Patrick Watson et Thus:Owls à Sept-Îles

Deux heures avant le spectacle, je cognais littéralement des clous. J’ai peut-être même ronflé cinq minutes sur mon divan. En fait, je me serais sûrement couché pour ainsi être en forme lorsque mon cadran allait sonner à 4h du mat’. Mais non, il y a avait Patrick Watson en ville et comme il ne passe pas souvent, j’ai fait un Gandalf de moi-même et j’ai dit au marchand de sable qu’il ne passerait pas.

Chez vous, à Montréal, il s’amuse peut-être à jouer du piano dans les ruelles n’importe quand, mais nous, sur la Côte-Nord, il ne passe qu’une fois par deux ans. Le genre d’occasion qu’on regrette longtemps lorsqu’on ne la saisit pas.

Bref, le groupe du même nom que son chanteur était de passage à Sept-Îles, en plein dimanche soir, question de maximiser la présence du public, à la salle Jean-Marc-Dion. Je viens de faire une blague sur la maximisation du public, mais je dois dire que pour un dimanche soir, le public a, je trouve, bien répondu. J’étais content de vous, hier soir, Septiliens.

Revenons au spectacle et cessons toutes ces considérations futiles. Le spectacle commençait avec Thus:Owls, que la bande à Watson traîne avec eux. Bon, c’est un peu comme la belle famille, mais c’est une très sympathique belle famille.

La plupart des spectateurs ne connaissaient pas le groupe — et la grande majorité ne savait pas qu’il y avait une première partie non plus et s’est demandé qui ils étaient puisque ça pris deux chansons avant qu’ils ne se présentent —, mais la plupart ont semblé apprécier la musique de Thus:Owls. Preuve: ils ont eu droit à une ovation à la toute fin. Ce n’est pas fréquent pour les premières parties, ça. Du moins, pas autant que les deuxièmes, qui en ont presque toujours au Québec — mais ça, c’est une autre histoire!

Bon, c’est vrai que non seulement les liens sont proches physiquement, ils le sont musicalement aussi. Une forte section rythmique dynamique et groovante se frappe à une section plus aérienne et impressionniste. J’y ai trouvé des airs assez baroques dans l’ensemble. Je me suis facilement laissé emporté par la voix d’Erika Alexandersson. J’ai été charmé par cette première partie, me confirmant ma première impression basée de quelques extraits entendus ici et là.

Patrick Watson (le groupe) est ensuite arrivé sur la scène, dans le noir, armé de lumières aux poignets. Les habitués le savent, ils ont une mise en scène soignée, jouant beaucoup avec les effets lumineux et les ombres, des petites ampoules et des projections, et même en région éloignée comme la Côte-Nord, cette formule persiste — et fait mouche! Personnellement, j’aime qu’on s’efface derrière la musique.

Il n’y a pas qu’avec l’obscurité que la formation joue, avec la mise en scène sonore aussi. Ils jouent avec les ambiances, passant du plein son à l’acoustique. On écarte la compression et laisse place aux nuances, aux subtilités et aux dynamismes naturels des instruments. Et ça, c’est une autre grande partie du charme de Patrick Watson. Le côté dandy du chanteur homonyme n’est pas non plus à négliger. Ses petits rires nerveux et sa nonchalance derrière le piano — peut-on être plus cool que jouer les jambes croisées au piano?

Je suis toujours admiratif de la maitrise de Simon Angell, aux guitares et aux pédales, de la virtuosité de Robbie Kuster à la batterie. Le son presque impeccable de la salle m’a permis de mieux apprécier le jeu subtil mais riche de Mishka Stein à la basse. Un truc que les nombreuses prestations extérieures vues ne m’ont pas toujours permis. Notons aussi le bel apport d’une violoniste.

Entre deux envolées, je tentais de saisir ce qui me fait autant buzzer durant les prestations de Patrick Watson. Il y a un niveau clairement intellectuel dans les arrangements et dans la folie du groupe, mais c’est étrangement un intellectualisme qui vient directement des trippes. Cette pensée musicale n’a pas supprimé leur plaisir, au contraire, elle leur permet de le décupler. Ils nous surprennent et se laissent aller. C’est du bonbon.

Voici un extrait tourné par je ne sais qui exactement lors de son passage, la veille, à Baie-Comeau, où il raconte que normalement, ailleurs, il introduit cette chanson en racontant avoir écrit ça à un feu à Baie-Comeau, entouré de gros ours et tout… «Mais je ne peux pas vous raconter ça à vous!». À Sept-Îles, il a ajouté qu’en plus, il raconte toujours en disant à quel point c’est dans le nord, «mais vous êtes encore plus au nord!». «Pour vous impressionner, il faudrait que je vous dise que j’ai vu de gros lions à Los Angeles!». Charmant.

St-Crême! Tout un 4e Coup de grâce musical!

Festival de musique qui me fait de l’oeil depuis l’an dernier — mais que j’avais dû manquer pour des raisons mécaniques, le Coup de grâce musical est de retour pour une quatrième année afin de faire de St-Prime la plus belle place à être durant la longue sainte fin de semaine de congé d’octobre.

Je salive devant la présence des Cargo Culte, Adamus, Plants & Animals, Plaster. Je m’imagine des moments bien agréables avec Marie-Pierre Arthur, Mara Tremblay et Lisa Leblanc. Mon estomac, ma langue et mes oreilles ont le goût de l’Oktorberfest sous l’ambiance de la Fanfar Pourpour. Je pourrais même regoûter à la LNI!

Bref, je laisse le communiqué vous résumer la programmation. Parce que c’est bien présenté. Parce que l’horaire n’est pas encore sorti, donc je n’aurais pas tant de trucs à ajouter.

Par souci d’élargir ses horizons à d’autres arts de la scène que la musique, le Coup de grâce a choisi de souligner les 35 ans de LA LIGUE NATIONALE D’IMPROVISATION en présentant un match opposant l’équipe des Bleus, grands vainqueurs de la Coupe Charade 2012, à une équipe de joueurs étoiles. L’humour et le sens de la répartie seront au rendez-vous lors de cet événement qui partira le bal de la quatrième édition.

Cette première soirée se poursuivra à l’Espace Desjardins-La Grange avec la présentation de CARGO CULTE, un tout nouveau trio hip hop musclé sortant des sentiers battus, formé de Seba à la voix, de Jean-François Lemieux à la basse et d’Alex Mc Mahon à la batterie. BERNARD ADAMUS présentera ensuite son second album intitulé N° 2, fraîchement sorti en magasins avant de céder la place aux rockers du Lac, LES DALES HAWERCHUK.

JULIEN SAGOT, percussionniste de Karkwa ayant sorti un premier effort solo des plus intéressants, inaugurera cette première soirée Au Vieux Couvent qui se poursuivra avec PLANTS AND ANIMALS, groupe montréalais de réputation internationale s’inscrivant dans le mouvement indie rock. Ceux qui opteront pour finir leur soirée à l’Hôtel Saint-Prime le feront en compagnie de LISA LEBLANC, la désormais plus célèbre fille de Rosaireville, village de 40 habitants au Nouveau-Brunswick.

Le lendemain, JIMMY TARGET AND THE TRIGGER, prendra d’assaut l’Espace Desjardins-La Grange en offrant une prestation rock n’ roll des plus déchaînées. Ayant fait du bruit l’an dernier avec une prestation remarquée à l’Hôtel, Le groupe electro-rock PLASTER revient à la charge et présentera son spectacle Let it All Out. Suivra MR MAGNETIX, un DJ français accompagné d’un vidéaste. Au Vieux-Couvent, MARA TREMBLAY donnera un spectacle intime en solo tandis que PIERRE FORTIN présentera un spectacle issu de son premier effort solo.

Le dimanche après-midi, petits et grands sont conviés à l’Espace Desjardins-La Grange pour danser au son de la FANFARE POURPOUR qui nous offrira un spectacle haut en couleurs lors de l’OKTOBERFEST. Espérons qu’il vous restera un peu d’énergie à la fin de ce marathon musical pour le spectacle de clôture! Le dimanche soir, les organisateurs laissent la place à la gent féminine. ON THE PORCH, groupe country du Lac Saint-Jean comprenant Stef Gagnon, la cuisinière du festival dont la réputation n’est plus à faire, ouvrira le bal alors que MARIE-PIERRE ARTHUR, revenue d’un séjours en France quelques jours plus tôt nous offrira le concert issu de son album Aux Alentours. ARIANE MOFFATT, artiste accomplie qui se passe de présentation, a accepté de clore la quatrième édition du Coup de grâce de Saint-Prime.

Moi, je prépare déjà mes bagages pour St-Prime, pour les 5-6-7 octobre prochain.

coupdegrace.mu (probablement bientôt mis à jour)

Toucher le bonheur au Festi Jazz de Rimouski

Il faisait fichtrement beau à Rimouski en fin de semaine. Un gros soleil, une belle chaleur. Il y avait un peu de paradis dans ce coin du Bas-Saint-Laurent.

Après avoir passé l’après-midi au Bien et Malt, j’ai été lire sur la grève de la Pointe aux Anglais au Bic, assis sur un énorme tronc d’arbre. Ça a l’air bien anecdotique de raconter ça, mais ça explique peut-être l’état d’esprit dans lequel je me suis présenté au Festi Jazz de Rimouski, en tout début de soirée.

J’étais zen, calme, serein. Et sans le savoir, c’était exactement le «mood» dans lequel il fallait être pour Robert Glasper Trio.

Robert Glasper est un pianiste texan et son trio, c’est lui avec une batterie et une contrebasse. La formule classique, en gros.

Il a de l’attitude, ce Rob G. En fait, il pige beaucoup dans le hip hop pour son attitude et dans sa vision musicale. Il souligne imaginer qu’un MC puisse balancer son flow sur ses pièces, lorsqu’il compose. Ce qui arrive de temps à autre, aussi.

Il y a donc du hip hop dans son jazz, mais aussi du soul, un brin de rock. Ça se déplace parfois dans plusieurs directions dans la même pièce.

Le trio a passé la soirée à nous surprendre et à nous épater. Que ce soit par leur technique irréprochable ou leur capacité à laisser un des membres à faire un solo planant ou endiablé durant plusieurs minutes pour soudainement puncher tous ensemble le temps d’une note (et laisser le soliste repartir dans sa lancée), ou revenir sur la mélodie de base sans avertissement. Sans parler du bonheur de les entendre aller dans la même direction, mais dans des chemins tellement différents.

J’ai été à la fois élevé, vitaminé et vidé par cette prestation magique. S’il m’a fallu la moitié de la première pièce pour rentrer dans cette bulle musicale, ça m’a pris du temps en sortir, même après la prestation.

Dehors, à la fin, il y avait Élage Diouf sous le chapiteau. Sa musique m’a paru terriblement fade. Ce n’est pas contre sa musique, mais je devais prendre le temps de digérer ces près de deux heures.

Je suis donc retourné au Bien et Malt pour rester dans une ambiance jazzé. Et là seulement j’ai pu redescendre sur terre, retrouver les vaches du plancher.

Malheureusement, les deux tiers du public du bar semblait se foutre qu’il y ait un trio en train de jouer un jazz standard, jasant sans aucune gêne. Dommage.

J’aurais aimé faire un trou au Cégep voir le Sylvain Provost Trio et le Jam Session (où tous les artistes du festival sont invités à venir jammer), mais j’étais vidé, étrangement. Est-ce Glasper ou les deux pintes de bière? À moins que ce ne soit mon horaire de semaine (où le cadran sonne à 4h du mat’)?

Toujours est-il que j’ai terminé ça dans ma très poche chambre de motel en écoutant quelques épisodes de la bien drôle série La Job, la version québécoise de The Office qui n’a duré qu’une saison.

Deux soirées, quatre spectacles. J’aurais cru en voir plus, j’aurais bien aimé pouvoir rester le dimanche, et ainsi en profiter davantage (particulièrement Yannick Rieu), mais le travail m’obligeait à être de retour sur la Côte-Nord pour le lundi matin. Tout de même, j’ai vu les trois principaux que je voulais voir. Je me reprendrai l’année prochaine, Festi Jazz, et je jure que là, j’en verrai davantage! De toute façon, avec Plaster, Galaxie et Robert Glasper Trio, je suis déjà conquis.

On a dansé le swing avec Plaster et Galaxie au Festi Jazz de Rimouski

La Ville de Rimouski est-elle une capitale québécoise du swing et je l’ignorais? Toujours est-il que plusieurs spectateurs ont dansé le swing, en couple, sous le gros rock lourd et décapant de Galaxie. Et ça fittait «pas si malement», dois-je même ajouter!

Le Festi Jazz de Rimouski démarrait de mon côté avec la partie la moins jazz du festival: Plaster et Galaxie. Et bien honnêtement, c’est ça qui a piqué mon intérêt vers le Bas-Saint-Laurent. Ces deux groupes dans une même soirée, c’est du bonheur musical en concentré.

Première visite au Festi Jazz et je dois dire que les sites sont bien organisés. Si quelques prestations ont lieu dans les alentours de Rimouski, dans les villages voisins (Sainte-Luce, Le Bic), la majorité a lieu dans le même quadrilatère, dans le centre-ville, sur le bord de la mer. Deux chapiteaux et la grande salle sont face à face et les autres lieux se font bien à pied.

Première fois que je revoyais Plaster depuis la sortie de Let It All Out, donc depuis quelques années (si on met de côté Jedi Electro). Et ça fait du bien!

Le trio a commencé avec des pièces de leur premier album avant de faire trembler le chapiteau avec le gros mur de son des pièces plus rock. Sur scène, le résultat est moins punk et le groove derrière ces gros rythmes ressort plus, permettant aux danseurs de se laisser aller allègrement. Comme d’habitude, peu de blabla et beaucoup beaucoup de musique. Les près de 90 minutes avec eux a passé très vite.

Rapidement, une dizaine ou une quinzaine de minutes après, Galaxie est arrivée sur scène, toujours avec Fortin à la basse et l’autre Fortin à la batterie, Thouin aux claviers et l’une des deux choristes (je ne sais pas laquelle c’était, désolé…).

La grosse machine rock de Galaxie a rapidement mis la pédale dans le plancher, après avoir ouvert avec Bateau. C’était en fait un putain de mur de son. C’était très (très très) fort. Pas seulement le volume dans la salle, mais les instruments eux-mêmes étaient dans le plancher, dans la saturation, laissant très peu d’air libre entre chacun d’entre eux, se pilant tous dessus, les nuances devenaient parfois peu perceptibles. Peut-être est-ce du réchauffement pour le retour de Gros Mené. J’étais presque sourd à la fin.

Et mention à la foule qui, parfois, me shakait les tympans autant que le groupe, entre deux pièces.

Mais je serais devenu sourd heureux. Galaxie, ça décrasse, ça purifie, ça fait du bien. Mention à Dan Thouin qui a joué aux choristes quelques fois avec une attitude clownesque. Et notons que Alex McMahon de Plaster est venu rejoindre Dan Thouin aux claviers au 2e rappel. Orgie de claviers.

Et en tant qu’ancien gars de Québec maintenant à Sept-Îles, ça a fait du bien de revoir un vrai public. Pas juste des hipsters, pas juste des gens cool-et-branchés, ni seulement une poignée de mélomanes, mais bien un public avec beaucoup de mélomanes, un peu de hipsters, plusieurs curieux. T’sais, un bel équilibre, une belle énergie, un réel plaisir.

En terminant, je souligne, comme vous aurez remarqué, que contrairement à mon habitude, je n’ai point de photos du spectacle. Je n’ai plus d’appareil photo – je dois me rééquiper – et je refuse de prendre des photos avec mon cellulaire durant un show, c’est jamais beau.

Ce soir, j’irai voir le Robert Glasper Trio et tenterai de voir d’autres prestations avant et après. D’ici là, je prends ça cool à Le Bien et le Malt, avec une bière rousse qui se nomme La grande barbue. J’avais pas le choix de la prendre, t’sais.