les réseaux sociaux: un modèle d’affaires qui me gosse

Publié originalement le 24 août 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

Lorsque Google+ est débarqué, je me suis rapidement dit que deux réseaux sociaux aussi similaires (Facebook et Google+) ne pouvaient vraiment être des succès en même temps. Trop peu de gens prendront le temps d’alimenter les deux comptes pour être intéressant. À la longue, des gens auront un penchant pour l’un ou l’autre. Sauf que la force de ce type de réseaux repose en bonne partie sur l’adhésion d’une énorme quantité de gens. Au début du réseau de Google, plusieurs disaient qu’il manquait de gens pour faire le «party». Ça résume tout ça.

Je ne suis pas sur Facebook pour plusieurs raisons. Je pense que je ne suis pas assez sociable pour ça. Je ne veux pas être aussi informé par la vie des gens et je ne veux pas nécessairement lancer une discussion sur tout ce que je dis. Pour ça, j’aime bien le côté plus distant de Twitter. C’est un fluide dans lequel tout le monde prend ce qu’il veut de la manière qu’il le veut via une utilisation beaucoup plus libre, à mes yeux, aussi. Certains s’en servent comme s’ils étaient sur un canal IRC, d’autres comme un fil de presse.

Cela dit, je ne suis pas sur Facebook surtout par principe. Je déteste son côté hermétique. Et cette facette est encore plus grosse à mes yeux depuis Google+. Pas que le second est plus ouvert, mais il fait l’effet d’un miroir qui grossit certains traits.

Il est vrai que plusieurs pages peuvent être consultées sans être membre. Mais pas toutes. On ne peut pas non plus commenter ne serait-ce qu’une seule fois si nous ne sommes pas membres. Et faire une recherche d’informations sur un compte précis est parfois un sacré calvaire lorsque nous ne sommes pas membres. Bref, le réseau incite à s’inscrire pour pouvoir en profiter.

Et bordel que ça m’énerve. Parce que les gens l’utilisent comme si c’était un service public, comme si c’était ouvert à tous, comme si c’était aussi accessible et libre qu’un site Internet classique ou qu’un blogue. Ce qui n’est pas du tout le cas.

De plus en plus de producteurs/artistes/entreprises ne diffusent des infos, des communiqués ou autres documents/informations que sur Facebook, ce qui est une connerie. Tu te coupes de tous ceux qui ne sont pas là-dessus.

Facebook, ce n’est pas comme un courriel ou un service téléphonique. Ce n’est pas un moyen de communication accessible par différents forfaits/compagnies/alternatives. C’est le site d’une compagnie privée qui en fait ce que bon lui semble, et non un service public.

Et si…
Et c’est un peu là, je pense, que me vient ce «fantasme»: une uniformisation des réseaux sociaux. Un peu comme pour les courriels, il y a un protocole propre qui fait que ce type de communication peut fonctionner même entre deux entreprises distinctes. Des gens abonnés à Hotmail peuvent envoyer des messages à des gens abonnés à Gmail ou toute autre plateforme de courriels, que ce soit via notre site Internet ou notre fournisseur Internet. C’est libre. À nous de choisir la plateforme qui nous convient. C’était la même chose avec les IRC, rien n’obligeait de passer par mIRC.

Pourquoi les réseaux sociaux n’opteraient-ils pas pour une forme similaire? Ainsi, si on préfère la formule Facebook, ce que l’on publierait pourrait être lu et même l’interaction serait possible par une personne qui préfère la plateforme Google+, par exemple. Ça serait tellement plus simple. Là, on pourrait parler d’une forme réellement sociale et ouverte.

Oui, certains logiciels permettent d’interagir sur plusieurs réseaux sociaux distincts (Facebook et Twitter en même temps, entre autres), mais ce n’est pas le même principe. Le logiciel ne fait que contourner ce qui gosse. Ça demeure hermétique.

Mais non, Facebook est basé sur le principe même de l’exclusivité. C’était au début un club sélect qui s’est agrandi, après tout. Mais les grands principes en sont demeurés les mêmes. Tu fais partie du club ou non. C’est ainsi qu’ils ont bâti leur entreprise. Tous leurs membres constituent maintenant une banque de données hallucinantes, fantasme de plusieurs publicitaires.

Le résultat est que Facebook a tué le moribond MySpace et que Google+ aimerait bien tuer Facebook. Mais si on continue ainsi, un autre viendrait alors tuer Google+ (s’il tue FB) et ainsi de suite. Absurde. On ne se refera pas un réseau à chaque fois!

Vous me direz que là c’est pas si mal. Mais imaginez dans 20 ans. Regardez juste la tendance des grands réseaux qui construisent du contenu exclusif à leurs abonnés. Comme Lib.tv. Une webtélé exclusive aux abonnés de Videotron. C’est à mon avis à l’opposé de ce qu’est le web. Ce n’est pas comprendre le web. Un modèle d’affaires qui se défend pour un patron qui cherche la rentabilité, mais on se tire collectivement dans le pied à aller dans cette direction.

Est-ce qu’un jour je ne pourrai pas téléphoner à ma soeur parce qu’elle est avec Bell et moi avec Cogeco? Ça l’air con, mais on dirait que petit à petit, le web se dirige vers ça. Oups, désolé, t’es sur G+ plutôt que FB. Oups, désolé, t’es avec Videotron plutôt que Bell. Oups, désolé, t’es avec Android plutôt que Apple.

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