Est-ce nécessaire d’être aussi salé?

Publié originalement le 25 janvier 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

L’autre jour, je racontais que je ne prenais jamais de maïs soufflé au cinéma. Pis c’est vrai. Mais samedi dernier, pour mon quinzième et avant-dernier film du festival du film de Sept-Îles, Ciné 7, je me suis dit que j’allais le faire. Bon, le contexte faisait que je n’avais pas soupé, mais quand même, le fait que c’était une comédie m’a davantage convaincu que la faim. À la fin du tout petit pop corn, j’en ai conclu que je fais bien de ne jamais en prendre. Sti que c’est salé.

Le festival s’est terminé dimanche, avec la remise des prix (Incendies a été le Coup de coeur du public, entre autres) et la projection du film Des hommes et des dieux, présenté en avant-première, ici, à Sept-Îles. C’est-tu pas assez big à ton goût, ça?!

La semaine passée j’ai parlé des cinq premiers films vus durant ce festival (Chercher le courant, Incendies, Oxygène, Route 132 et Le réseau social), terminons ce beau travail avec les onze autres!

Solutions locales pour un désordre global
Réalisation & Scénario : Coline Serreau
Distribution : Claude Bourguignon, Lydia Bourguignon, Vandana Shiva, Pierre Rabhi, Philippe Desbrosses

Je m’attendais à mieux comme documentaire. J’ai apprécié le film, mais il comporte quelques défauts qui ne lui rendent justement pas justice. De la part d’une réalisatrice chevronnée comme Coline Serreau (elle a entre autres pondu Trois hommes et un couffin), je m’attendais à un film plus léché. À plusieurs moments, j’avais l’impression que la caméra était tenue par une personne qui manipulait cet instrument pour la première fois. De plus, le documentaire aurait vraiment gagné à être plus resserré, les propos se répètent parfois et alors que tout se dessine comme une conclusion… une nouvelle question s’ouvre pour finalement que l’effleurer. Le genre de défauts qu’on attribue normalement à des débutants.

Heureusement, les propos sont cependant très, hyper intéressant. En interviewant différents fermiers, spécialistes en microbiologie, ancien ministre de l’Agriculture et autres docteurs en écologie, la réalisatrice pond l’un des films sur le sujet qui, par ses seuls propos, démontre le mieux toute l’absurdité de l’agriculture moderne. Il n’y a aucune image-choc, mais il y a plusieurs images révélatrices. Lorsqu’un fermier montre que la terre qu’il ne laboure pas, qu’il n’injecte aucun pesticide ni aucune semence brevetée est plus en santé que l’autre qui subit toutes les techniques modernes, ça parle énormément. En oubliant les défauts techniques, le film devient alors puissant par son message et sa démonstration.

Québec Gold 2010
Montage de différents courts métrages produits avec la collaboration de l’Office national du film du Canada, PHI Group, Vision Globale et L’INIS.

Ce n’est pas une surprise. Ce genre de compilation, dont je possède à la maison, comporte toujours son lot de films magiques et un peu plus décevants, pour la simple et bonne raison que tous les goûts sont dans la nature. Malgré tout, je n’en suis pas sorti tout à fait satisfait, comme s’il y a avait plus de films que j’ai peu appréciés que l’inverse.

Je ne me souviens pas de tous, mais tout de même une mention pour Sophie Lavoie (c’est le nom du court), Les fleurs de l’âge, les animations de Les journaux de Lipsett et de La tranchée sont magnifiques (mais j’ai moins accroché sur le scénario), M’ouvrir qui m’a malheureusement rappelé une amie… Tout de même, vive les courts métrages. On n’en présente pas assez souvent – et j’en profite donc pour féliciter à nouveau le cinéma local qui en présente avant le film principal plutôt que des bandes-annonces.

10 1/2
Réalisation: Podz
Scénario : Claude Lalonde
Distribution : Claude Legault, Robert Naylor

Un des films que j’attendais le plus dans le cadre du festival. On savait que le film allait être dur, alors qu’on est transporté dans un centre d’accueil pour enfants abandonnés, turbulents, etc. L’éducateur Gilles reçoit un jour le jeune Tommy, interprété par un incroyable Robert Naylor, l’enfant de parents toxicomanes et sur l’aide social. Il a un comportement excessivement violent, ne sachant attirer l’attention que par cette forme d’expression.

Le propos est dur, mais le résultat est beau. Artistiquement, le film est splendide, autant la réalisation, la photographie que le jeu des acteurs et le scénario. Le plongeon dans cette difficile réalité est fait avec précision et tendresse, malgré tout. Le film nous touche, nous fait réfléchir, nous choque, nous fait soupirer, et quand une oeuvre réussit un tel mariage, c’est signe d’une qualité supérieure.

Falardeau (le documentaire)
Réalisation & Scénario: Scénario : German Gutierrez et Carmen Garcia
Distribution : Pierre Falardeau, Manon Leriche, Julien Poulin, Luc Picard

Sans aucun doute mon coup de coeur du festival. Coup de coeur dans le sens que c’est le film qui m’a le plus surpris et touché. Si Incendies a la palme du meilleur film du festival selon moi, c’est que j’y ajoute la qualité du scénario, de la réalisation, etc. Mais mon coup de coeur va sans hésitation à ce documentaire, que je vois davantage comme un hommage, sur Pierre Falardeau.

Avec différentes entrevues, avec sa femme et des amis, et surtout avec une multitude d’entrevues que Falardeau a lui-même données au cours de ses 62 ans, les documentaristes vont au-delà du souverainiste, du cinéaste et du polémiste. Il était tout ça, mais pas seulement ça. C’était un homme de conviction, un homme de coeur, un homme de lettres, un homme près du peuple, mais surtout un homme conséquent. Ses valeurs et ses convictions, il les défendait et les tenait sans se trahir.

Même si je ne partage pas toutes ses opinions, ce personnage mérite le respect et demeure un modèle, à mes yeux, pour la jeunesse.

Curling
Réalisation & Scénario : Denis Côté
Distribution : Emmanuel Bilodeau, Philomène Bilodeau, Sophie Desmarais

Ce film comporte plusieurs éléments qui méritent des nominations dans les festivals ou les galas, ne serait-ce que la photographie ou les interprétations. C’est toutefois le genre de film que, à la fin du générique, tu te demandes comment tu te sens. Je n’ai visiblement pas détesté, bien au contraire, mais on dirait que mon appréciation augmente plus je prends du recul face à lui.

C’est un film lent, où l’on suit Jean-François, un concierge qui a peur de tout, antisocial même. Au point que sa fille de douze ans, prénommée Julyvonne (tout de même), n’est jamais allée à l’école de sa vie et passe ses journées enfermées dans la maison familiale. Puis voilà, ses patrons et collègues tentent tranquillement de le confronter dans sa vision de la vie, au point qu’il se met à douter: et si, finalement, le huis clos n’était pas bien pour sa fille, et si, finalement, il ne faisait pas les bons choix.

Une chose est sure, je me suis accroché à ce peureux et à cette jeune fille qui ne demande qu’à explorer le monde.

Mammuth
Réalisation & Scénario : Gustave Kervern et Benoît Delépine
Distribution : Isabelle Adjani, Gérard Dépardieu, Yolande Moreau

Je ne parlerais pas d’une déception, mais je dois admettre que je m’attendais à mieux. J’avais lu plusieurs articles élogieux envers cette petite production française et je m’y suis pointé tout plein d’optimisme. Comme Curling, c’est un film lent, où Gérard Depardieu incarne Serge, un homme un peu con qui, rendu à la retraite, lui manque quelques trimestres de travail pour avoir son plein régime de retraite. Il repart donc vers son passé afin de tenter d’avoir d’anciens employeurs des papiers qui viendraient combler ces heures de travail manquantes.

Il se fait voler, se fait traiter de con, apprend que travailler au noir ne permet pas d’avoir une retraite dorée, bref, sa route sera semée d’embuche. Jusqu’au jour où il rencontre sa nièce, qu’il n’avait pas vue depuis qu’elle était haute comme trois pommes. À son contact, il revit, reprend confiance en lui et fait la paix avec son passé.

Malgré quelques longueurs et quelques petits défauts dans le scénario, j’ai quand même aimé cette quête de ce pauvre con se faisant un peu baiser par le système. Visiblement le fruit d’une exploration artistique, l’image est tout au long surexposée et très contrastée, me rappelant la qualité d’image des vieux VHS. Le flou est parfois volontairement tout croche. Le personnage de la nièce est adorable. Bref, plusieurs éléments intéressants, mais dans l’ensemble, bah.

Le coeur d’Auschwitz
Réalisation : Carl Leblanc, Luc Cyr
Distribution : Fania Felner et Carl Leblanc

Quelle histoire incroyable! Une survivante d’Auschwitz, maintenant établie à Montréal, a reçu, un jour, en plein camp de concentration, un petit livre en forme de coeur, pour son vingtième anniversaire. À l’intérieur, des voeux, des souhaits, des encouragements. Pourquoi a-t-elle reçu un tel objet? Pourquoi ses consoeurs ont-elles pris de tels risques pour fabriquer cet objet, alors qu’avoir le moindre bout de papier sur soi dirigeait directement vers la mort? Mais surtout, comment a-t-elle réussi à le garder?!

Carl Leblanc est tombé devant cet objet, un jour, et a décidé, huit ans plus tard, d’enquêter sur cette histoire. Il cueille le témoignage de Fania Felner, celle à qui appartient le livre. Puis se dirige en Allemagne puis en Israël pour tenter de retracer les signataires. Méchant défi: il n’y a que les prénoms et la plupart des survivants de la Deuxième Guerre sont morts. Pourtant, il réussit à en retrouver quelques-unes et même celle qui l’a confectionné.

Le film agrippe tes émotions pis te les ramène en pleine face (lire: j’ai versé quelques larmes). C’est à la fois hallucinant et tellement émouvant. Même après les témoignages, cette histoire demeure surréaliste, et pourtant. Le livre est d’ailleurs aujourd’hui exposé au Centre commémoratif de l’Holocauste de Montréal.

Carlos
Réalisation: Olivier Assayas
Scénario : Dan Franck, Olivier Assayas
Distribution : Edgar Ramirez, Nora von Waldstatten, Ahmad Kaabour, Alexander Scheer

Ce film est inutilement long. Pour que je le dise en partant, c’est que ça m’a agacé. Le réalisateur et le scénariste ont visiblement trop voulu en montrer, n’ont pas su capter les vrais moments clés de la vie du terroriste Carlos, qui a sévi en Europe et au Moyen-Orient des années 70 aux années 90.

Il y a quand même plusieurs éléments intéressants, ne serait-ce que de remontrer que le terrorisme existait avant Ben Laden (ouais, je le savais, mais on en parle maintenant si peu souvent). Il y a une histoire politique qui m’a plu. Je souligne aussi l’utilisation des langues originales, c’est-à-dire qu’en Allemagne ça parle allemand, français en France et arabe au Moyen-Orient. C’est si peu fréquent ce respect de la réalité…

La longue, pas dit négativement ici, scène de la prise d’otage lors d’une rencontre de l’OPEP est un des moments forts du film et clairement un moment marquant de la vie du terroriste… surtout qu’on ne montre pratiquement plus rien d’autre par la suite, si ce n’est que des allusions. Et c’est justement après que ça se gâche. Ça manque de direction claire. On s’attarde sur son séjour au Soudan (où il ne fait que se cacher), mais on passe rapidement sur son ascension et sur son arrestation. Même Edgar Ramirez ne semble plus savoir comment interpréter son personnage dans la deuxième moitié du film…

Nennerl, la soeur de Mozart
Réalisation & Scénario : René Féret
Distribution : Marie Féret, Marc Barbé, Delphine Cuillot

Étant un amoureux des arts et d’histoire, j’ai pu trouver mon compte dans ce film qui raconte les désirs et les talents refoulés de Nannerl, grande soeur de Mozart, que son père et son époque préfèrent. C’est simple, au 18e siècle, les filles n’ont pas le droit de jouer du violon et de composer. Elles peuvent tout au plus accompagner au clavecin et donner des cours, mais attention à l’ambition. De toute façon, les femmes ne peuvent comprendre les harmonies, selon son père. Ces conneries ont eu toute mon attention: pauvres femmes!

Sinon, l’histoire de Nannerl (de son vrai nom Maria Anna Mozart) en tant que telle m’a laissé un peu froid, comme si à l’image de cette époque, le film manquait un peu d’humanité. Son cas est certes très démonstratif puisque la légende veut qu’elle était aussi talentueuse que son jeune frère, le film prétend même que c’est elle qui aurait écrit les premières compositions de Mozart, qu’il aurait écrites à cinq ans. Mais je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle n’a pas dû être la seule dans cette situation. Plus encore, je ne peux pas croire qu’aucune fille n’a réussi à usurper une identité masculine afin de déjouer cette stupide société.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
Réalisation & Scénario : Woody Allen
Distribution : Naomi Watts, Josh Brolin, Antonio Banderas, Gemma Jones, Freida Pinto, Anthony Hopkins

On dit souvent que même un mauvais Woody Allen demeure un bon film. Ce film vient pas mal tester cet adage. Ce n’est pas un navet, loin de là, mais disons que le célèbre cinéaste a déjà pondu des histoires avec beaucoup plus de saveur.

L’amour, la vieillesse et les chassés-croisés sont encore à l’honneur dans ce film se déroulant encore une fois à Londres. Elle, elle est adjointe d’un directeur d’une réputée galerie d’art et elle craque pour lui. Son mari est un auteur qui ne réussit plus à écrire des best-sellers et qui cruise la jeune voisine. Sa mère ne se remet pas de son divorce et trouve la paix en visitant quotidiennement une diseuse de bonne aventure, alors que son père croit toucher à la jeunesse éternelle en mariant une jeune escorte.

Il y a quelques dialogues bien sentis, les acteurs s’en donnent à coeur joie (dans certains cas ça frôle cependant la caricature), mais au final, boah. On est plus près du plat réchauffé au four micro-ondes que d’un long repas ayant mijoté des heures dans le four.

Des hommes et des dieux
Réalisation : Xavier Beauvois
Scénario : Xavier Beauvois et Étienne Comar
Distribution : Michael Lonsdale, Oliver Rabourdin, Lambert Wilson et Philippe Laudenbach

Histoire touchante (et vraie), certes, mais qui se gâche à la fin. Un monastère établi dans les montagnes en Algérie fait face à la montée d’islamistes extrémistes dans les années 90. La communauté locale a peur de ces troupes armées et s’appuie sur les moines pour survivre, malgré la religion différente. De leur côté, les moines ont peur. Est-ce leur mission de mourir pour leur foi? Est-ce leur combat?

Tout ce débat philosophique est, selon moi, l’attrait de ce film. Non seulement les moines sont-ils confrontés à leur propre foi, mais il y a cette incompréhension et cette peur de la folie humaine, cet esprit de communauté qui va bien au-delà des croyances et finalement sur le sens de la vie. Le rythme lent nous immisce bien dans ce stress psychologique qu’ont vécu les frères.

Malgré tout, j’ai trouvé le film long. Certaines scènes sont un peu trop idéalistes (et superflues). Je trouve d’ailleurs que la dernière scène est vraiment de trop et gâche la montée émotive qu’il venait de se créer.

///

Vers la fin du festival, je me suis rendu compte que le hasard de mes sélections m’a donné une fin de festival un peu terne. Mes meilleurs films ont été vus au début et peut-être que cette petite morosité a influencé mon appréciation de certains des derniers films.

Néanmoins, c’était ma première participation à Ciné 7, le festival du film de Sept-Îles, et je l’aime déjà. Sans ce festival, plusieurs de ces films n’auraient pas eu le privilège de rejoindre les Septiliens. Une bonne partie va se retrouver en location, éventuellement, mais pas tous, et juste pour ça, je dis merci aux organisateurs de permettre dix jours de cinéma à Sept-Îles.

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