Les Québécois boudent-ils l’information internationale?

Publié originalement le 23 décembre 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

La firme Influence Communication a sorti son rapport annuel «État de la nouvelle – bilan 2011». Un document intéressant qui nous apprend que les joueurs du Canadien prennent encore trop de place dans nos médias québécois, que les nouvelles vivent encore moins longtemps (tout juste 120 minutes sur les réseaux sociaux) et que la cuisine a plus de visibilité que la culture…

Bref, une manière de regarder l’information différemment et qui, parfois, déprime. Pour vrai.

Une statistique qui n’est pas nouvelle, c’est que le Québec ne parle pas beaucoup de ce qui se passe dans le monde, et même dans le Canada anglais. En fait, 2011 a été une exception, parce qu’il y a eu de la place pour ces deux champs, mais les circonstances étaient particulières.

En entrevue avec Stéphane Baillargeon du Devoir, le patron d’Influence, Jean-François Dumas, disait qu’au «Québec normalement, les nouvelles internationales n’intéressent pas les médias québécois. Avec 2010, 2011 est une exception de ce point de vue. C’est conjoncturel, à cause du Printemps arabe, du tsunami au Japon, du tremblement de terre en Haïti, de l’arrivée d’Obama, etc. Généralement, les deux thèmes qui nous intéressent le moins concernent ce qui se passe ailleurs au Canada et ailleurs dans le monde.»

J’avais commencé à écrire un peu là-dessus, il y a une semaine, un peu automatiquement, à la suite d’une réflexion. Pis après quelques paragraphes, je me disais: «bien, me semble que c’est évident, Mike, que c’est ça.»

Puis hier, Influence nous ramène dans la face que partout dans le monde, Kim Jung Deux est LA nouvelle… mais pas au Québec. Et il pose la même question qui me turlupinait lorsque j’avais commencé ce billet: «médias nationaux ou régionaux?» Puis, encore, Cécile Gladel a aussi parlé de l’international versus l’hyperlocal, sur Projet J.

D’accord, je ressors ce que j’avais commencé à écrire.

La question se pose effectivement, et le reproche revient souvent: le Québécois se câlisse-t-il de ce qui se passe dans le monde? Je me pose encore la question, sans trop me répondre.

«National», c’est flou au Québec, ça
Dans l’hebdomadaire où je travaille, on ne traite jamais de nouvelles internationales ou canadiennes. Si on le fait, c’est parce qu’un individu ou une entreprise de la Côte-Nord est concerné ou touché par la nouvelle. Sinon, on laisse les médias que l’on qualifie de nationaux le faire. Ce n’est pas notre job.

Les gens de Port-Cartier, de Sept-Îles et de la Minganie veulent être informés sur ce qui se passe chez eux. Parce qu’ils se foutent de ce qui se passe à Montréal, Paris et New York? Pas nécessairement. Plutôt parce qu’on est les seuls qui parlent de ce qui se passe chez eux. Leurs attentes sont normales et collent à la mission du Nord-Côtier.

Je ne crois pas que les Nord-Côtiers de l’Est soient nécessairement coupés du reste du monde et soient particulièrement centrés sur eux-mêmes. Parce qu’il y a des médias plus gros et plus provinciaux pour leur parler de ce qui se passe au Québec, ils veulent que leurs médias locaux leur servent. Et la majorité de l’information au Québec est le fruit d’un média régional.

En faisant de l’empirisme, je crois que le Québec dans son ensemble vit un peu la même chose.

On est à peine 8 millions dans un bassin de centaines de millions d’anglophones. Même si nos médias québécois se prétendent nationaux, ça demeure presque de la nouvelle régionale quand on prend un très petit recul.

Ça devient régional comme un bulletin du Connecticut sur le Connecticut est régional par rapport au bulletin national.

Si on ajoute que le national au sens propre est presque impossible, étant donné la barrière de la langue. Le bulletin de 22h de la CBC a beau être présenté d’un océan à l’autre, il rejoint principalement les Canadiens à l’extérieur du Québec, et inversement, le bulletin de 22h à Radio-Canada parle à tous les francophones du pays… mais est centré sur le Québec et surtout écouté par les Québécois. Il y a un régionalisme naturel, déjà, dans le véritable média national du Canada.

Le Québécois veut que ses médias lui ressemblent, comme les Septiliens, les Portcartois et les Cayens veulent que mon hebdo leur ressemble. Parce que sinon les autres médias ne parlent jamais de ce qui se passe chez eux. La Côte-Nord n’existe pas dans les médias nationaux comme le Québec n’existe pas sur CNN, TF1, Fox News, Le Monde, etc.

Ce qui est une volonté de représentativité est toutefois devenu un cercle vicieux. Un peu comme le showbusiness québécois qui a son propre «star system», l’information a fini par créer sa propre bulle.

Est-ce bien, est-ce mal? Dépend de quel côté de la médaille on se met. Mais il faudra que certains cessent de se prétendre national. Ils ne sont que régionaux. J’oserais même dire que certains médias montréalais se prétendent nationaux, simplement.

Ainsi, pour répondre à la question «le Québécois se câlisse-t-il de l’information internationale», je crois qu’il ne faut pas regarder nécessairement nos médias, mais s’ils consultent les sources qui traitent des questions internationales et si cette proportion se compare aux autres régions.

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