Avoir 10 ans toute sa vie (chronique BD)

Bart Simpson

Bart et Lisa Simpson ont 10 et 8 ans depuis plus de 20 ans. Ils ont vécu plus d’un Noël, plus d’une fin d’année scolaire et ont été gouverné par plus d’un président américain (Bush père, Clinton, Bush fils, Obama), mais ils ont toujours 8 et 10 ans. Même chose pour Batman. Il est né en 1939 et pourtant, il ne vieillit pas, même s’il est bien en 2011 comme nous. Ces personnages évoluent dans un monde qui change, qui se modernise, mais eux, ne vieillissent jamais. C’est le propre des personnages du genre..

Un des meilleurs Batman que j’ai lus, c’est justement celui d’un vieux Bruce Wayne, rendu à la retraite, rongé par une soif de se battre, dans une bédé intitulée Batman: The Dark Knight Returns. Et je ne suis pas le seul à le penser. Cette oeuvre a relancé le personnage dans les années 80. Elle a été suivie par Year One, une autre publication majeure, qui a aura donné naissance à une série de «Year One» pour une panoplie de superhéros et qui aura son influence jusque dans le cinéma – les nouveaux Batmans sont un écho direct à ces bandes dessinées et l’impact de ces nouveaux films de Batman ont encore à leur tour un impact sur les films de superhéros.

Pourquoi un tel succès? Probablement parce que c’est l’effet du temps qui transforme un être unidimensionnel en une personnalité aux mille facettes.

Aujourd’hui, dans la chronique BD, on parle d’un Robin des bois devenu plus que vieux, d’une adaptation d’une nouvelle de Kafka et d’un monde parallèle.

La légende de Robin des Bois

La légende de Robin des bois
Manu Larcenet
Poisson Pilote

Bon, d’accord, Robin des Bois était hot… à ses 25 ans. A-t-il fait ça toute sa vie, vivre dans le bois et voler aux riches? Manu Larcenet nous transpose ici la légende dans un monde moderne… et âgé de 75 ans… peut-être plus vieux encore. Pris de « l’affection du Sieur Alzheimer », notre héros en collant perd la boule et tente de réparer ses erreurs de jeunesse – comme d’avoir planté Lady Marianne là pour vivre dans sa forêt.

Les éléments habituels sont là, le Shérif, Petit Jean, Marianne et même le frère Toc – qui a gravi les échelons avec le temps, mais remaniés à la sauce Larcenet, avec une touche d’absurdité, d’anachronisme et d’humanité. Jouer avec les clichés a toujours été l’une des forces du bédéiste et l’on retrouve encore cette touche dans cette bédé unique. Mais ce n’est pas sa plus aboutie, si on peut dire ça ainsi. Ça demeure quand même une bonne bédé avec le sceau de qualité Manu Larcenet.

Dans la colonie pénitentiaire

Dans la colonie pénitentiaire
Sylvain Ricard, Maël, Franz Kafka
Ex-Libris (Delcourt)

Dans la colonie pénitentiaire provient d’une série intéressante qui adapte des romans ou des nouvelles, comme dans le cas présent, en bande dessinée. Un exercice qui peut être très périlleux. Ici, donc, Sylvain Ricard et Maël se sont aventurés dans une nouvelle de Kafka.

Si je trouve l’exercice intéressant, ce n’est cependant pas grâce à cette bédé. Pas que c’est mauvais en soi, mais j’ai trouvé le tout unidimensionnel. Je n’ai jamais lu l’original et je me demandais quand même si la version dessinée apportait un petit quelque chose de plus. On passe principalement notre temps à voir des gros plans sur le visage du «héros», ce responsable d’une machine donnant la mort après douze heures de torture et qui tente de la faire durer dans un système qui ne croit plus à la peine de mort.

Tout au long de ma lecture, j’ai eu l’impression que la version originale me plairait plus, que je sentirais davantage la critique sociale de Kafka, que je serais plus imprégné par la psychologie un peu débile du personnage principal. Finalement, un petit boaf.

Le naufragé de Memoria

Le naufragé de Memoria
Jean-Paul Eid, Claude Paiement
Mille Iles

Et si notre monde n’était pas la vérité? Et si ce que l’on prend comme la réalité n’était en fait qu’une fiction, une mascarade? Et s’il existait des mondes parallèles? Benjamin Blake, dit Badluck, ne s’était jamais posé ces questions… il découvrira malgré lui que son monde n’est pas ce qu’il pense.

Histoire déjà entendue? Si j’ajoute qu’on parle d’une réalité virtuelle, c’est sûr, vous pensez à The Matrix, The Thirteenth Floor et ExistenZ. L’idée derrière la bande dessinée n’en demeure pas moins originale pour l’époque où elle est sortie: 1999. Soit la même année que ces trois films! Ça devait être dans l’air du temps…

Donc Badluck est un citoyen de Memoria, une ville perdue dans le néant, littéralement. Impossible de sortir de cette ville, le programme informatique n’a pas inventé le reste. Cette ville sert de terrain de jeu aux « vraies » personnes, qui y vont pour jouer les mafiosos ou avec des putes. Sauf qu’un petit groupe de « programmes » se rend bien compte que quelque chose cloche. Chauffeur de taxi, notre héros sera un jour mêlé à toute cette histoire et se retrouvera même catapulté dans le vrai monde.

Aucun reproche à faire au scénario, tout se tient, ça coule bien et ça respecte bien ce type d’univers. Les dessins de Eid sont soignés, plus que je ne l’aurais même cru, moi qui n’a jamais été un fan de son travail. C’est sûr que je lis la suite de cette série.

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