Les mouches vont finir par aimer ça

Publié originalement le 16 novembre 2010 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

Le proverbe dit que celui qui n’est pas marxiste à 20 ans n’a pas de coeur et que celui qui l’est encore à 40 ans est un imbécile. L’adage s’applique pratiquement pour moi. À 15 ans, j’étais un marxiste convaincu et mes travaux scolaires portaient sur Karl Marx et compagnie (ou sur la musique). À 20 ans, j’en riais déjà.

Aujourd’hui, je me considère comme un gars de centre. Centre-gauche peut-être si l’on veut vraiment enculer des mouches, sauf que je pourrais en réenculer en disant « une gauche efficace svp! », mais je n’ai jamais été très diptèrophile. De toute façon, je crois que plus une personne est au pouvoir, plus elle tendra vers le centre, parce que le pragmatisme finit par l’emporter sur l’idéologie (même si Harper est en train de me faire mentir).

Je me méfie quand une personne déclare que tous les entrepreneurs sont des crosseurs comme je me méfie d’un entrepreneur qui croit que l’État n’est qu’un bouffeur d’impôt. Des stupidités du genre, on en entend plusieurs, j’allais dire depuis un certain temps, mais ce n’est pas si nouveau, finalement. Il y en a une qui m’agace et qui revient de plus en plus souvent (même si la droite est absente des médias selon Éric Duhaime). Et je vais me servir d’une chronique de Richard Martineau pour la présenter.

Dans une chronique du 2 novembre dernier, il parle du système de santé. Plus précisément de la gestion des hôpitaux et de ce qu’il faudrait faire pour s’en sortir. À noter que le mot « Sept-Îles » a ralenti ma lecture en diagonale habituelle de ses chroniques.

Il cite un exercice qu’a fait le CSSS de Sept-Îles afin d’améliorer sa productivité.

Prenez ce qui est arrivé au Centre de Santé de Sept-Îles.

Le système était bloqué, les employés perdaient un temps fou à courir à droite et à gauche, la main droite ne savait pas ce que faisait la main gauche — bref, c’était le bordel.

Un cas patent « d’indigestion bureaucratique ». La structure était tellement lourde, tellement complexe qu’elle écrasait tout le personnel, les cadres comme les employés de la buanderie.

Qu’a fait la direction de l’hôpital? Elle a décidé d’avoir recours à une firme privée, Proaction, pour mieux synchroniser le travail de ses employés.

En quelques mois, la firme Proaction (qui se spécialise justement dans la « maximisation » des ressources humaines des entreprises) a réussi à désengorger l’hôpital et à le rendre plus fonctionnel, plus efficace.

Jusque là, ça va. Sauf que…

Ce qui s’est passé à Sept-Îles est un exemple parfait d’une association public-privé réussie.

Car quoiqu’en pensent les anti-PPP, le système public a besoin du privé pour se sortir du bourbier où il s’est enfoncé.

En effet, contrairement au système public, les entreprises privées ne peuvent pas se payer le luxe de crouler sous une bureaucratie obèse. Elles doivent être sveltes, compétitives, sinon elles crèvent la bouche ouverte.

Déjà, pour moi, il n’y a aucun PPP là-dedans. Mais étant donné que la définition de PPP est quand même floue, je ne m’obstinerai pas sur ce point.

Ce que je trouve pernicieux, c’est lorsque le chroniqueur affirme, dans un honteux raccourci, que « les entreprises privées ne peuvent pas se payer le luxe de crouler sous une bureaucratie obèse. » C’est vrai, les entreprises ne devraient pas tomber là-dedans étant donné la recherche de profits, mais ceci ne veut pas dire que tous y parviennent (et inversement, tous les organismes parapublics ne sont pas obèses).

D’ailleurs, M. Martineau le dit lui-même, la firme engagée par le CSSS de Sept-Îles se spécialise dans la maximisation des ressources humaines des entreprises. Si la firme existe, c’est que des entreprises en ont besoin.

Des incompétents dans l’entrepreneuriat, il me semble qu’il y en a plein. Des administrateurs du privé qui débarquent au public, il y en a eu plusieurs. Alors, pourquoi continuer ce raccourci à la con que la compétence est au privé et que la mauvaise gestion est au public?

Je l’ai dit, je n’aime pas l’enculage de mouche et à voir certaines personnes le faire pour prouver qu’ils ont raison est plus que désolant, c’est dangereux. Les mouches vont se mettre à aimer ça et à continuellement nous tourner autour lorsqu’on voudra débattre, ce qui nous fera passer plus de temps à tasser les mouches qu’à dialoguer.

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