Culture: un sondage dit que ça va mal

Publié originalement le 12 mai 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

Deux raisons m’ont incité à écouter Le Verdict ce soir (sur tou.tv), à part le goût de mettre mon cerveau à off: la présence d’Antoine Bertrand et les questions sur la culture – Isabelle Boulay, ne le prend pas personnel, je te trouve bien sympathique quand même. Ce qui m’a surpris, dans l’émission, ce ne sont pas les résultats des sondages, mais bien les réactions de Véronique Cloutier, Pierre Curzi et compagnie. Leur manque de perspective, en fait.

Ainsi, 66% des gens n’auraient pas acheté d’album québécois ces six derniers mois, 62% ne sont pas allés voir un spectacle durant la même période de temps. Est-ce que c’est surprenant? Non! Mais pas pour les raisons que l’on croit.

Quand on sait que vendre 5000 albums au Québec est un succès, on devine facilement ces statistiques. Prenons les vrais chiffres de vente au Québec. Je cite Guillaume Déziel, gérant du groupe Misteur Valaire, qui a publié ces chiffres sur son blogue.

Les ventes d’albums physiques ont chuté de près de 12% (9,283 millions à 8,179 millions d’exemplaires), tandis que les ventes de formats numériques auraient augmenté de 40%. Bien que les singles numériques affichent une augmentation spectaculaire de 277% en 2010 (497 000 en 2010 contre 132 000 en 2009), la part de marché du numérique au Québec représente moins de 10% des ventes.

Si on récapitule, on arrive à 8 179 000 albums vendus et 497 000 chansons vendues sur Internet. Ceci est cependant toutes origines confondues, si je ne me trompe pas.

Prenons les 8 179 albums vendus au Québec en 2010. Nous sommes environ 8 000 000 de Québécois (7 970 672 selon Wikipédia), on peut donc grossièrement résumer à un album acheté par habitant. Ce qui est peu, mais nous savons que c’est une mauvaise interprétation.

Imaginons que seulement 34% des Québécois achètent des albums, nous avons donc un bassin d’environ 2 720 000 consommateurs. Grossièrement, encore, c’est comme s’ils avaient acheté trois albums chacun, en 2010. Mais, encore une fois, c’est une mauvaise lecture et ça ne démontre pas pourquoi les résultats du sondage du Verdict ne sont pas surprenants.

Beaucoup de bruits pour si peu de consommateurs réels
Partons plutôt de l’inverse. Le plus gros vendeur québécois en 2010 est Rock Voisine, avec environ 80 000 albums vendus. C’est énorme au Québec. Doublement platine. Tout le monde connait Rock Voisine. Ça sonne gros, 80 000 (et ce l’est, au risque de me répéter). Ça donne l’impression que tout le monde a son album… et pourtant, ce n’est que 1% de la population québécoise. Un maigre 1%.

Prenons un humoriste très populaire comme Martin Matte. En novembre 2009, il atteignait le très rare cap du 400 000 billets vendus. Difficile d’être plus près du succès que lui. Le ratio de la population qui a acheté un billet demeure tout de même de 5% «seulement».

Malgré tout, ça rapporte!
La vérité, c’est que l’on sait déjà que peu de gens achètent des albums et vont voir des prestations. Et c’est là qu’on voit justement à quel point la culture rapporte. Imaginez, avec seulement 1% de la population qui achète un album de Rock Voisine, cet homme fait vivre une maison d’édition, un gérant, des techniciens, des traqueurs radio, des salles de spectacles, des magasins de disques, des stations de radio, des émissions de télévision, des journalistes, des revues, des usines de fabrication de disques, des graphistes, des relationnistes, etc., etc. Je n’inclus même pas là-dedans les à-côtés comme les restaurants ou les bars qui bénéficient de l’achalandage lors des soirs de spectacles.

Bien sûr, il ne fait pas vivre tout ça à lui tout seul, même si quelques-uns là-dedans pourraient surement gagner leur vie qu’en s’occupant de lui, mais c’est tout de même l’ensemble de tous ces artistes qui font vivre tout ce monde. L’impact demeure énorme. Peu de secteurs économiques ont un un si bon rendement pour un dollar investit: «8,2 milliards de dollars investis dans le secteur en 2006-2007, ont généré des retombées économiques de presque de 40 milliards de dollars» selon le Conseil des arts du Canada.

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Est-ce que d’apprendre via un sondage que «seulement» 34% des gens ont acheté d’albums ces six derniers mois est une mauvaise nouvelle? Ça pourrait être mieux, évidemment, mais je ne crois pas que ce soit si dramatique. Je serais curieux de voir combien de gens sont allés voir une compétition sportive payante ces six derniers mois. Combien de Québécois ont voté aux dernières élections fédérales? Ah! Oui! À peine deux fois plus…

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