Pourquoi le monde préfère-t-il les lesbiennes? (chronique BD)

The L World

En ce moment, m’sieur et m’dame tout l’monde accepte beaucoup mieux de voir deux filles s’embrasser que voir deux garçons le faire. C’est con de même. Deux filles qui s’embrassent, c’est sexy, sensuel, tendre, aguichant. Deux hommes, c’est malsain, dégoûtant ou une joke grasse (et mauvaise et surutilisée) d’une comédie.

La série The L World pourrait-elle avoir son équivalent masculin (The H World?). Je ne pense pas qu’une série où voir une dizaine de gars passer leur temps à s’embrasser et à se caresser passerait bien dans l’auditoire américain. On peut voir Madonna frencher Britney Spears, mais ne tentons pas d’imaginer Justin Timberlake le faire avec Kanye West ou David Guetta, ça ferait bien trop scandale.

Certes, la femme est un puissant symbole de sensualité, lesbienne ou pas. Si voir deux hommes s’échanger de la salive ne m’allume pas, ce n’est qu’une question d’orientation sexuelle, parce que je conviens que ça peut être sexy quand même. Autant que deux femmes et un couple « traditionnel ». La sensualité ne réside pas dans le sexe des amants, ni dans la nudité ou le corps, mais dans la personnalité.

Gays Vs Lesbiennes

Ce que je trouve le plus drôle là-dedans? La plupart des hommes fantasment sur les lesbiennes (parfois un peu trop), alors que les hétérosexuelles, elles, ne trouvent pas ça beau voir deux hommes se caresser (mais ça va fantasmer sur un trip à trois… cherchez l’erreur!)

Tout ce que je dis est en lien avec la chronique BD d’aujourd’hui, oui oui. Je parle de Van Gogh, du magasin général le plus populaire de l’univers de la bande dessinée… et de lesbianisme.

La ligne de front

La ligne de front (Une aventure rocambolesque de Vincent Van Gogh)
Manu Larcenet
Poisson Pilote

Disons-le, crions-le, même, Manu Larcenet trône au sommet de mes bédéistes préférés. J’aime son intelligence, son humour, son esprit tordu et son trait de crayon. Il a créé une toute petite série qui transporte un personnage historique célèbre dans une histoire impossible. Cette fois, c’est le peintre Vincent Van Gogh qui subit l’imagination de Larcenet.

Le gouvernement français se demande pourquoi ses hommes désertent autant durant la Première Guerre. Comment faire pour comprendre ce qui le fait tant fuir sur les lignes de front? Eurêka! Envoyons un peintre saisir le mal du soldat. Et puisque Toulouse-Lautrec «n’aurait jamais la force physique nécessaire», c’est Van Gogh qui s’y tape.

Quoi?! Vous dites que Van Gogh est mort bien avant la Première Guerre?! Manu Larcenet nous apprend que les Forces spéciales ont inventé sa mort vu son refus de détruire le cubisme. D’ailleurs, il y a plusieurs beaux clins d’oeil à l’histoire de l’art. Les nombreuses crises que pète le peintre sur les critiques de sa surutilisation du jaune ou encore de son envie de montrer son désarroi font partie des nombreux délices de cette histoire.

Mais Larcenet n’est pas qu’un humoriste-bédéiste, c’est aussi un humain et il nous montre la cruauté de la guerre… et nous montre enfin son vrai visage.

Magasin général - Ernest Latulippe

Magasin général – Ernest Latulippe (tome 6)
Loisel & Tripp
Casterman

Me voilà maintenant à jour dans cette série de Loisel et Tripp, le sixième tome ayant été publié l’automne dernier. Rien ne va plus à Notre-Dame-des-Lacs. Marie découvre une nouvelle vie à Montréal et fréquente même deux hommes en même temps! Pendant ce temps, les villageois ne savent plus quoi faire, d’un côté, certains s’ennuient de Marie, d’autres continuent à la maudire, alors que certains, plus terre-à-terre, se demandent comment ils vont faire pour s’approvisionner, étant donné l’absence de notre héroïne. Le village tente de s’organiser au même moment où Jacinthe, qui accompagne Marie dans la métropole, s’ennuie de plus en plus de ses amis de Notre-Dame-des-Lacs…

J’ai senti une maturité dans les dessins et la narration de l’équipe Loisel-Tripp. Ce qui m’étonne un peu, puisque je n’ai jamais particulièrement senti d’hésitation ou de faiblesses dans leur oeuvre. Malgré tout, j’y sens une assurance, une maitrise et une complicité accrue dans ce sixième tome. Il y a plusieurs personnages qui, on le sent bien, nous réservent encore des surprises, on s’attache à d’autres qui ont été jusqu’à maintenant plus secondaires ou encore à des nouveaux venus. Et c’est bien là la principale force de cette oeuvre, en plus de la qualité graphique, la grandeur des personnages aux personnalités à la fois bien découpées et aux multiples subtilités.

Vivement le septième tome!

À la faveur de la nuit

À la faveur de la nuit
Jimmy Beaulieu
Les impressions nouvelles

Le bédéiste québécois Jimmy Beaulieu aime dessiner les filles. Pis il les dessine généralement très bien. Elles sont souvent coquines et sexy, certes, mais surtout charmantes. Ici, il s’est payé la traite: on suit deux amies qui, si elles ne sont pas amantes, sont coquines, aventureuses et très proches l’une de l’autre (ben kin, elles couchent ensemble, pervers!).

Pour cet éditeur français, Jimmy a à la fois rassemblé plusieurs courtes histoires qu’il a publiées à gauche et à droite ainsi que créé une trame narrative pour les relier toutes. Et ça, s’il ne l’avait pas expliqué à la fin, je pense que je ne l’aurais pas deviné. C’est dire la fluidité avec laquelle il a relié le tout. Grosso modo, pendant qu’elles attendent leur homme, les deux amies se racontent diverses histoires à la perversité différente – oui, manière pratique de glisser différentes histoires qui ne sont pas reliées, en effet, mais ça roule bien et ça ne semble pas forcé ici, au contraire. On suit une voleuse à la recherche de son ex, un Mad Max «lesbianisé» ou des histoires d’amourettes à Saint-Malo.

Toutes les qualités habituelles du bédéiste sont là: histoires à la fois humaines et idylliques, narration rythmée, dessins à la fois légers et chargés, minimalistes et précis. Une valeur sûre, quoi.

* publiée simultanément sur labarbe.ca.

Publicités

3 réflexions sur “Pourquoi le monde préfère-t-il les lesbiennes? (chronique BD)

  1. Queer as Folk était une série américaine présentant des hommes qui s’embrassent à qui mieux mieux! En onde de 2000 à 2005, plusieurs américains devaient l’écouter pour qu’elle dure aussi longtemps.

  2. @Marie Noelle: ah! ben je ne savais pas qu’une telle émission avait existé. J’en suis bien content.

    Néanmoins, le malaise est là, en général, quand même.

    @André: Moi non plus! Moi non plus!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s