Moi, les plages, ça ne m’intéresse pas (chronique BD)

Iceberg

Reçu un téléphone ce soir. «Tu es parmi les onze finalistes du concours pour un voyage dans le Sud, m’annonce le gérant d’un resto local. Le tirage se fait demain, si tu veux venir prendre une bière et savoir si tu gagnes.» Après avoir raccroché, je me suis dit que ce serait vraiment très ironique que je gagne ce voyage. Depuis que je suis haut comme trois pommes que je rêve d’aller visiter les fjords en Alaska et de faire une croisière dans le Grand Nord canadien, de voir le Groenland et l’Islande. Et je gagnerais un voyage sur une plage quelconque sous le chaud soleil? Très drôle.

Mais bon, on ne crache pas sur un voyage gratuit. Si je devais gagner, je le prendrais pis j’irais tenter de comprendre pourquoi tout le monde veut tant aller se faire bronzer sur des plages. Je trouverais sûrement un moyen d’éviter ça et d’avoir du plaisir quand même.

Justement, ma chronique BD d’aujourd’hui se penche sur des univers froids et des voyages fantastiques.

Endurance

Endurance
Berthot, Boidin
Delcourt – Mirages

Endurance était le nom du navire qui a transporté l’équipe de Sir Ernest Shackleton en Antarctique en 1914. Leur but était d’être les premiers à traverser le continent glacé – le pôle Sud a été atteint en décembre 1911, quelques mois après que Shackleton l’ait tenté lui-même. La bande dessinée nous trace donc le portrait de ce terrible périple, sur la préparation du voyage, sur l’audace du « Boss », des problèmes qui ne cessent de s’accumuler sur ce territoire on ne peut difficilement plus rude et inhospitalier. Le récit est saisissant, captivant, haletant, mais aussi grand et j’oserais même un miraculeux si j’étais pas athée.

Chapeau aux deux auteurs qui ont su aller chercher l’essence du périple qui s’étire sur plusieurs années. Le rythme et le dialogue sont dosés avec soin, nous permettant à la fois de sentir leur fatigue, leur espoir, de cerner un bout de leur personnalité, tout en ne s’attardant pas inutilement sur des anecdotes futiles et étant donné le long laps de temps couvert, on n’a pas cette impression d’en manquer des bouts. Le dessin réaliste et précis rend bien cet univers à la fois humain et froid.

Les chasseurs de l'aube

Les chasseurs de l’aube
Hausman
Dupuis – Aire Libre

Cette bande dessinée me faisait de l’oeil depuis un petit moment à la bibliothèque municipale. Le sujet et le dessin m’attiraient. Nous sommes transportés à cette époque où l’homme n’était pas encore sédentaire, chassant le mieux qu’il peut le mammouth par un trait me rappelant un peu Rosinski (Thorgal, Chninkel), ma curiosité était piquée. Concrètement, on suit un jeune chasseur solitaire qui quittera sa tribu pour vivre avec une femme tout aussi solitaire, sans tribu.

J’ai terminé ma lecture par principe, car je n’ai pas accroché. L’originalité peut se cacher à plusieurs endroits, dans le rythme, le cadrage, l’écriture, le récit, les péripéties, le dessin, le mélange de tout ça, mais ici, je n’ai rien senti de nouveau, rien que je n’avais pas déjà vu. Et encore, parfois la seule qualité suffit à éclipser le manque d’originalité, ce qui n’est pas le cas ici. Certes, visuellement, on a un beau produit, mais le récit m’a paru bien vide. La poésie m’a semblé bien fade, manquant à la fois de saveur et de chair.

Jour J 2

Jour J – Paris, secteur soviétique
Duval, Pécau, Séjourné
Delcourt – Série B

J’avais déjà parlé de cette série qui invente des uchronies. Je n’avais pas été convaincu la première fois, mais j’ai décidé de redonner une chance, d’une part parce que j’aime ça, les uchronies, et parce que ne sont pas toujours les mêmes auteurs qui se cachent derrière chaque tome. Après avoir imaginé les Russes comme les vainqueurs de la course vers la Lune, le deuxième tome imagine ce qu’aurait été la Guerre Froide si le Rideau de fer avait traversé la France (et Paris) plutôt que l’Allemagne (et Berlin).

L’idée se base sur une défaite des Alliés en Normandie. Selon les auteurs, il n’aurait suffi que d’une autre météo pour que nos soldats canadiens et leurs confrères s’y fassent massacrer, ce qui aurait amené la Russie à continuer sa marche jusqu’en France plutôt que d’être rejoint en Allemagne. Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve l’idée bien intéressante.

Mais encore une fois, l’histoire qui sert de fond à cet univers fictif ne m’a pas convaincu. C’est que l’histoire imaginée pourrait se dérouler dans n’importe quel contexte d’espionnage. Tant qu’à imaginer une telle uchronie, j’aimerais sentir un univers beaucoup plus profond que montrer un Paris divisé en deux, l’un détruit et l’autre américanisé à souhait, j’aurais aimé être transporté dans un monde plus loin que 1951, afin d’imaginer tout l’impact à long terme. On aurait par exemple pu inventer la chute du «Mur de Paris», la réaction des gouvernements, l’impact sur l’économie européenne, américaine, russe, etc. Plus qu’une histoire d’espionnage…

Tour du monde en 80 jours tome 1 Tour du monde en 80 jours tome 1

Le tour du monde en 80 jours, tome 1 et 2
Dauvillier, Soleilhac, Jouvray, Verne
Dupuis – Ex-Libris

La série Ex-Libris de Dupuis met en bande dessinée des classiques de la littérature. Je vous avais parlé d’un Kafka bédéisé l’autre jour, cette fois-ci, vous l’aurez reconnu au titre, on parle du récit le plus populaire de Jules Verne. Je n’avais pas été convaincu par mon premier essai, mais les dessins de Soleilhac, très dans la tendance actuelle dans la bédé européenne (un peu à la Larcenet), m’ont convaincu d’essayer cette adaptation.

J’ai dévoré les deux premiers tomes. Je trouve l’adaptation réussie, autant dans son rythme, dans sa scénarisation que dans ses dessins. On y retrouve la folie, l’intelligence, la poésie et l’humour de Jules Verne. J’ai eu l’impression de faire parti du voyage de Lord Phileas Fogg et de Passe-Partout, d’être à la fin du 19e siècle avec eux. Il est aussi intéressant de voir que l’on parle de village global à nous rendre sourds depuis Internet, mais que ce principe était déjà énoncé lors de la révolution industrielle, à l’époque où le Soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique.

J’ai l’impression de redécouvrir ce récit que j’avais lu enfant. J’ai juste hâte de lire les prochains tomes. Puis, sérieusement, qui n’a jamais fantasmé de réaliser un tel périple? Je le ferais demain matin, moi, ce voyage de fou!

* aussi publié sur labarbe.ca

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