À quoi ça sert, les retrouvailles?! (chronique bédé)

Classe d'école

Il y a deux ans, des anciens confrères de mon école secondaire ont organisé des retrouvailles – ça faisait dix ans qu’on était diplômés (ouuh!). En fait, je pense qu’ils en ont fait. Je n’ai jamais reçu d’invitation officielle, parce que je n’étais pas retraçable – je ne vois plus personne de cette époque et mes parents ne demeurent plus au même endroit, mais il me semble avoir déjà croisé un ancien confrère, par hasard, m’ayant dit qu’ils en préparaient…

Toujours est-il que je n’y serais pas allé, de toute façon. Certes, il y a peut-être cinq ou six personnes avec qui je m’entendais bien que je serais curieux de voir s’ils sont allés aussi loin que je le pense avec leur potentiel, mais bien honnêtement, je me suis tellement tenu avec presque personne (une ou deux?) de ma banlieue, préférant aller flâner dans le centre-ville de Québec. À l’époque je ne comprenais pas pourquoi je ne fittais pas avec eux, aujourd’hui je comprends amplement.

Toute façon, on connait tous le cliché. Souvent, les gens «cool» et «hot» deviennent quétaines, mononcles et matantes et ce sont les rejets et les nerds qui deviennent ingénieurs, avocats, artistes, mais surtout allumés, ouverts d’esprits, épanouis – et ça, on peut être concierge et être tout ça, je tiens à préciser que ce n’est pas le métier qui fait qu’on est allumé et «hot», des avocats connards, il y en a!

Toute façon, ça sert à quoi, tout ça, maintenant, avec Facebook?!

Dans la chronique bédé d’aujourd’hui, un bédéiste raconte justement ses retrouvailles. Une autre nous transporte dans le département de musique d’une université. Mais pour commencer, transportons-nous dans l’univers de Voltaire!

Candide tome 1

Candide ou l’optimisme
Delpâture, Dufranne, Radovanovic, Voltaire
Ex-Libris (Delcourt)

Pour ceux qui ne sont pas des réguliers de mes chroniques bande dessinée, sachez que cette série de Delcourt, Ex-Libris, s’amuse à mettre en bandes dessinées des classiques de la littérature, comme Jules Vernes, Kafka ou Balzac. Ici, c’est un texte que Voltaire, au moment de la publication, a nié en être l’auteur, au point de bien s’amuser avec le public. Candide ou l’optimisme est une critique non pas sans humour de la providence divine.

Par chance, je connaissais déjà Voltaire et une petite partie de ce qu’il a écrit avant de lire cette bédé, parce qu’elle m’aurait enlevé le goût d’explorer son univers. Déjà, le dessin m’a agacé tout au long des deux tomes. Le pire, c’est que la faute ne revient peut-être pas au dessinateur, puisque ce sont principalement l’encrage et la coloration qui me donnaient ces hauts de coeur. J’ai détesté, aussi, le rythme narratif et la transposition visuelle de l’histoire. Ça ne rend pas justice au texte et à sa critique sociale. Peut-être était-ce un défi trop difficile de donner vie à ce Candide et à cet univers qui semble si absurde… et pourtant pas si loin de la réalité. Bref, je ne prendrai même pas le temps de lire le troisième tome, assez donné.

Le Point B

Le point B
Zviane
Monet

Quelle belle bande dessinée! Quel coup de coeur! Comment ai-je pu passer à côté ces cinq dernières années? Je l’admets, Zviane est au sommet de mes bédéistes québécois préférés et elle me gâte drôlement dans cette histoire, où la musique est au coeur de l’intrigue. Rarement la théorie musicale et la bédé sont aussi bien mariées.

Sans aucun doute inspirée de ses propres études, Zviane nous transporte dans l’univers d’Émile, un étudiant en composition à l’université, qui doute de son talent, de l’importance de ses études, de son importance dans le monde, mais qui tente malgré tout de se dépasser, de se trouver… et de séduire la belle Blanche. Rapidement, elle nous dresse des personnages complets, nuancés, humains. On s’attache le temps d’un claquement de doigts.

Il y a le rythme, aussi. Les 120 pages ont leurs mouvements et à l’intérieur de ceux-ci, on y retrouve des envolées, des silences, des accélérations, de l’intensité, de la poésie. Zviane réussit même ce tour de force de nous donner quelques cours de musique, en parlant de petites théories musicales, en nous offrant des partitions complètes – que j’aurais essayé si j’avais un piano.

Je tiens aussi à souligner le dessin. Il est riche et soigné, précis et léger. J’ai même eu l’impression de découvrir une autre Zviane, un trait qu’on reconnait, mais qui est en même différent, plus appliqué.

J’ai savouré la bande dessinée. Un réel coup de coeur. Quoi? Je me répète? Ouin, pis?

Conventum

Conventum
Pascal Girard
Shampooing

Je n’ai peut-être pas trouvé le dernier Jimmy Beaulieu à la librairie – quoique la librairie vient de me téléphoner pour me dire qu’ils l’ont reçu, mais j’ai eu son frère jumeau, paru en même temps, chez le même éditeur, mais d’un père différent. J’aime bien Pascal Girard aussi, après tout. Et j’ai bien fait de l’acheter.

Êtes-vous allés à vos retrouvailles, vous? Moi, non. Et après cette lecture, je pense que j’ai bien fait! Pascal Girard nous raconte son aventure. Bon, j’imagine, ou j’espère, du moins, que tout ce qu’il raconte dans cette histoire ne lui soit pas réellement arrivé. L’autobiographique a souvent, voire toujours, une bonne part de fiction. Peut-être qu’il n’y est jamais allé, ce grand coquin!

Du stress de bien paraître et de rencontrer d’anciens camarades, de toujours faire partie des « gagnants », Pascal les traverse toutes, ces étapes. On angoisse avec lui, on a pitié de lui, aussi. Pascal Girard réussit avec facilité à nous transmettre toute son anxiété, toute sa détresse, mais sans pour autant nous rendre anxieux. Bien au contraire, l’autodérision fonctionne. Et ce, en bonne partie grâce à son dessin qui, bien que dépouillé et minimaliste, regorge de détails afin de transmettre l’émotion.

Les 156 pages se lisent très bien et vite! Du moins, le moment passe vite, ce qui est normalement positif – ce qui l’est dans le cas qui nous préoccupe. Cela dit, ça demeure léger. J’hésite toujours à dire ça, parce que c’est souvent utilisé de manière péjorative, mais le léger peut être de qualité, et c’est ça qu’on a ici.

* publié simultanément sur labarbe.ca

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