Ceci n’est pas un titre d’article

Publié originalement le 28 juin 2011 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

On raconte depuis un certain moment que Google aurait tué l’art du titrage. Au lieu de nommer avec poésie, intelligence et humour les articles, on adopterait une forme de plus en plus informative. Au revoir les titres du genre «Québec manque le bateau» pour «Le gouvernement sous-utilise le transport maritime». Pourquoi? Parce que ça ressortirait mieux dans les SEO (Search Engine Optimizer), donc amène plus de clics, donc plus de revenus. Bête de même.

La blogueuse et maître geek de Radio-Canada Gina Desjardins s’est vidé le coeur sur le titrage et sur les habitudes de lectures, sur Triplex, hier, dans un article prénommé «S’arrêter aux titres, la faute au web et à Twitter». Il y a deux points qui ressortent principalement dans son texte, de mon point de vue.

Le titrage
Gina soutient que «sur Internet, les titres sont plus importants puisqu’on ne feuillette pas un magazine qui nous fera tomber sur un article attirant» et que l’on «doit arriver à résumer le billet en quelques caractères. Ce n’est pas la place pour les métaphores ou les titres poétiques. Ils apportent habituellement beaucoup moins de clics», soutient-elle dans son article. Et ça doit être en bonne partie dû aux SEO, comme je le soulignais précédemment. Je diffère toutefois de ma consoeur journaliste sur l’attrait des titres. Que ce soit sur Internet, dans un magazine ou un journal, la forme du titrage ne dépend pas du média, selon moi, mais bien de l’article en soi.

Si j’écris à partir d’une entrevue avec un groupe, je vais tenter le plus possible de sortir un autre titre que «Les Choses lancent leur deuxième album», que ce soit pour Internet ou sur papier, parce c’est le genre de texte qui permet habituellement une grande liberté, autant dans la forme que dans la présentation. Comme un fait divers donne rarement place à un titre fantaisiste, qu’importe la plateforme utilisée.

Je concède que sur Internet, nous avons souvent que le titre pour attirer le lecteur. Parfois une image et un chapeau/premier paragraphe, mais c’est bien souvent que le titre, particulièrement lorsqu’ils sont retransmis sur les réseaux sociaux. Je trouve quand même dommage de se limiter aux titres informatifs. Le tout est toujours une question d’équilibre et de contexte (étant ici l’article, son sujet et son traitement).

Le titrage est un art qui semble bien se perdre. Tous n’ont pas ce talent et on dirait bien, en plus, que certains ne pourront pas le développer si l’informatif prend autant le dessus, parce qu’il ne faut pas oublier que le titrage dit «web» s’impose dans le titrage des journaux et magazines, puisqu’il est rare qu’on change le titre lorsqu’on transpose sur une autre plateforme…

Bon jusqu’au dernier mot
Un autre point, qui se colle à l’importance du titrage dans l’article de Gina Desjardins, est que beaucoup de gens ne se contentent de lire que le titre, sans prendre le temps de lire l’article au complet.

«Je trouve en effet dommage que trop d’utilisateurs se nourrissent uniquement des titres. Pourtant, les gens ajoutent habituellement le lien de l’article dont il est question. Est-on devenu à un tel point assoiffé de nouvelles qu’on préfère se contenter de quelques caractères plutôt que de lire le corps du texte, là où se trouve toute l’argumentation, la recherche, les détails» se questionne-t-elle. Je ne peux que partager ce regret. Mais je diffère encore sur un détail.

Elle pointe Internet et l’énorme flux qui déroule sur les réseaux sociaux. «Dans la panoplie de nouvelles que les gens voient passer sur leur fil Twitter, autres réseaux, il est normal qu’ils ne cliquent pas sur les liens dont le sujet n’est pas clair.» Je ne crois pas que ce soit tant relié à Internet et au titrage.

Je traine dans les médias écrits et à la radio depuis 2002, avant que les médias sociaux ne s’imposent. Je pense que les gens ne lisent pas comme il faut depuis le premier livre imprimé par Gutenberg, et encore… même à l’époque des moines qui s’amusaient à ajouter des lettres afin de se faire plus de sous – et rendant notre orthographe parfois étrange. Combien de chrétiens parlent au nom de la Bible sans l’avoir lu comme il faut? Combien de gérants d’estrade dénoncent des gestes qu’ils n’ont même pas vus? Beaucoup.

L’humain est un animal social qui se contente, malheureusement, bien souvent des rumeurs et des trucs dont il entend parler. Je suis un gourmand médiatique qui lit des dizaines d’articles tous les jours, de différents médias. Quand je feuillette un journal, parfois je me contente du titre, parfois je lis l’article au complet avec attention, parfois je lis en diagonale — et ce, depuis mon adolescence, bien avant que je ne découvre Internet. Il n’y a peut-être que National Geographic et Urbania dont je vais tout lire, du premier au dernier mot?!

Je demeure toujours sceptique sur les études mentionnant que nous lisons plus en diagonale. à cause d’Internet. Je doute parce que c’est peut-être lié au fait que sur Internet, on tâte le terrain de davantage d’articles que dans un journal – et que sur Internet, souvent, il faut cliquer sur l’article avant d’avoir plus d’informations que le titre, comparativement à un magazine qui va aussi offrir une image et des sous-titres, les deux éléments les plus regardés après le titre. À ce compte, il est peut-être normal que plus d’articles entamés ne soient pas lus attentivement.

Puis je remarque que la majorité des commentaires proviennent de gens qui n’ont pas tout lu l’article ou tout entendu l’entrevue à la radio. Ils sont impulsifs, souvent…

Ceci n’est pas une conclusion
Lorsque je regarde Cyberpresse n’offrir que des titres informatifs, ou presque, je suis triste. Je crains que cette tendance soit réellement que pour attirer des clics. Accepterait-on d’être aussi putes dans les journaux ou dans les magazines? Oui, nous voulons vendre, nous voulons être lus et les médias demeurent des entreprises qui souhaitent faire de l’argent, mais c’est également un art, l’information. Essayons donc de garder un équilibre dans tout ça.

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