Autant en rapporte le vent

Publié originalement le 7 décembre 2010 sur labarbe.ca (qui n’existe plus).

J’ai demeuré 20 mois dans le Nord. Pas le Grand comme Kuujjuaq, mais quand même dans la taïga, à Fermont. La région repose surtout sur une ressource naturelle: le fer. Pourtant, tous les jours, la région est frappée par une autre formidable ressource inutilisée: le vent. Le fameux mur de Fermont a été construit à cause de ce vent! La ministre des Ressources naturelles du Québec, Nathalie Normandeau, a confirmé ce que je pensais depuis mon passage dans le Nord lors d’une conférence sur le Plan Nord: la région septentrionale du Québec possède un potentiel éolien hallucinant: l’équivalent d’environ quatre millions de mégawatts!

Juste pour mettre en contexte, l’actuel projet La Romaine, décrit comme le plus gros chantier du Canada, produirait tout juste 1550 MW. Le complexe La Grande, qui comprend le barrage Robert-Bourassa, plus connue sous le nom LG 2, a une capacité de production de 7772 MW. Actuellement, selon le site d’Hydro-Québec, la société d’État génère 36 810 MW.

Nathalie Normandeau a aussi spécifié que ce potentiel éolien, l’un des plus importants au monde, n’était même pas au milieu des glaces, mais plutôt en plein milieu de la province, soit pas loin de Fermont, Chibougamau ou de Radisson, par exemple. Près d’infrastructures déjà en place. Mieux encore, s’est-elle enthousiasmé, c’est démontré que la technologie fonctionne dans les conditions climatiques de ces régions. Et ce n’est pas tout, a-t-elle ajouté, la période la plus venteuse concorde justement avec la saison la plus énergivore: l’hiver!

Évidemment, avec un tel potentiel, une telle chance inouïe, le gouvernement a annoncé la construction de quelques miettes de mégawatts d’énergie éolienne pour le Nord comparativement à celle de l’hydroélectricité. C’est logique.

Pourquoi s’asseoir sur ses lauriers
Qu’on se comprenne. L’hydroélectricité était la meilleure des options devant le charbon et le nucléaire. C’est encore une des meilleures options pour l’environnement. Sauf qu’il y a encore mieux, maintenant. Comme l’éolien, le solaire ou la biomasse. On parle même d’hydrolienne, utilisant les marées et les courants marins.

L’énergie éolienne est propre et renouvelable. Difficile d’être plus renouvelable que le vent. De plus, à mon avis, un champ d’éoliennes ravage moins l’écosystème qu’un barrage électrique. Au lieu de noyer des kilomètres, l’éolien n’est, tout au plus, que de gros poteaux au milieu d’une plaine ou d’une forêt. Cette forêt – ou ce lichen – peut encore pousser. Les rivières ne sont pas détournées. Le sol n’est pas contaminé chimiquement. Les animaux peuvent circuler. Il y a certains bouleversements durant la construction, mais une fois celle-ci terminée, les éoliennes deviennent pas mal autonomes. Pour preuve Murdochville qui espérait que la venue d’éoliennes créerait de l’emploi… et qui s’est rendu compte que pas pantoute.

Actuellement, une firme privée souhaite installer des éoliennes dans la région des Bois-Francs. Le projet est très mal accepté par les résidents qui n’en veulent pas. Oublions le syndrome du pas-dans-ma-cours: pourquoi aller les faire chier pour quelques minuscules mégawatts alors que le gouvernement penche sur le Plan Nord, souhaite développer le Nord, affirme qu’il y a un des plus grands potentiels mondiaux d’énergie éolienne au Nord et que, surtout, personne n’habite le Nord. Impossible de faire chier quelqu’un là! Les quelques milliers de personnes n’attendent même que ça!

Privatiser le vent
Hydro-QuébecUne autre chose que je ne comprends pas d’Hydro-Québec, c’est d’avoir laissé le dossier de l’éolien au privé. Pire, le gouvernement l’a laissé faire. C’est n’importe quoi. La société d’État aurait prétendu n’avoir aucune expertise pour développer l’éolien… et a donc laissé des entreprises étrangères, pas moins novices, venir apprendre à développer la technologie ici. Logique.

Étrangement, ces décisions se sont prises lorsque André Caillé est arrivé à la tête d’Hydro-Québec, lui qui venait du milieu du gaz. Et c’est là que la société d’État a commencé à délaisser les projets éoliens pour s’intéresser aux projets de gaz naturel, comme le projet du Suroît, qui a été abandonné, ou la Centrale de Bécancour qui ne sert maintenant à rien…

Hydro-Québec possède une expertise en production d’électricité, en transport d’électricité, en distribution d’électricité. Plus qu’une expertise, c’est aussi un monopole. Pourquoi, alors, avoir donné l’éolien au privé, alors qu’il devra inévitablement passer par le réseau d’Hydro-Québec. Le gouvernement donne des subventions à des entreprises pour produire une électricité qu’elles vendront à Hydro-Québec afin qu’elle la revende à la population?! C’est absurde.

Pire, il y a des contrats entre ces entreprises et Hydro. Si celle-ci décide qu’elle a trop d’électricité, elle ne contrôle pas celle des parcs éoliens et si elle n’achète pas un certain nombre de mégawatts, il est certain qu’elle devra dédommager l’entrepreneur. C’est un non-sens.

Payer dans le vide et se tirer dans le pied
Prenons l’exemple de la Centrale thermique de Bécancour nommée plus haut. Elle a été construite au coût d’un demi-milliard de dollars et elle n’a servi que 15 mois jusqu’à maintenant. Ce n’est pas tout, celle-ci appartient à une entreprise albertaine et, entre temps, Hydro-Québec n’a plus eu besoin de sa production, donc elle a dû la dédommager. Le coût? 150 millions par année pour qu’elle ne produise pas d’électricité. La situation dure depuis 2006. On est déjà rendu à 450 millions en dédommagement. Et ça va augmenter, HQ ne pense pas l’utiliser avant 2015.

Au-delà des questionnements sur la gestion de cette situation (pourquoi ne pas produire et vendre les surplus ou pourquoi ne pas en produire moins avec nos installations afin de l’utiliser, etc.), la situation démontre toute l’absurdité de donner à des firmes privées la gestion de notre énergie.

Le résultat: tranquillement, on privatise ce joyau québécois en plus de miner toute gestion intelligente des ressources énergétiques du Québec. Hydro-Québec, malgré son nom, c’est plus que produire de l’hydroélectricité, ça devrait être la gestion de l’ensemble de l’électricité. Puisqu’il y a une limite à briser des rivières, le temps des grands projets hydroélectriques est fini. Logiquement, de la même façon que ne pas réembaucher suite à un départ à la retraite sert à diminuer le nombre d’employés, laisser les autres options de production, comme les centrales thermiques et l’éolien, aux entreprises privatise assurément la société d’État et détruit ce qui a été bâti le siècle dernier…

René Lévesque doit crissement se revirer dans sa tombe.

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