Chronique bédé: La St-Valentin a tué le romantisme

Publié originalement le 12 mai 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

Je suis un romantique fini. Mais pas du type kétaine qui achète des fleurs toutes les semaines. Je me contrecrisse des cadeaux pis des trucs du genre. Oh! on a toujours le goût de faire plaisir, mais ça va plus loin que de donner un simple bijou (désolé pour ceux qui font ça, question de goût!). Ce n’est pas assez personnel. Pour moi, bijou égale ne pas savoir quoi donner. Et la Saint-Valentin est tout sauf romantique.

Comme une vraie belle soirée n’est pas, selon moi, dans un restaurant chic, mais dans sa propre cuisine, dans le bois, dans une voiture, qu’importe en fait un peu le lieu, pourvu qu’il y ait une intimité et une connexion entre les deux amants. C’est là qu’est le romantisme. La magie est dans les rires, dans les regards, dans les touchers, dans les mots dits silencieusement, dans les sourires, dans les folies, dans la complicité. C’est aussi une petite caresse gratuite lorsqu’on passe à côté de l’autre ou un baiser le matin avant de se lever. C’est aussi la regarder dormir. Un peu cucul, ben oui.

Homer et Marge sont, selon moi, très romantique. Peu de couples ne sont fait autant l’un pour l’autre à la télévision. Elle accepte toute sa stupidité, il ferait n’importe quoi pour elle. Et lorsque la situation le permet, ils démontrent une complicité et un bonheur propre à eux hors du commun.

Et je pense que c’est un peu (beaucoup) pour ça que j’aime Jimmy Beaulieu. Il crée des univers où le romantisme, où l’amour et même l’amitié sont à l’essentiel, vrais, authentiques et profondément humains. Pis en plus, je trouve presque tous ses personnages féminins charmants. Tu ne pourrais pas me les présenter, Jimmy, hein?!

Iron Ghost
Dixon, Cariello
Bamboo

Cette bande dessinée est française, mais il faut lire les détails de sa publication pour le savoir, parce qu’elle a tous les traits d’un comic bien américain. Hommage aux polars et aux pulps, Iron Ghost se déroule durant la Deuxième Guerre, peu avant que les Allemands ne se rendent. Alors que les nazis tentent de survivre aux attaques, un mystérieux meurtrier tue un à un différents hauts gradés de l’armée. À première vue, rien ne les relie et le meurtrier n’en veut visiblement pas à leur argent. Différents indices sont laissés, des mots clés, comme « Violeur », « Tricheur » ou « Voleur », sont laissés sur les lieux des crimes.

Même si une enquête policière a cours, c’est le chaos tout autour. Le régime a bien d’autres chats à fouetter… sauf pour quelques personnes qui commencent à se sentir visée. Qui sera le prochain? Pourquoi? Et qui?

Le scénario est classique et les auteurs nous mettent volontairement sur de fausses pistes (grosses comme une Boieng 747) et si l’identité du Iron Ghost surprend un peu, c’est parce que ça ne colle pas vraiment. Ben coudonc…

Le tour de valse
Pellejero, Lapière
Aire Libre (Dupuis)

Quelle belle histoire. Touchante, humaine, poignante. En Sibérie, une femme attend et espère. Même si son mari a été injustement emprisonné par le régime Staline, même s’il a disparu depuis sa libération, même si elle a dû quitter ses enfants pour tenter de le retrouver dans ce pays difficile, elle y croit.

Pellejero et Lapière nous montrent une Union soviétique qui est tout sauf juste, dure envers son peuple, sauvage, même. On sent le poids du régime militaire, la cruauté de son dirigeant. Heureusement, après quelques années, après acharnement, elle croise un ancien codétenu qui le mettra sur sa trace, mais la réunion ne se fera pas à n’importe quel prix. La vie en prison a été difficile et une surprise attend la combattante.

Les changements de ton chromatiques nous transportent avec aisance dans différents passés et même dans différentes émotions. Le trait gras – mais néanmoins précis – donne à la fois un décalage avec le passé et un côté romantique à cette histoire. Une bien belle bande dessinée.

Comédie sentimentale pornographique
Jimmy Beaulieu
Shampooing

Un mois. J’ai attendu un mois avant d’avoir la bande dessinée entre mes mains, le temps que la librairie la reçoive. Il parait que la sortie était attendue un peu partout, créant même une petite rupture de stock. Il faut dire que Jimmy Beaulieu est maintenant une figure de proue de la bande dessinée au Québec et que celle-ci est, en plus, éditée par la maison d’édition du grand Lewis Trondheim.

Je me reconnais souvent dans les histoires de Jimmy. Oui, pour ses personnages, son humour et ses références, mais aussi parce que Québec est souvent évoqué, si ce n’est au centre de l’histoire. À mon grand étonnement, on se retrouve ici sur la Côte-Nord, ma région d’adoption depuis bientôt trois ans! Jimmy, tu n’étais pas obligé d’en faire autant.

Ce titre qui saura attirer plusieurs spams porte bien son nom. Ça fornique dans cette brique de 286 pages! Ça fantasme aussi.

Lui, il s’est acheté un hôtel-manoir dans un petit village de la Côte-Nord. Elle, elle couche avec lui et le rejoint là-bas quelques semaines. Eux, ce sont un couple d’amis venus aussi passer quelques jours au manoir. Les quatre se fantasment un peu entre eux. Pendant ce temps, à Québec, un auteur tente de changer de registre, allant de l’autobiographie vers une histoire de lesbienne (un peu comme Jimmy, quoi). Il capote sur son amie lesbienne qui, elle, a encore dans la tête son ex, celle qui couche avec l’hôtelier en herbe.

Les amateurs de Jimmy Beaulieu ne seront pas surpris. On retrouve la même intelligence, le même humour, le même regard sur la société, la même autodérision (même s’il n’est pas dans l’histoire), mais surtout des personnages, qui, encore une fois, malgré un certain stéréotype, se dévoilent riches et attachants. On y ajoute un peu de folie, un peu d’absurdité, un peu de grossièreté, et on a un petit bijou.

J’ai senti que le bédéiste s’est particulièrement éclaté dans cette histoire. Il maitrise plus que jamais la scénarisation et semble être plus mature que jamais avec un crayon dans ses mains. Je l’admets, j’ai dévoré.

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