Le pop corn: vraiment nécessaire durant un film?

Publié originalement le 18 janvier 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

En affichant ce gros grain de maïs éclaté, je fais mon hypocrite. Parce que je ne mange même pas ça, moi, du maïs soufflé, dans les cinémas. Au ciné-parc oui, mais pas au cinéma. C’est que dans une salle de cinéma, j’aime vraiment embarquer à 100% dans une bulle, oublier le reste autour. Je suis là pour vivre une expérience artistique. Si je mange du pop corn durant le film, le bruit de mon propre mâchage me dérange, tout comme celui de fouiller dans le sac. Idem pour le bruit masticulaire et froissiculaire des sacs par les voisins autour. Mais ces distractions ne me dérangent pas au ciné-parc, parce que c’est déjà une distraction en soi, d’être là.

Depuis jeudi dernier, Sept-Îles et Port-Cartier vibrent en partie au rythme du festival du film Ciné 7. On en est maintenant à la presque mi-chemin. Depuis jeudi, j’ai été voir cinq films. Ce qui n’est pas beaucoup si je compare à ce que je me suis prévu pour les prochains jours. Ceux qui me connaissent bien savent que je savoure pleinement et le plus possible ce festival cinématographique. Voici donc un petit survol de ce que j’y ai vu depuis le 13 janvier.

Chercher le courant
Réalisation: Nicolas Boisclair, Alexis de Gheldere
Narration: Roy Dupuis

Un documentaire que j’avais bien hâte de voir. Deux réalisateurs et deux environnementalistes ont parcouru les 500 kilomètres de la rivière Romaine, de sa source au Labrador jusqu’à sa jetée dans le golfe Saint-Laurent. Leur but: offrir un dernier témoignage de cette rivière qui sera détruite quelques mois plus tard par Hydro-Québec alors qu’elle y construit quatre barrages pour un maigre 1550 MW.

En plus de créer cet héritage visuel et de démontrer visuellement l’impact des barrages, les deux cinéastes ont questionné différents intervenants spécialisés en énergies vertes (biomasse, efficacité énergétique, solaire, éolien, biogaz) afin de lancer le débat sur les centrales hydroélectriques: est-ce encore la meilleure façon de créer de l’énergie au Québec? Avec ces interventions et les propres chiffres de la société d’État, les réalisateurs démontrent clairement que non.

J’ai aimé la simplicité des données. Les documentaristes auraient pu se perdre en ratissant trop large, car plusieurs avenues et histoires noires d’Hydro-Québec n’ont pas été mentionnées dans le film. Le long métrage n’en devient que plus précis et percutant. Les images, quant à elles, parlent d’elles-mêmes. Comment ne pas partager l’émotion des canoteurs à la fin, lorsqu’ils se rendent compte qu’ils sont parmi les derniers à admirer cette rivière?

Rarement un slogan n’a été aussi juste: «Si vous payez un compte d’électricité, vous devez voir ce film.»

Incendies
Réalisation: Denis Villeneuve
Scénario: Denis Villeneuve, Wajdi Mouawad
Distribution: Lubana Azabal, Mélissa Desormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Rémy Girard

Jusqu’à maintenant, c’est le meilleur film du festival et même de l’année 2010 (il est sorti en 2010) chez les films québécois. Je le compare aux meilleurs films internationaux que j’ai pu voir. Tout est en force dans ce film.

Les images sont poétiques lorsque l’histoire le permet et d’une cruauté qui met mal à l’aise lorsqu’elles se doivent de l’être. Dès les premières images, on est happé et touché. On sent que le film ira chercher profondément nos émotions, qu’on sera au minimum ému, sinon bouleversé.

Impossible de raconter l’histoire sans en dévoiler des éléments surprises, des tournures inattendues, des moments-chocs. Disons simplement que la mort révèle parfois des vérités qui ne sont pas faciles à digérer et que la quête des jumeaux Simon et Jeanne vers leur famille libanaise inconnue est une vraie boîte de Pandore.

Oxygène (Adem)
Réalisation: Hans Van Nuffel
Scénario: Hans Van Nuffel, Jean-Claude Van Rijckeghem
Distribution: Stef Aerts, Wouter Hendrickx

Je me suis laissé tenter par le synopsis. Et j’ai bien fait. Ce film belge (en néerlandais sous-titré français) est encore une fois une charge d’émotions. Presque un huis clos dans un hôpital, on y suit principalement un jeune homme atteint de la fibrose kystique… il aura inévitablement besoin d’une greffe de poumons, un jour ou l’autre, comme son frère.

Durant ses multiples séjours à l’hôpital, il fait la connaissance d’un confrère de maladie, qui tente malgré tout de vivre sa vie à fond. Entre son frère qui ne s’en remet pas, ce voisin de chambre qui vit excessivement et son ami délinquant, Tom ne sait plus quoi faire: peut-il songer à un avenir, doit-il plutôt profiter le plus possible du présent, que peut-il espérer de la vie?

J’ai versé une larme à la fin.

Route 132
Réalisation: Louis Bélanger
Scénario: Louis Bélanger, Alexis Martin
Distribution: François Papineau, Alexis Martin

On dirait que tous les films du festival viennent brasser nos émotions. Cette fois-ci, nous suivons Gilles qui vient de perdre son fils. La veille de l’enterrement, il tombe sur un ami d’enfance, un peu voleur sur les bords. Après quelques bières, ils se convainquent d’aller faire une virée dans le Bas-Saint-Laurent. Alors qu’ils pensaient se faire une banque, le premier tente surtout de vivre son deuil alors que le second trouvera étrangement un sens à sa vie.

La réalisation de Louis Bélanger (Gaz Bar Blues) nous permet d’admirer à volonté un Québec magnifique, avec pratiquement toujours le fleuve et ses îles en toile de fond. Les comédiens François Papineau et Alexis Martin nous offrent sans surprise des performances convaincantes et chargées d’émotions. Le scénario a quelques petits revirements un peu prévisibles, mais rien qui nuit au film. Si le motton est bien présent au début, il s’estompe au fil du long métrage, alors que les deux héros semblent trouver une certaine paix. Puis avec Bélanger et Martin au scénario, le film ne manque évidemment pas d’humour.

Le réseau social (The Social Network)
Réalisation: David Fincher
Scénario: Aaron Sorkin, Ben Mezrich
Distribution: Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake

En sortant du film, je me disais que même s’il comportait plusieurs éléments dignes de mention et que le film était bon, je ne comprenais pas pourquoi plusieurs le voyaient gagnant des grands honneurs… Et voilà qu’il remporte le Golden Globe du meilleur drame, de la meilleure réalisation, du meilleur scénario et de la meilleure trame sonore hier soir. Dans mes dents.

D’accord, les comédiens sont impeccables. David Fincher nous offre une réalisation classique, très efficace, mais généralement tout de même sobre, malgré quelques petites scènes particulièrement belles, comme celles de la compétition d’avirons. Le scénario est bien ficelé, alors que nous suivons parallèlement l’évolution du site et de deux recours en justice contre le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.

Mais film de l’année? Là, j’ai un doute. C’est un bon film, encore une fois, aucun doute, mais je peux facilement nommer plusieurs films plus percutants en 2010. Est-ce que le public a tant aimé se rendre compte que le fondateur du site le plus populaire est peut-être un trou du cul?! Aime-t-on tant haïr les multimillionnaires que ça?! Je pense que le succès repose plus sur le phénomène social que sur les qualités du film en soi, malgré l’absence de faille.

Ces prochains jours, je serai pas mal absent, alors que j’irai voir Falardeau, Solutions locales pour un désordre global, Québec Gold 2010 (série de courts), 10 1/2, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, Curling, Mammuth, Le coeur d’Auschwitz, Carlos, Nanneri la soeur de Mozart et Des hommes et des dieux, le tout en faisant toutes mes heures de travail, évidemment.

On s’en reparle dans une semaine.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s