Et si on pouvait changer le passé?

Retour vers le futur

Dans Retour vers le futur, même si le Doc Brown est contre l’idée, les deux héros passent leur temps à corriger des trucs du passé. On y pense tous un jour: que serait ma vie si j’avais agi autrement, si j’avais eu des couilles, si j’avais eu les bons mots, si j’avais su.

J’y pense moi aussi, mais pas dans le but habituel. Je ne fantasme pas à une autre vie. C’est simplement pour le jeu intellectuel. Quelle direction ma vie aurait-elle eu si j’avais osé lui dire que je l’aimais, au secondaire? Peut-être qu’elle serait devenue ma blonde, peut-être que je ne serais donc jamais parti étudier à Montréal en sonorisation et que je n’aurais donc jamais commencé la radio et que je ne serais pas journaliste. Je ferais quoi alors?

Je ne me demande pas si ma vie serait mieux ou pire, je me demande juste si l’impact aurait été si majeur. Peut-être que je serais quand même devenu journaliste et animateur? Peut-être que j’aurais plutôt été faire le bac en bande dessinée en Outaouais ou que je serais devenu philosophe ou professeur, trois domaines qui m’intéressaient à l’époque. C’est un jeu amusant lorsque fait sans aucun regret.

Aujourd’hui, dans la chronique BD, l’une d’elles parle justement de nos erreurs de jeunesse. On parle aussi d’ambition et de voyage interdimensionnel.

Le naufragé de Memoria - L'Abime

Le naufragé de Memoria – L’Abime
Jean-Paul Eid, Claude Paiement
Les 400 coups

C’est dommage quand la suite d’une histoire qui était bien partie nous laisse sur notre appétit, nous donne l’impression d’avoir été enthousiaste pour rien, exagérément. C’est un peu ce que j’ai ressenti en lisant ce deuxième et dernier tome de Le Naufragé de Memoria. J’ai trouvé la conclusion bâclée, précipitée, déjà vu, même – quoique j’hésite à utiliser ce terme puisqu’à la création de l’histoire, ce type de récit n’était pas encore si nombreux.

J’utilise le terme bâclé, mais je ne doute aucunement que les deux auteurs avaient déjà imaginé ce dénouement avant même la publication du premier. Simplement que j’aurais cru que la richesse du premier m’aurait amené vers une suite aussi relevée, alors que toutes les intrigues sont parfois que rapidement dénouées. J’en aurais pris plus. Peut-être aurait-il été mieux en faire trois tomes plutôt que seulement deux.

Il demeure tout de même étrange de reléguer au deuxième rang le personnage principal du premier tome et de mettre à l’avant-plan un autre personnage que l’on avait à peine vu dans le premier. Pourtant, le personnage principal, une entité virtuelle passant dans le monde réel, aurait pu fournir beaucoup d’eau au moulin, mais non… il n’est qu’une excuse, qu’un accessoire.

J’ai un peu eu l’impression de vivre un coït interrompu.

Le Père Goriot tome 1

Le Père Goriot, volume 1
Lamy, Thibault, Duhamel, Balzac
Delcourt, Ex-Libris

Je continue mon aventure dans cette série qui repique des classiques de la littérature en bande dessinée. Cette fois-ci, c’est au grand Balzac que l’on s’attaque et j’ai adoré. Confidence: bien que j’ai toujours aimé lire, j’ai toujours refusé de lire les lectures obligatoires à l’école, par principe. Je n’avais donc jamais lu un Balzac et cette bédé est salement en train de m’en donner le goût. Comme quoi cet exercice peut être plus que ludique!

Le jeune Eugène de Ravignac est un jeune provenant d’une famille noble mais appauvrie venu faire ses études à Paris et il compte bien atteindre la noblesse en conquérant les coeurs des demoiselles. Autour de lui, dans sa résidence, cohabite un père renié – et ruiné – par ses filles et que, par un heureux hasard, le jeune côtoie dans la noblesse; un personnage machiavélique visiblement louche mais encore énigmatique; un ami étudiant préférant rester près du peuple et plusieurs autres. À l’épicentre, l’ambition. Une fable encore moderne et d’actualité, 176 ans après son écriture.

Il y a une richesse dans cet univers, les personnages sont vivants, découpés au scalpel et avec précision, l’histoire est pleine d’intelligence et d’humour. Et le dessin colle à merveille à cet univers, à la fois riche, détaillé et léger, ludique et subtil. Si j’avais pu me lécher les doigts après ma lecture, je l’aurais fait! Vivement la suite entre mes mains.

Pour en finir avec novembre

Pour en finir avec novembre
Sylvain Lemay, André St-Georges
Mécanique générale

Plusieurs éléments m’ont donné le goût d’acheter cette bédé il y a quelques semaines, mais principalement la maison d’édition (Mécanique général) et le sujet (le FLQ). En fait, c’est plus ou moins le Front de Libération du Québec, finalement, le sujet principal, mais le mouvement sert de moteur à l’intrigue. Nous y suivons un fonctionnaire, qui, dans les années 70, avec trois amis, décide de créer une cellule felquiste au même moment où Laporte et Cross sont recherchés. Leur but: soutenir le mouvement par un coup d’éclat.

On ne saura qu’au fil de l’intrigue ce qu’était ce coup d’éclat, mais on apprend rapidement que ça n’a pas bien été. C’est là, en fait, que réside l’histoire: comment vivre avec ses erreurs du passé? Comment fait-on pour tourner la page? La vérité doit-elle toujours éclater?

Le scénario est bien ficelé, les sauts dans le temps sont fluides et construisent bien l’histoire. Bon, un moment donné, on devine ce qui s’est passé avant que les auteurs ne le dévoilent, mais ils réussissent quand même à nous tenir en haleine assez longtemps. Mais, surtout, j’ai trouvé le tout très humain, très crédible, très simple. On n’a pas de grand discours philosophique, ni de grandes questions existentielles de la part des personnages, au contraire, tout est très terre-à-terre et c’est justement pour ça que les questions nous résonnent par la suite dans le cerveau. On se les pose, on se glisse dans la peau des 4 amis d’enfance qui se sont perdus de vue… sans oublier ce sujet devenu tabou.

J’ai bien aimé le dessin, un style relativement froid, comme si tout avait été dessiné au stylo. Ce trait épuré épouse le côté terre-à-terre et les silences présents dans l’histoire, mais, surtout, ajoute à l’humanité des personnages.

* également publié sur labarbe.ca

«C’est pas un feu qui nous arrêtera!» – CHYZ 94,3 FM

CHYZ 94,3 FM

Il y a une semaine, dans la nuit du 7 au 8 mars dernier, un feu a chauffé un des tunnels du campus de l’Université Laval. «L’incident paraissait anodin il y a quelques jours. […] Prise en pleine semaine de lecture (relâche étudiante) et entre deux tempêtes de neige, [la fermeture] a perturbé peu de membres de la communauté universitaire», relate Samuel Auger, dans Le Soleil. Sauf CHYZ, qui a ses studios en plein dans ce pavillon touché par l’incendie.

«Quelques jours après l’incendie, on apprend que CHYZ se trouve dans la partie la plus touchée du pavillon Pollack et que la station pourrait ne rouvrir que le lundi suivant. Puis très vite, même cette réouverture semble compromise. On reste dans un certain doute jusqu’au vendredi, quand un coup de téléphone scelle notre sort. « CHYZ pourrait être fermée pendant plusieurs semaines »», raconte l’équipe sur leur site Internet.

Depuis l’incident, la station diffuse en boucle de la musique, choisie par le logiciel de mise en ondes. Quelques jours, ça peut aller, mais pas plusieurs semaines. Que faire?!

«La fumée nous empêche d’aller dans nos studios? Qu’à cela ne tienne, nous allons déménager nos studios ailleurs! Dans un nouveau QG secret situé quelque part dans St-Roch, un loft lumineux plein de joie et de bonne humeur où Kévin Leclerc, notre McGyver personnel, a installé avec brio notre matériel de diffusion.»

CHYZ anime d'un loft

Aujourd’hui (lundi), ils ont animé leur première émission en direct de ce nouveau studio improvisé. «À la radio, on entend l’équipe rire; les réactions sont captées par les micros. À certains moments, on peut même entendre la sonnette d’appartement ou le doux ronron du vieux frigo. C’est chaleureux, moins stressant qu’un booth radio, plus convivial aussi. Les animateurs et chroniqueurs ont une rétroaction directe. Et ça, c’est l’fun.»

Je tiens à saluer à la fois le courage, la détermination, la folie et la passion de mes anciens collègues de cette dynamique station de Québec. Toutes les louanges que CISM récolte ces temps-ci peuvent être collées à cette station soeur de Québec… et même plus encore!

Bravo et lâchez pas!

Moi, les plages, ça ne m’intéresse pas (chronique BD)

Iceberg

Reçu un téléphone ce soir. «Tu es parmi les onze finalistes du concours pour un voyage dans le Sud, m’annonce le gérant d’un resto local. Le tirage se fait demain, si tu veux venir prendre une bière et savoir si tu gagnes.» Après avoir raccroché, je me suis dit que ce serait vraiment très ironique que je gagne ce voyage. Depuis que je suis haut comme trois pommes que je rêve d’aller visiter les fjords en Alaska et de faire une croisière dans le Grand Nord canadien, de voir le Groenland et l’Islande. Et je gagnerais un voyage sur une plage quelconque sous le chaud soleil? Très drôle.

Mais bon, on ne crache pas sur un voyage gratuit. Si je devais gagner, je le prendrais pis j’irais tenter de comprendre pourquoi tout le monde veut tant aller se faire bronzer sur des plages. Je trouverais sûrement un moyen d’éviter ça et d’avoir du plaisir quand même.

Justement, ma chronique BD d’aujourd’hui se penche sur des univers froids et des voyages fantastiques.

Endurance

Endurance
Berthot, Boidin
Delcourt – Mirages

Endurance était le nom du navire qui a transporté l’équipe de Sir Ernest Shackleton en Antarctique en 1914. Leur but était d’être les premiers à traverser le continent glacé – le pôle Sud a été atteint en décembre 1911, quelques mois après que Shackleton l’ait tenté lui-même. La bande dessinée nous trace donc le portrait de ce terrible périple, sur la préparation du voyage, sur l’audace du « Boss », des problèmes qui ne cessent de s’accumuler sur ce territoire on ne peut difficilement plus rude et inhospitalier. Le récit est saisissant, captivant, haletant, mais aussi grand et j’oserais même un miraculeux si j’étais pas athée.

Chapeau aux deux auteurs qui ont su aller chercher l’essence du périple qui s’étire sur plusieurs années. Le rythme et le dialogue sont dosés avec soin, nous permettant à la fois de sentir leur fatigue, leur espoir, de cerner un bout de leur personnalité, tout en ne s’attardant pas inutilement sur des anecdotes futiles et étant donné le long laps de temps couvert, on n’a pas cette impression d’en manquer des bouts. Le dessin réaliste et précis rend bien cet univers à la fois humain et froid.

Les chasseurs de l'aube

Les chasseurs de l’aube
Hausman
Dupuis – Aire Libre

Cette bande dessinée me faisait de l’oeil depuis un petit moment à la bibliothèque municipale. Le sujet et le dessin m’attiraient. Nous sommes transportés à cette époque où l’homme n’était pas encore sédentaire, chassant le mieux qu’il peut le mammouth par un trait me rappelant un peu Rosinski (Thorgal, Chninkel), ma curiosité était piquée. Concrètement, on suit un jeune chasseur solitaire qui quittera sa tribu pour vivre avec une femme tout aussi solitaire, sans tribu.

J’ai terminé ma lecture par principe, car je n’ai pas accroché. L’originalité peut se cacher à plusieurs endroits, dans le rythme, le cadrage, l’écriture, le récit, les péripéties, le dessin, le mélange de tout ça, mais ici, je n’ai rien senti de nouveau, rien que je n’avais pas déjà vu. Et encore, parfois la seule qualité suffit à éclipser le manque d’originalité, ce qui n’est pas le cas ici. Certes, visuellement, on a un beau produit, mais le récit m’a paru bien vide. La poésie m’a semblé bien fade, manquant à la fois de saveur et de chair.

Jour J 2

Jour J – Paris, secteur soviétique
Duval, Pécau, Séjourné
Delcourt – Série B

J’avais déjà parlé de cette série qui invente des uchronies. Je n’avais pas été convaincu la première fois, mais j’ai décidé de redonner une chance, d’une part parce que j’aime ça, les uchronies, et parce que ne sont pas toujours les mêmes auteurs qui se cachent derrière chaque tome. Après avoir imaginé les Russes comme les vainqueurs de la course vers la Lune, le deuxième tome imagine ce qu’aurait été la Guerre Froide si le Rideau de fer avait traversé la France (et Paris) plutôt que l’Allemagne (et Berlin).

L’idée se base sur une défaite des Alliés en Normandie. Selon les auteurs, il n’aurait suffi que d’une autre météo pour que nos soldats canadiens et leurs confrères s’y fassent massacrer, ce qui aurait amené la Russie à continuer sa marche jusqu’en France plutôt que d’être rejoint en Allemagne. Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve l’idée bien intéressante.

Mais encore une fois, l’histoire qui sert de fond à cet univers fictif ne m’a pas convaincu. C’est que l’histoire imaginée pourrait se dérouler dans n’importe quel contexte d’espionnage. Tant qu’à imaginer une telle uchronie, j’aimerais sentir un univers beaucoup plus profond que montrer un Paris divisé en deux, l’un détruit et l’autre américanisé à souhait, j’aurais aimé être transporté dans un monde plus loin que 1951, afin d’imaginer tout l’impact à long terme. On aurait par exemple pu inventer la chute du «Mur de Paris», la réaction des gouvernements, l’impact sur l’économie européenne, américaine, russe, etc. Plus qu’une histoire d’espionnage…

Tour du monde en 80 jours tome 1 Tour du monde en 80 jours tome 1

Le tour du monde en 80 jours, tome 1 et 2
Dauvillier, Soleilhac, Jouvray, Verne
Dupuis – Ex-Libris

La série Ex-Libris de Dupuis met en bande dessinée des classiques de la littérature. Je vous avais parlé d’un Kafka bédéisé l’autre jour, cette fois-ci, vous l’aurez reconnu au titre, on parle du récit le plus populaire de Jules Verne. Je n’avais pas été convaincu par mon premier essai, mais les dessins de Soleilhac, très dans la tendance actuelle dans la bédé européenne (un peu à la Larcenet), m’ont convaincu d’essayer cette adaptation.

J’ai dévoré les deux premiers tomes. Je trouve l’adaptation réussie, autant dans son rythme, dans sa scénarisation que dans ses dessins. On y retrouve la folie, l’intelligence, la poésie et l’humour de Jules Verne. J’ai eu l’impression de faire parti du voyage de Lord Phileas Fogg et de Passe-Partout, d’être à la fin du 19e siècle avec eux. Il est aussi intéressant de voir que l’on parle de village global à nous rendre sourds depuis Internet, mais que ce principe était déjà énoncé lors de la révolution industrielle, à l’époque où le Soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique.

J’ai l’impression de redécouvrir ce récit que j’avais lu enfant. J’ai juste hâte de lire les prochains tomes. Puis, sérieusement, qui n’a jamais fantasmé de réaliser un tel périple? Je le ferais demain matin, moi, ce voyage de fou!

* aussi publié sur labarbe.ca

La fameuse Cabane de Paul-André Fortier

Cabane

Il y a un truc dont je m’ennuie particulièrement depuis que je suis sur la Côte-Nord: les spectacles multidisciplinaires. J’étais un habitué et un fan du Mois Multi de Québec, qui célèbre ce type de créations tous les févriers. Je me sens donc gâté par les programmateurs de la Salle Jean-Marc-Dion de Sept-Îles depuis un mois, alors que j’ai pu voir l’époustouflant Cabaret Gainsbourg le 8 février dernier, puis Cabane hier soir, le 7 mars.

Cabane n’est pas un spectacle de danse, spécifie son créateur en entrevue, Paul-André Fortier, un chorégraphe-danseur qui ne fait pas du tout sa soixantaine. Mais il y a de la danse quand même. Sauf qu’on y ajoute de la projection, de la création sonore et de la performance.

Le réputé danseur – son agenda est rempli jusqu’en 2013! – est allé cherché Robert Morin pour les images et Robert Racine pour la musique, l’ambiance sonore et comme collègue de scène. C’est ce dernier qui m’a le plus impressionné. J’ai été à la fois épaté et charmé par son charisme, ce qu’il réussit à faire avec sa voix (son cri provenant des tripes est hallucinant!), son imagination sonore et même par son art visuel, puisqu’une série de dessins accompagne le spectacle en exposition éclaire.

Que raconte le spectacle? Bonne question. C’est assez abstrait en fait. C’est davantage un exercice de style qu’une histoire. Il doit y avoir autant d’interprétations que de spectateurs.

La mise en scène est minimaliste, les deux techniciens sont sur la scène et font partie du spectacle, changeant l’éclairage, branchant un micro, déplaçant un décor. Tout ce qui est utilisé ou construit est fait de matières réutilisées. La cabane, un vieux lit, un fil de fer, d’anciens trépieds de caméras deviennent des instruments de musique, des endroits à explorer.

Je félicite la dame qui a amené sa petite fille à la prestation. Une audace qui ne devrait pas en être une. Sachez, parents, que vos enfants sont capables de comprendre l’art abstrait, encore plus que vous, si ça se trouve. Sortez-les des Lady Gaga de temps en temps!

* photo de Robert Etcheverry