Bonne chance pour quoi? (chronique bd)

Man of the year

J’ai longtemps cru que je n’avais pas d’ambition. Les gens qui en ont trop me tapent souvent sur les nerfs. Avec le temps, je me suis rendu compte que mes ambitions étaient tout simplement loin, voire à l’opposé, de ce que la société fait habituellement miroiter. Finalement, on en a tous, des ambitions.

Alors que dans mon domaine la plupart des gens rêvent de travailler pour La Presse ou le Journal de Montréal, NRJ à Montréal ou encore TVA, RDI ou LCN, toujours dans la métropole, moi, à part peut-être Le Devoir et quelques magazines, travailler à Montréal ne m’intéresserait pas. Tenez, l’autre jour, un journaliste très respecté de la télévision de Radio-Canada qui était de passage à Sept-Îles, m’a dit, à la fin d’une conversation rapide sur les médias du coin et de ce qui m’avait amené ici, «Bonne chance!». C’était dit avec sincérité.

Sauf que bonne chance pour quoi? Ce que j’en ai compris, c’était une bonne chance pour un jour réussir à me tailler une place dans un grand média. Il n’a pas dû comprendre les raisons qui m’ont amené à Sept-Îles. Je l’excuse bien, le contexte n’était pas l’idéal. Sauf que ça démontre à quel point, pour le commun des mortels, travailler dans un média en région est un « en attendant que ». Je suis bien, moi, dans mon journal régional et ce n’est pas en attendant, mais bien une forme d’aboutissement, même si c’en est pas la fin.

Aujourd’hui, les bandes dessinées parlent de ces ambitions souvent trop mal placées et trop souvent superficielles (allez! voulez donc être heureux au lieu de réussir votre carrière!), sur le destin qui, parfois, nous étonne, et, finalement, sur l’importance de ne pas fuir, de ne pas se voiler face à soi-même, d’assumer et d’être. Finalement, on pourrait dire que la paix intérieure ne passe pas par votre promotion.

Le Père Goriot 2

Le Père Goriot – volume 2
Lamy, Thibault, Duhamel
Ex-Libris (Delcourt)

Le 16 mars dernier, je disais à propos du premier tome que «si j’avais pu me lécher les doigts après ma lecture, je l’aurais fait!» J’avais bien hâte de terminer cette adaptation de Balzac en bande dessinée. Rappelons les faits, Eugène de Ravignac est un jeune provenant d’une famille noble mais appauvrie et qui compte bien introduire la noblesse en jouant du charme – un peu naïvement, cependant. Autour de lui, un père renié – et ruiné – par ses filles, des jeunes filles aussi ambitieuses que vides; un personnage machiavélique mais possédant néanmoins plus de valeurs que les autres.

Aujourd’hui, au nombre de fables, romans et films où des personnages bons réussissent à gravir les échelons d’un monde perfide mais attirant et où le méchant est finalement moins mauvais que les gens qui se la pètent, ben, on n’est plus surpris pas les dénouements. Toutefois, Le Père Goriot a été écrit il y a 176 ans et demeure encore d’actualité. Probablement parce que l’humain, malgré le perfectionnement de ses outils, n’évolue pas vraiment dans sa caboche.

La scénarisation présente la même qualité supérieure du premier, tout comme le dessin. J’ai peut-être, parfois, eu l’impression que j’aurais pu avoir plus de jus sur les personnages dans le roman original, mais ce n’est pas au point d’agacer, ni même d’être un défaut ou une faiblesse. C’est une excellente adaptation que je recommande.

L'Incal noir

L’Incal – L’Incal noir
Moebius, Jodorowsky
Les humanoïdes associés

J’ai longtemps résisté à la lecture de cette série culte. Pourtant, Moebius fait partie de mes bédéistes préférés (bien que je le connais plus en Giraud) et que j’ai lu la série Méta Baron de Jodorowsky et quelques autres bédés. Mais j’avais peur, parce que je connais leur amour du psychédélique, du paranormal et de l’ésotérisme. J’avais peur que ça ne soit un peu trop de tout ça.

Honte à moi, parce que j’ai embarqué dès les premières pages et je regrettais de ne pas avoir emprunté les autres tomes à la bibliothèque. John Difool, un petit détective privé sans grande envergure, est plongé malgré lui dans une quête qui dépasse tout ce qu’il connait. Tout le monde veut l’Incal, qu’il a en sa possession, sauf qu’il ne sait même pas c’est quoi, lui-même. Chasse à l’homme, jeux politiques, enquête, métaphysique, pas mal tout se mélange dans cette science-fiction de haut calibre.

C’est probablement plus dû à l’époque, mais parfois, ça me rappelait Enki Bilal. Et comme pour toute science-fiction écrite il y a quelques décennies (1981 ici), certaines technologies imaginées font bien rire, mais cela ajoute à l’histoire et à l’univers, qui le rend encore plus unique, un peu comme quand on regarde un vieux Alien ou Blade Runner.

Le dragon bleu

Le dragon bleu
Robert Lepage, Marie Michaud, Fred Jourdain
Alto, Ex Machina

Je n’ai pas pu résister. Lorsque je l’ai aperçu à la librairie, j’ai tout d’abord été surpris. Bien oui. Ce genre de produit de qualité n’arrive pas toujours rapidement dans la région. Il faut parfois le commander. Je n’ai donc pas laissé la chance passer et je l’ai acheté.

Le dragon bleu, c’est l’adaptation en bande dessinée de la pièce de théâtre de Robert Lepage portant le même nom. Où un peintre qui ne peinture plus est allé ouvrir une galerie d’art en Chine. Son ex le rejoint par hasard, alors qu’elle souhaite adopter, le coinçant dans un étrange triangle pas réellement amoureux mais tout de même tortueux avec sa protégée, également son amante. On retrouve toute la richesse habituelle de Robert Lepage, on reconnait sa signature, sa couleur. Le genre d’histoire qui nous fait soupirer de bien-être à la fin, comme pour nous aider à revenir à la réalité, pour bien digérer ce doux moment.

Mais le mieux, dans tout ça, est la plume de Fred Jourdain, un illustrateur de Québec dont j’étais déjà un fan. Visuellement, c’est un délice. La bédé est gigantesque, déjà, permettant aux illustrations de respirer, de s’émanciper. Certaines images sont de véritables chefs d’oeuvres, qui pourraient très bien exister au-delà de la BD, dans une galerie d’art. Fred Jourdain n’a pas hésité à isoler des scènes sur deux pages, permettant d’y mettre une grande charge émotionnelle. Il casse aussi le moule traditionnel de la bande dessinée, les dialogues ne sont pas toujours enfermés dans des phylactères, mais parfois transcrits en bas de page. Ces différents rythmes me donnaient parfois l’impression d’admirer une peinture, parfois un film, mais le tout est cohérent, fluide et presque magique.

C’est vraiment une bande dessinée magnifique. Magnifique.

Publié simultanément sur labarbe.ca

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