La fois où j’ai dit: «Applaudissez la délicieuse Cynthia!»

Publié originalement le 31 janvier 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

Il y a quelques années, j’ai frappé un mur. Le genre de mur qui te fait demander si tu devras aller cogner à la porte d’une banque alimentaire. Être entre deux contrats, dans l’univers médiatique (et culturel en général), ça peut parfois être crissement long. Bon, j’exagère un peu, bien que j’ai déjà vécu ça pour vrai, là, c’était davantage pour arrondir les fins de mois.

Je regardais donc les offres d’emplois, des fois que. Pis il y a eu cette annonce: «Animateur-DJ-Éclairagiste pour bar de danseuses». Entre ça et être commis dans un Couche-tard, je préfère et de loin être dans un bar de danseuses à mettre de la musique et à les présenter. Ça se rapproche beaucoup plus de ce que j’aime faire dans la vie.

L’entrevue
Déjà, la rencontre avec le patron, c’était un pas pire sketch. Combien parmi vous ont serré pour la première fois la main de leur boss à côté de deux danseuses presque nues? Le ton est donné.

«Toi, tu vas souvent aux danseuses?» qu’il me demande cet ancien doorman (il en avait toutes les apparences). «Non, ce n’est que la troisième de ma vie que je rentre dans un bar de danseuses», que je lui réponds, en précisant que la première fois c’était à mes 18 ans et que la deuxième, c’était aux 18 ans d’un de mes amis. «C’est pas du tout mon genre de place», que j’ose même ajouter.

Sur le coup, je me dis que j’ai peut-être été trop honnête. Que j’avais peut-être franchi la mince limite entre «ne pas être un pervers» et «cracher sur les danseuses». Mais non, il me répond qu’il préfère ça de même et qu’il a déjà eu des problèmes dans le passé avec des DJ un peu trop entreprenants avec les spécialistes du poteau.

«En plus de ton salaire de base, tu as une partie des pourboires du bar puis, souvent, quand tu acceptes une demande spéciale d’une danseuse sur ses chansons ou son éclairage, elles te donnent un pourboire. Ça peut être bien payant c’te job-là», m’explique le gérant de la place.

L’entretien se passe bien pis il me fait visiter les lieux, y compris la loge de l’intérêt premier des clients. De toute façon, c’est un mélange de loge, corridor et entrepôt, cette salle-là.

La première fois
Je devais me présenter quelques jours plus tard pour ma formation. On était deux en même temps. L’autre était un jeune sortant tout juste de l’adolescence, du moins, il avait maintenant 18 ans, et était un vrai yo de banlieue. Et lui, la bave lui coulait de chaque bord de la bouche chaque fois qu’une fille pratiquant le nudisme professionnel nous parlait ou nous croisait. C’était un pas pire divertissement le voir aller et l’entendre lâcher des «wow!» «Crissement nice quand même» «Lui as-tu vu le cul? Ben tight!».

Le mentor nous présente le b.a-ba du métier: comment fonctionne la console, le logiciel d’éclairage, comment fonctionne le roulement des filles. Parce que les filles ne viennent pas au hasard sur la scène, il y a une logique derrière tout ça. La première fois, elle fait une danse sans tout montrer, une autre fille vient ensuite faire sa danse et l’autre revient ensuite afin de tout dévoiler (avec deux chansons) et ainsi de suite.

Ça parait con, mais c’était cette logique qui était le plus dur à assimiler, plus que l’éclairage et la console, en tout cas, parce que la gestion de tout dépendait de l’ordre des filles (et de leurs demandes sur la musique, l’éclairage) et que si tu te trompais dans ta préparation, bien les filles n’étaient pas contentes et quand elles ne sont pas contentes, ça va mal. «Il y en a qui se prennent pour des princesses, ça chiale très fort», m’avertit l’animateur d’expérience.

Ça roule bien, j’assimile donc les rouages et le pro me laisse les commandes. Tout va bien, jusqu’à ce que j’utilise le mot «délicieuse». Erreur fatale! «C’est vraiment bien de varier les expressions, mais c’est aussi délicat. Ce genre de mot, qui peut porter à confusion, c’est à éviter. Comme «délicieuse» pourrait faire croire que tu l’as goûté et ça, il ne faut pas.» Comme quoi il y a de la subtilité partout.

C’est bien cool tout ça, mais…
Personnellement, je trouvais que la formation ne roulait pas assez vite. Celui qui devait me montrer le métier ne me laissait pas aller souvent tout seul. Il y a une limite à ce que tu peux apprendre en regardant. Je suis revenu quatre fois en «training», étalé sur une semaine. «Bon… quand est-ce que je commence, coudonc?» «Je ne sais pas, parles-en au gérant.»

Le gérant demeure flou lui aussi, comme quoi c’était le DJ permanent qui allait lui dire quand j’allais être prêt. Après m’être fait dire ça par les deux bonshommes, deux fois, j’ai senti que je me faisais niaiser un peu et j’ai décidé de mettre fin à l’aventure. Je n’ai jamais été payé pour ces soirées de formation.

Depuis, l’univers me fascine. Un jour, je vais faire un reportage ou un documentaire là-dessus. C’est un autre monde. Ou peut-être m’y réessayer, ça demeure divertissant et relativement cool… J’aurai sûrement rebesoin d’arrondir les fins de mois, un jour.

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