Chronique bédé: Être comme tout le monde

Publié originalement le 2 juin 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

La société me fait souvent bien rigoler. Plus précisément le comportement humain. Tenez, les tendances, par exemple. Le monde veut être à la mode. Pas question de sortir du lot, de ne pas être tendance, de ne pas être dans le coup. Pourtant, tout le monde se prétend et souhaite être unique, mieux que les autres. C’est pourtant complètement contradictoire. Tu ne peux pas te démarquer en suivant une mode, en étant comme tout le monde.

J’aime ben l’idée du yin et yang. Pas nécessairement l’idée traditionnelle bouddhiste, mais bien ce principe d’équilibre entre un état et son contraire. Pour pleinement apprécier une journée ensoleillée, il faut des journées de pluie. Sans malheur, le bonheur serait bien fade. Pas obligé d’aller dans les contraires absolus. Il y a une tonne de nuances entre être euphorique, joyeux, satisfait, nostalgique, triste et déprimé.

Une phrase d’une des bandes dessinées dont je vais vous entretenir aujourd’hui résume bien ça: «Faut savoir que les filles ont toujours au moins une modification génétique, y’ont toutes des plus grosses boules qu’au début des années 2000. C’est devenu une genre de loi non écrite que toutes les filles devaient se faire modifier de même. C’est cave. Comme les totons sont tous de la même taille, on peut pu vraiment apprécier ce que ça vaut.»

Aujourd’hui, deux bandes dessinées bien québécoises. La première est un collectif, le deuxième est un produit provenant de la ville de Régis Labeaume. Agrr.

Carton
John Martz, Benjamin Adam, Nicolas Mahler, Pascal Blanchet, Pascal Girard, Édouard H. Bond, Mélanie Baillargé
La Pastèque

Petite bande dessinée de 60 pages, Carton est un collectif qui explore la pornographie – ça y’est, je vais relancer les spams avec ce mot. La prémisse est fort simple: un jeune garçon découvre par hasard une boîte secrète, sous un lit, contenant – oh là là! – des revues de cul. À mesure que les revues se retrouvent entre différentes mains (le gamin, son professeur, le concierge, les parents), on nous balance des pastiches de ces revues, des histoires inspirées par l’industrie de prédilection d’Anne-Marie Losique.

On parle de cul, mais sachez que c’est vraiment super mignon. Ce n’est pas une bédé pour adultes, il n’y a pas de véritables scènes de cul. Tout juste deux ados qui se caressent des zones sensibles le temps de trois cases. On y retrouve cette fameuse histoire du trou dans le mur d’un vestiaire pour filles, permettant aux jeunes hommes de mater, un chasseur avec une chienne… particulière, un simili playboy (avec page centrale incluse!) et un marin cherchant l’amour. Mon coup de coeur va cependant à Pascal Girard et son fétichiste des lamentations sportives. Plus jamais je n’entendrai une athlète forcer de la manière.

C’est une belle petite bédé qui fait sourire, sans prétention, mais présentée avec le sceau de qualité habituel de La Pastèque.

Motel Galactic
Francis Desharnais, Pierre Bouchard
Pow Pow

Un petit bijou que ce Motel Galactic. J’ai eu le sourire figé dans la figure de la première à la dernière page. Quelques fous rires en plus. Et même quelques réflexions bien dissimulées.

En nous transportant en 2514, les deux bédéistes de Québec s’offrent l’univers parfait pour tourner au ridicule notre monde actuel. Plusieurs trucs y passent, la politique, la culture, la consommation, les chirurgies, la religion, et plusieurs autres. Même Docteur Doogie y passe! Nullement moralisateur, Francis Desharnais y va plutôt avec son habituel mélange de cynisme, de sarcasme et d’ironie. Un humour que j’affectionne pas mal. «Y’a personne qui a dit que l’avenir devait être plus intelligent» nous répètent Desharnais et Bouchard.

Mais par-dessus ces nombreux clins d’oeil, Motel Galactic nous transporte au coeur de l’oeuvre de Pierre Bouchard, qui signe les dessins. Références à son style, à ses oeuvres, à sa vie, puisque nous suivons Pierre Bouchard 2.1.1 (un clone de l’original) qui part à la recherche des origines du premier Pierre Bouchard.

En fait, je n’ai aucun reproche, aucun bémol, aucune réserve envers la bande dessinée. C’est juste bon. Mais, surtout, c’est mon premier des Éditions Pow Pow et certainement pas mon dernier. Les autres me font de l’oeil depuis un petit bout, déjà.

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